Covid-19 : Un confinement intermittent pour éviter le rebond

A la levée du confinement, la reprise de l’épidémie peut être brutale, en l’absence d’immunité de la population. Parmi les options potentielles, des experts britanniques évoquent un confinement intermittent.

 

Face au Covid-19, le monde se confine. Mais si l’isolement permettra d’éviter la transmission et de soulager le personnel soignant, il ne fera pas disparaitre le virus du Covid-19. Pour éviter un rebond de l’épidémie quand sonnera la récré, les experts de l’Imperial College (Royaume-Uni) préconisaient lundi 16 mars 2020 un confinement intermittent pendant plusieurs mois.

 

Le risque de rebond suit le confinement

«La dernière fois que le monde a réagi à une épidémie mondiale de maladies émergentes de l’ampleur de l’actuelle pandémie Covid-19 sans accès aux vaccins a été la pandémie de grippe H1N1 de 1918-19», rappelle le rapport de l’Imperial College. Dans certaines villes, notamment aux Etats-Unis, les écoles, bars et églises avaient été fermés. Ces interventions «ont réussi à réduire le nombre de cas» et généré «une baisse générale de la mortalité». «Toutefois, la transmission a rebondi une fois les contrôles levés», affirme le rapport.

Car si le confinement empêche la transmission, il entraîne aussi, une fois levé, le contact soudain des gens non immunisés avec les personnes infectées. D’où une nouvelle flambée, comme au tout début de l’épidémie. «Plus la stratégie de suppression temporaire est efficace, plus l’épidémie sera importante en l’absence de vaccination, en raison d’une moindre accumulation d’immunité collective», résument les experts. Pour éviter ce rebond, la première stratégie proposée dans le rapport est de maintenir le confinement  «jusqu’à ce que des stocks importants de vaccins soient disponibles pour immuniser la population – ce qui pourrait être le cas pendant 18 mois ou plus», prévoit le rapport. 18 mois de confinement, voilà qui est difficile à imaginer.

 

Une distanciation sociale «intermittente»

Deuxième option, une distanciation sociale «intermittente» pourrait également être envisagée. Le confinement pourrait ainsi être revu régulièrement en fonction du nombre de cas confirmés de Covid-19. Si le nombre de cas diminue assez, les mesures peuvent être  «temporairement assouplies»  puis «réintroduites si ou lorsque le nombre de cas repart à la hausse». Au total, le confinement serait tout de même en vigueur les 2/3 du temps.

Dans ce scénario, on privilégierait une série de petites épidémies au lieu d’une épidémie massive. Un scénario qui éviterait que tout s’arrête jusqu’au vaccin.

 

Le cas de la Chine

Pourtant, en Chine, l’épidémie semble bel et bien arrivée à son terme en seulement trois à quatre mois, et sans vaccin. «Si l’expérience en Chine, et dorénavant en Corée du Sud, démontre qu’une suppression est possible à court terme, il reste à prouver si elle est possible à long terme, et si les coûts sociaux et économiques des interventions adoptées jusqu’à présent peuvent être réduits», tempère le rapport.

Reste que la Chine, qui n’a plus signalé aucun nouveau cas de nouvelle contamination, a utilisé simultanément une batterie de mesures pour en arriver là. Outre le confinement total et la détection systématique, le contrôle des populations a en effet permis de prévenir toute personne ayant été en contact avec un malade sans le savoir, procédant à des mises en quarantaine strictes. Les personnes arrivant en Chine aujourd’hui risquent de la prison si elles déjouent le confinement.

«Pour un pays qui a tout contrôlé comme la Chine, un rebond est peu probable», conclut auprès de L’Express Didier Lepelletier, médecin hygiéniste et coprésident du groupe de travail national sur le coronavirus au Haut conseil de la santé publique.

 

L’apport potentiel de la technologie

Reste à savoir ce que donneront les mesures européennes, moins drastiques et plus progressives. «A mesure que le nombre de cas diminue, il devient plus facile d’adopter des tests intensifs, la recherche des contacts et des mesures de quarantaine semblables aux stratégies utilisées aujourd’hui en Corée du Sud», autre exemple de gestion efficace de l’épidémie de Covid-19. Certaines solutions technologiques, comme les applications qui suivent les interactions d’un individu avec d’autres personnes, «pourraient permettre à une telle politique d’être plus efficace et plus évolutive si les problèmes de protection de la vie privée qui y sont associés peuvent être surmontés», affirme le rapport de l’Imperial College.

De telles applications sont en développement en Europe, mais au vendredi 20 mars 2020, aucune n’est encore officiellement mise en place. Les «grandes incertitudes» quant à la transmission du virus, à l’efficacité des politiques et leur adoption par la population complique la tâche des experts. «Il est donc difficile d’être définitif quant à la durée initiale probable des mesures qui seront nécessaires, si ce n’est qu’elle sera de plusieurs mois», avouent-ils dans le rapport.