Les Algériens et l’épidémie de coronavirus : Entre insouciance et inquiétude !

L’épidémie du Coronavirus Covid-19 se répand en Algérie. Paradoxalement, cette propagation dangereuse ne semble pas inquiéter tout le monde. En effet, de nombreux algériens «inconscients» ne prennent pas encore la mesure de la gravité des choses. Ils continuent à vaquer à leurs occupations comme si de rien n’était. Pourtant, il suffit de regarder un peu vers l’Europe – ce que nous faisons habituellement pour plein d’autres sujets – pour voir comment des nations développées (Italie, France, Espagne et Allemagne) vacillent sous le Covid-19. Heureusement que beaucoup commencent à adopter des mesures préventives.

 

La légèreté avec laquelle les Algériens prennent le coronavirus et sa propagation a été observée juste après la fermeture des écoles, crèches et universités décidée jeudi 12 mars dernier. Deux jours plus tard, soit le samedi, des centaines de familles ont pris d’assaut les parcs, les forets et les aires de jeux. Profitant d’un temps printanier, les enfants jouaient et courraient dans tous les sens. Certains d’entre eux, portaient des bavettes chirurgicales dont l’efficacité contre le Coronavirus est nulle. Pourtant, l’objectif de la fermeture de tous les établissements d’enseignement est d’éviter les regroupements afin de limiter la propagation du Coronavirus.

Ce n’est que la décision de fermeture de ces espaces qui a mis fin à ces longues sorties. Ces familles se sont ainsi résignées à garder leurs enfants à la maison. Cependant, certains parents insouciants continuent à autoriser leurs enfants à trainer dehors à longueur de journée. Un comportement qui dénote de l’inconscience de ces parents quant à la gravité de la situation et au risque de contamination au Covid-19.

Les hôpitaux et les établissements de santé de proximité restent des lieux de forte concentration de personnes. Le CHU Mustapha-Pacha, à Alger, en est la plus grande preuve. Ses allées et ses différents services ne désemplissent pas. Ceux des urgences chirurgicales et médicales sont les plus encombrées. Dans leurs grands halls, les allers-retours ne cessent pas. Ici, seul le personnel médical porte des masques de protection respiratoire de type FFP2. Les agents de sécurité, eux, se contentent des bavettes chirurgicales.

A l’extérieur de ces deux bâtiments, des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes et même des enfants sont postés là depuis de longs moments. Ils guettent avec impatience des nouvelles de leurs proches ou amis admis aux urgences. Vaincus par l’angoisse ou parfois, par la tristesse, certains d’entre eux finissent par céder aux larmes. Pour se consoler, les enlacements deviennent monnaie courante. Du coup, la peur de contamination au Coronavirus s’efface carrément.

Tout comme les urgences, la plupart des services du CHU Mustapha Pacha n’ont pas été épargnés. Ils enregistrent eux aussi, une forte fréquentation. Il est midi trente, des groupuscules de personnes attendent l’heure des visites des malades. Parmi eux, des couples avec des enfants et même des nourrissons. Certains d’entre eux portent des masques chirurgicaux.

Postée à l’entrée du service d’oncologie, une jeune femme, visiblement gênée par son masque, finit par le retirer. «Pourquoi tu l’as enlevé ?», lui reproche l’homme qui se tenait tout près d’elle. «Normal», lui répond-elle, avant d’enchainer : «quant une chose est écrite dans ton destin, tu la vivras quoi qu’il en soit».

Plus loin, un groupe de femmes s’adonnent à de longues discussions. Elles tentent de tuer le temps qui reste avant le début des visites. Le coronavirus, les nouvelles contaminations et les cas de décès sont, bien évidemment, le sujet du jour. «Que Dieu nous protège !», «Que Dieu nous préserve !», lancent-elles tour à tour au fil de la discussion. Pour elles, les prières demeurent la seule protection contre ce virus.

 

Une timide prise de conscience 

Face à l’épidémie du Coronavirus, certains Algériens prennent au sérieux la gravité de la situation. Fort heureusement, beaucoup d’entre eux commencent à adopter des mesures préventives. Même s’ils restent minoritaires, les gens n’hésitent pas depuis quelques jours, à porter des masques de protection respiratoire. Des chauffeurs de taxi et des transporteurs de marchandises eux aussi, n’ont plus «honte» à porter des bavettes et parfois même, des gants en latex. Idem pour les employés des stations de services.

Même scénario dans quelques entreprises où les travailleurs sont dotés de masques et de gants. Des mesures qui permettent justement de se protéger de ce virus et de lutter contre sa propagation.

D’autres citoyens ont carrément boudé les transports en commun. C’est le cas de Karima qui depuis quelques années maintenant, rejoint son lieu de travail à Alger, par métro. «Tous les jours, je prends le métro de Ain Naadja pour descendre sur Alger. Il est souvent bondé de monde et en l’absence de vitres ouvertes, aujourd’hui face à la propagation du Coronavirus, je me sens confinée», raconte-t-elle. Seulement, depuis la déclaration du troisième décès et de nombreux cas de contamination au Covid-19, cette journaliste a rompu avec le métro et tout autre moyen de transport. Désormais, elle travaillera de chez elle. «J’ai choisi de rester à la maison pour éviter tout risque de contamination au Coronavirus. Je travaille de chez moi d’autant que la nature de mon métier me permet d’envoyer mon travail par Internet», explique-t-elle.

 

Le coronavirus « embrase » les prix sur les marchés

Par ailleurs, les prix du pétrole dévissent sur le marché international. L’activité commerciale est au point mort dans de nombreux pays en raison de la propagation rapide de la pandémie de Covid-19. Le monde entier se serre les coudes en ces terribles moments d’angoisse. En Algérie,  magasins et superettes ont été prises d’assaut en prévision de l’apocalypse annoncée dans  certains sites internet malveillants.

Les épiciers du quartier ou les superettes, « jouent » le jeu en s’abstenant de profiter de l’occasion pour majorer des prix des denrées alimentaires de large consommation. Il est vrai que le département de Kamel Rezig veuille au grain de ce côté-là. Les prix pour les produits essentiels aux ménages sont administrés. Mais il parait évident que le marché des fruits et légumes échappe totalement au ministre du commerce qui tente vaille que vaille de mettre de l’ordre dans l’anarchie qui caractérise cette filière. Au lendemain du discours à la nation mardi du président de la République qui a clairement pointé du doigt les commerçants  de gros et de détail qui provoquent les pénurie en retirant les produits  de l’offre afin de faire flamber les prix et pénaliser le ménages, les prix des fruits et légumes ont connu une hausse spéculative, provoquant la colère et consternation des Algériens qui s’interrogent sur les « mains » invisibles qui perturbent et font désordre en cette période troublée par le Covid 19.

Défi au chef de l’Etat ? Aux humbles citoyens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts ? Défi au ministre du Commerce qui a ouvert un front contre la mafia du lait et du blé et qui a menacé de servir contre la mafia des autres filières ?  Un aperçu de la folie des prix des fruits et légumes sur les marchés. La pomme de terre qui peinait à afficher un prix décent de 40 DA, il y a juste quelques jours, se négocie à 140 et 150 DA. L’ail est caracole au sommet : 1.500,00 DA et 1.800,00 DA le kg. C’est affiché toute honte bue par les marchands de légumes. Poivrons doux et piments « forts » à 250,00 DA. Oignon : 150,00. Il ne valait qu’entre 35,00 et 40,00 DA, début mars, idem pour la tomate qui a vu son prix atteindre les 150,00 DA. Pour les autres produits frais, c’est entre 100% et 200% d’augmentation.

L’ire du ministre du Commerce est à son comble. Lui qui a assuré que les prix des fruits et légumes seront stables et ce même au mois de Ramadhan, la production étant largement suffisante pour satisfaire tous les besoins du marché national. Sur sa page Facebook, il dénonce «cette engeance» sans foi ni loi qui veut profiter de la conjoncture pour ramasser illicitement de l’argent.  «Le ministère du Commerce avec l’aide de Dieu, va combattre sans répit cette engeance sur les différents marchés et villes du pays, afin d’assainir le secteur du commerce  de ces parasites qui profitent de la situation pour sucer le sang de leurs frères », ajoute le ministre du Commerce qui  annonce  le  déploiement de brigades  sur le terrain pour identifier ces commerçants et leur infliger des sanctions.

En attendant que l’épée d’El Hadjadj « s’abattent » sur la tête des spéculateurs, ces derniers n’en  font, justement, qu’à leur… tête. Ils n’ont cure des avertissements lancés par le Président de la République et des menaces de Kamel Rezig. Mercredi après-midi, les prix ont connu une «légère » hausse. Un commerçant des fruits et légumes au marché de Chéraga, questionné par une ménagère sur le hausse des prix qui lui paraissait injustifiée, lui répond : «C’est comme à la bourse de Londres, la tendance en ce moment est à la hausse».

M.O & K.S.

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