Infraction à la législation, dilapidation de deniers publics, corruption… : Les Maires dans l’œil du cyclone

Des quatre points du territoire national, des affaires de corruption sont révélées à l’opinion publique. Des affaires dans lesquelles sont impliquées des élus locaux. Des maires, leurs subordonnés  et autres entrepreneurs se sont laissés entrainés dans des affaires « louches ». Ainsi quatre responsables locaux ont été arrêtés dans la capitale, en flagrant délit de corruption, a indiqué, récemment, le groupement territorial de la Gendarmerie nationale d’Alger.

 

Selon la cellule de communication du groupement territorial de la GN d’Alger, les éléments de la brigade de recherches de Sidi Slimane ont réussi à déjouer une affaire de chantage et demande d’indus avantages, dans laquelle sont impliqués des responsables locaux. L’enquête a été diligentée suite à une plainte déposée par un citoyen, victime d’un chantage de la part du P/APC de Draria et de son adjoint, ainsi que du président de la commission de l’urbanisme au niveau de la même APC et le vice-président de l’APC de Birtouta. Ces derniers ont exigé de la victime une somme de 800.000 DA en contrepartie d’une autorisation d’organiser une foire commerciale au quartier Daboussi à Draria. Une autre affaire impliquant des élus locaux : Le juge d’instruction prés le dit tribunal a ordonné de placer sous mandat de dépôt le maire de Relizane et cinq autres personnes, alors que les autres ont été placés sous contrôle judiciaire. Les enquêtes ont fini par rattraper le P/APC de Skikda, l’ex-P/APC et un entrepreneur qui sont placés sous mandat de dépôt pour des affaires de corruption. Huit autres personnes dont des entrepreneurs, d’anciens directeurs de l’exécutif et des architectes mises sous contrôle judiciaire. Ce ne sont là que deux affaires.

Plusieurs affaires de ce genre sont instruites par les tribunaux à travers le pays.  Dans un entretien accordé à l’APS, le premier ministre Abdelaziz Djerad, s’exprimant sur le contexte économique et social en Algérie a souligné le fait d’institutions et une administration traumatisées par l’ampleur prise par la corruption qui a profondément affecté la sphère politico-administrative et qui a entraîné un accaparement des centres de décisions économiques et financières au profit des intérêts privés.

Sale temps pour les maires d’Algérie donc. Bon nombre d’entre-deux vivent des jours d’angoisse. Certains qui ne sont plus en fonction sont rattrapés par des …affaires. D’autres, en fonction, la peur au ventre scrutent le courrier qui peut renfermer une… convocation du juge d’instruction pour clarifier ou expliquer des pratiques qui, pour le moins qu’on puisse dire ne sont très claires. «Infraction à la législation dans l’attribution de marchés publics, dilapidation ou détournement de deniers publics et …corruption», sont parmi les chefs d’accusation retenus contre  les prévenus, placés en détention préventive en attendant leur comparution devant les juges.

Ils sont 1541 présidents d’APC sur le territoire national, mandatés par les électeurs de leurs communes à gérer les affaires quotidiennes de leurs cités. Un petit nombre d’entre-eux maitrisent l’art et la manière de gérer une collectivité locale, parfois sans ressources propres, dans ses dimensions économiques et sociales. D’autres, les plus nombreux, ne sont à ce poste de responsabilité que grâce à un concours de circonstance des plus favorables. Il ne fallait pas s’attendre à des miracles de ces cas là. Ahmed Bouguermouh, spécialiste en développement local, dans un entretien accordé à notre confrère El Watan ce mois courant a bien résumé le mal qui «consumme» nos communes : «L’incompétence et l’inexpérience sont les maux des collectivités locales», a-t-il expliqué , précisant que «les causes du mal relèvent du domaine public, nous nous contenterons de rappeler qu’elles relèvent grossièrement de trois niveaux : les modes de recrutement liés au népotisme ambiant, la médiocratisation de l’université elle-même qui ne sait plus former, et enfin, cela n’est pas suffisamment dit, la tiédeur de la volonté politique, les intérêts et groupes de pression gravitant autour du pouvoir. Jusqu’ici, les décideurs se satisfaisaient fort bien de cette situation d’incompétence généralisée qui autorise tous les dépassements. «Il faut rompre avec les anciennes et vieilles pratiques pour rétablir la confiance entre le citoyen et les institutions de l’Etat», a déclaré pour sa part le président de la République, lors de son discours en marge de la réunion gouvernement-walis.

Quelles sont donc ces «anciennes et vieilles pratiques» ? Le Président a été précis et ferme : il leur demande d’intensifier «les visites sur le terrain qui devraient être consacrées seulement à résoudre les problèmes des citoyens, et non pas aux apparences», «d’arrêter les fausses promesses», de trouver des solutions sérieuses aux problèmes des citoyens, de mettre fin aux gaspillages liés à leur train de vie, sans parler de la corruption et des autres dépassements. Le spécialiste en développement local, Ahmed Bouguermouh,  reprend  le constat de Missoum Sbih , grand commis de l’Etat, ancien directeur de l’Ecole nationale d’administration, lorsqu’il évoquait, en 2011, divers dysfonctionnements de l’administration de l’Etat et leurs impacts sur la qualité et le niveau des prestations des services publics fournis aux citoyens et aux partenaires économiques : déficit de formation, retard technologique, organigrammes mal conçus, mode de rémunération obsolète, centralisation excessive du processus de prise de décision, corruption.

Des grands maux qui… autoriseraient la prédation et la corruption qui minent la bonne gouvernance des affaires de la cité. Depuis des années, dans certaines de nos communes,  les trottoirs sont faits et refaits sans le goût et les couleurs.  Les routes sont défoncées et les nids de poule mettent à rude épreuve les automobilistes et les véhicules. Les bénéficiaires des lots à bâtir n’en font qu’à leur tête. Résultats : Des habitations à « nombre indéterminé» étages sans esthétique, sans urbanisme et sans … arbres ni verdure.  Dans lotissements sans âme où il ne fait pas vraiment pas bon vivre. Des étals de fortunes envahissent les rues et ruelles. Des fruits et légumes, des articles de confection et denrées alimentaires sont proposés à la vente à même le trottoir, faisant désordre dans la ville.

En somme, la bonne gouvernance est absente dans l’esprit de nos élus locaux. C’est ce qu’a tenu à a rappeler le Premier ministre lors de la rencontre gouvernement-wali, soulignant la nécessité d’accorder «une importance capitale» à la formation et la qualification de la ressource humaine pour mener à bien la réforme administrative escomptée, l’opération de numérisation des services publics et améliorer la gouvernance urbaine». Tout un programme et un vaste chantier sur lequel doit se pencher sans délai s, le gouvernement.

Mohand Ouarab

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