Programme de relogement dans la wilaya d’Alger : 180 000 unités distribuées en cinq ans

Pour faire face au problème du logement, en  finir avec les bidonvilles et le logement précaire, les responsables de la wilaya d’Alger ont arrêté un véritable plan de bataille. Lancé en 2014, le programme de relogement est aujourd’hui à sa 26e opération. Selon les premières estimations, ce ne sont pas moins de 180 000 logements qui ont été distribués durant ces cinq  dernières années.

 

Ce vaste programme visait essentiellement l’éradication des bidonvilles qui défiguraient le visage de la capitale. Des dizaines de quartiers ont poussé à la périphérie d’Alger. Le bidonville de Semmar, était devenu si important qu’il a fallu plus d’une semaine pour reloger tous les habitants. Petit à petit, ces favelas ont été rasées, sitôt les résidents relogés dans des appartements décents.  Il fallait agir vite pour décourager les nombreux parasites qui avaient fait du logement social un moyen pour s’enrichir. En effet, des personnes malhonnêtes  trouvaient le moyen d’occuper des espaces pour y ériger de nouveaux bidonvilles. Ils jettent leur dévolu sur des endroits retirés. Ils commencent par construire quelques baraques avec des matériaux de récupération. Ils les vendent ensuite à des personnes qui les occuperont  le temps que les autorités leur accordent des logements dans le cadre social. « Ce système a permis à de nombreuses personnes de devenir des milliardaires. Pour se faire connaitre, ils sont parmi les premiers à monter au créneau quand ils organisent des manifestations ou des sit-in pour réclamer le droit au logement. Ils sont devenus de véritables figures de proue pour les demandeurs de logement » ; dit un élu de la commune de Birkhadem. Les agissements de ces parasites ont sensiblement diminué. Tous les bénéficiaires de logements sont recensés et portés sur des listes informatisées. Il est impossible aujourd’hui de déjouer le système informatique.

D’autres problèmes surviennent lors des opérations de relogement. Les familles mal logées ont été recensées  voila plus de 20 ans. Entre temps les enfants qui ont grandi se sont mariés et sont parents aujourd’hui. « J’ai construit une chambre sur la terrasse de l’immeuble où habitent mes parents. Mon frère a fait de même. Le jour du relogement, je me suis retrouvé avec mon frère dans le même appartement. Nous sommes tous les deux mariés pourtant », dit un habitant de Bab El oued qui refuse de quitter la terrasse où il a toujours la même chambre qu’il occupe avec sa femme et ses enfants. Il attend  une solution qui tarde à se concrétiser.

Malgré les grands efforts déployés par les responsables de la wilaya d’Alger, l’éradication du logement précaire n’est pas pour demain. Alors que des familles souffrent le martyr, des parasites multiplient les ruses pour déjouer les dispositifs de contrôles.

 

Les habitants de la casbah : ces oubliés du relogement

Les 26  opérations de relogement dans la wilaya d’Alger n’ont pas fait que des heureux. Les habitants de la Casbah se plaignent de la hogra qui les frappe. Il y a toujours des résidants dans des immeubles vétustes dans  vieux quartier de la Capitale. Ces habitants n’ont pas encore bénéficié de logement et continuent à survivre dans des conditions précaires.

Des centaines de familles s’entassent dans de petits réduits qui leur servent de logements. Ces oubliés ruent dans les brancards. Ils ont peur pour la vie de leurs enfants. Ils ne manquent pas de rappeler toutes les catastrophes qui ont frappé leur quartier depuis plus de 40 ans. Les premières opérations de relogement  ont eu lieu dès 1980.

«Mon frère a été relogé à Dergana en 1981. Le tremblement de terre de Chleff avait touché aussi la wilaya d’Alger à l’époque», dit un septuagénaire qui vit encore à la Casbah. Tous les Casbabjis ont encore en mémoire la catastrophe survenue en avril 2019 quand un immeuble s’est effondré faisant 5 morts (deux hommes, deux enfants et une femme). Cet immeuble a été  classé orange 4 après le séisme de 2003. Les victimes avaient alors renoncé à être relogées dans des chalets.

Un vieil immeuble s’est effondré au mois de juillet 2019, sans faire de victime cette fois, mais deux bâtisses mitoyennes ont été sérieusement endommagés et les occupants évacués en urgence.

Alors que le quartier tombe en ruines, des familles végètent encore en attendant un  relogement qui tarde à se concrétiser. C’est le cas de cette femme qui habite une cave dans la basse Casbah. Ses enfants sont asthmatiques et ne travaillent pas bien en classe car ils dorment très mal. « Je ne peux demander à mes enfants de faires des efforts en classe. Ils se réveillent fatigués car la maison est humide et ils sont tous asthmatiques », dit cette dame qui subvient seule aux besoins de sa famille depuis son divorce voilà plus de  10 ans. . Dans la majorité des cas, ce sont des familles aux revenus modestes qui ont trouvé refuge dans ce quartier où les loyers ne sont pas onéreux.

Pour l’administration, il s’agit de nouveaux occupants non recensés lors des opérations précédentes. « Le logement est un droit pour tous les algériens. Les responsables de la wilaya d’Alger ont vu dans quelles conditions nous vivons. Alors aurait-il fallu que mes parents se soient installés à la casbah à l’époque ottomane pour que moi puisse bénéficier d’un logement dans l’Algérie indépendante en 2020 », s’emporte une veuve qui vit dans un réduit à la rue Porte-Neuve.

Des Douirates qui ne tiennent que par la volonté divine subsistent. Elles sont situées toutes sur les hauteurs de la Casbah.  Les habitants de ces maisons historiques n’ont pas les moyens de faire les travaux nécessaires pour les sauver de la ruine. La majorité des habitants des dernières Douirates  vit dans des conditions pénibles. « Je n’ai pas les moyens de rénover ma maison qui tombe en ruines. Les murs sont fissurés et il y a des fuites dans la toiture. Je ne souhaite qu’un chose : quitter cette maison », dit un septuagénaire qui habite toujours la maison où il est né.

Quelques maisons ont tout de même été réhabilitées. « Il y a à peine huit Douirates rénovées par leurs propriétaires. Si nous avons décidé de faire une telle opération, c’est surtout pour protéger l’héritage légué par nos aïeux. Ces maisons sont situées à proximité de Bab Edjdid. Je n’aurais jamais rénové ma maison, si elle était à l’intérieur du quartier », dit Chérif, un sexagénaire qui coule  des jours heureux.

 

Banlieue : manque d’infrastructures  

Les personnes relogées dans les communes de banlieue sont satisfaits de leurs nouveaux appartements. Les nouvelles cités sont biens situées et offrent toutes les commodités de la vie citadine. Les bénéficiaires de logement se plaignent par contre du manque d’infrastructures publiques.

La commune de Saoula est passée de petit village à une véritable ville en quelques années. Epargnée par les  découpages administratifs de 1976 et 1986 (Saoula était loin de Blida et ensuite de Tipaza), elle payera les frais du manque de terrain dans la wilaya d’Alger quand elle a été intégrée dans le tissu urbain du Grand Alger voila 3 ans. Commune à vocation agricole, elle ne comptait que 15 000 habitants en l’an 2000. Les infrastructures n’ont    guère évolué, quand bien même le nombre de résidents a atteint aujourd’hui les 75 000 âmes. Des cités poussent comme des champignons au point que le centre ville est pratiquement cerné. Le trafic routier est important et les encombrements  commencent dès les premières heures du matin, pour ne s’arrêter que vers les coups de 22 heures. Les habitants qui veulent arriver à l’heure au travail démarrent avant 6 heures. « Quand je sors après 6h15 ; je me retrouve bloqué des les embouteillages sur la route de Birkhadem », se plaint un banquier  nouvellement installé à Saoula.

Les écoles de saoula sont surchargées et n’arrivent pas à accueillir les nombreux élèves dans de bonne conditions. « Nous avons opté pour la double vacation depuis la rentrée 2018. Malgré le choix de la double-vacation, les classes sont surchargées. Les élèves sont à plus de 38 élèves par division pédagogique», dit un directeur d’école primaire.

Le problème du lycée Mohamed Boudiaf a été réglé. Durant les dernières grandes vacances des travaux de rénovations ont été effectués. Ce lycée a suscité de vives réactions de la part des parents d’élèves qui s’inquiétaient pour la sécurité de leurs enfants. L’inauguration du nouveau lycée à Baba Ali est arrivée à point nommé pour diminuer la pression sur l’établissement d’enseignement secondaire du centre ville. « Mes enfants étaient dans des classes de 20 élèves à Bab El Oued. Ici, à Saoula, ils sont à plus de 40 par classe. Comment vont-ils étudier dans ces conditions », s’emporte un parent d’élève

C’est dans le cycle moyen que la pression est importante. Les classes sont surchargées car les 4 établissements existants n’arrivent pas à accueillir les très nombreux élèves qui réussissent à l’examen de 6e. Un nouveau collège est inscrit dans le programme de la wilaya d’Alger. Après plusieurs années d’attente, les travaux de réalisation ont été lancés le 6 janvier dernier. Situé au quartier Méridja, ce CEM          soulagera les élèves qui suivent leurs cours pour le moment à Saoula ville.

Les habitants de ce quartier espèrent la construction d’une troisième école primaire, d’un lycée et d’une brigade gendarmerie. « C’est bien de bénéficier d’un CEM, par contre nous manquons d’un lycée et d’une brigade de gendarmerie. Notre quartier est grand aujourd’hui », dit un résident de Méridja. Des habitants sont entrain de signer une  pétition pour réclamer une brigade de gendarmerie.

Djafar Amrane.