Perturbations de la distribution du lait en sachet : Les marges bénéficiaires pointées du doigt !

Les perturbations enregistrées dans la distribution du lait en sachet subventionné sont dues aux lacunes du cadre régissant la production et la distribution de cette matière stratégique, notamment en termes de marges bénéficiaires des distributeurs et des commerçants, estiment des opérateurs du secteur.

 

Dans ce contexte, le président de la Fédération nationale des distributeurs du lait, Farid Oulmi a indiqué à l’APS que le problème c’est les marges bénéficiaires «très faibles» des distributeurs.

Soulignant que cette marge «ne dépasse pas les 90 centimes par sachet», il a affirmé que ce taux qui n’a pas beaucoup changé depuis près de 20 ans constitue actuellement un grand problème pour les opérateurs.

Il a expliqué, dans ce sens, que des distributeurs sont contraints à des déplacements à d’autres wilayas en raison de l’absence des laiteries dans toutes les régions du pays, et que « les marges bénéficiaires actuelle ne permettent pas de couvrir les coûts du transport ».

Néanmoins, il a estimé que «les distributeurs sont tenus d’assurer la disponibilité du lait en sachet subventionné au prix fixé au profit des consommateurs», assurant que la question «est actuellement examinée au niveau du ministère du Commerce et les marges  seront revues sans impact sur le prix codifié du lait en sachet».

De son côté, le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulenouar, a appelé à une reconsidération de la répartition des laiteries à travers le territoire national de manière à mieux couvrir les besoins des citoyens et à réduire le coût du transport. Il a également jugé nécessaire de rouvrir les laiteries actuellement fermées.

A ce propos, M. Boulenouar a souligné l’impératif respect des cahiers des charges entre les distributeurs et les transformateurs, qui modifient parfois les quantités convenues, créant des perturbations dans la distribution.

Il a prôné, en outre, l’intensification du contrôle sur les laiteries pour s’assurer que  la poudre de lait subventionné soit exclusivement employée dans la production de lait en sachets et non d’autres produits.

«Il n’y a pas de grève des distributeurs», a assuré, M. Boulenouar, estimant que «la grève n’a plus de raison du moment que les autorités se sont engagées à ouvrir le chantier des marges bénéficiaires».

 

Révision de la politique de subvention

Pour le président  de l’ANCA, la solution à ce phénomène «récurrent», à moyen et long termes, réside dans la révision du mode de subvention des produits de base à travers la libéralisation progressive des prix et l’octroi direct des aides aux catégories vulnérables.

Pour sa part, le directeur général de l’Office national interprofessionnel du lait et des produits laitiers (ONIL), Khaled Soualmia, a réfuté jeudi l’existence d’un quelconque problème d’approvisionnement en lait, précisant que les laiteries avaient reçu leurs quotas entiers.

Il a ajouté que les stocks stratégiques de lait sont suffisants pour approvisionner le marché national pendant six (6) mois, faisant savoir que l’Algérie avait multiplié ses importations de poudre de lait au cours des dix (10) dernières années pour atteindre 180.000 tonnes en 2019 contre 90.000 en 2009.

Il a affirmé, dans ce sens, que le problème se posent  au niveau des chaînes de production et de distribution.

Pour se pencher sur cette problématique, le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a tenu mercredi des réunions avec les parties directement concernées, dont le directeur général de l’ONIL et des représentants de la Fédération nationale des distributeurs de lait et de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), avec lesquels il abordé le phénomène de la spéculation, le détournement de la destination de la poudre de lait et l’augmentation illégale du prix du sachet de lait subventionné.

M.Rezig a, à cette occasion, affirmé «l’engagement du Gouvernement à protéger les droits des citoyens, notamment les catégories vulnérables directement concernées par les produits subventionnés», prévenant que «nul intervenant dans la chaîne d’importation, de production, de transport, de distribution ou de vente n’a le droit d’instrumentaliser une question qui touche directement à la subsistance des Algériens».

Le ministre s’est, d’ailleurs, dit entièrement disposé à discuter de tous les problèmes récurrents, en coordination avec les autres secteurs concernés, afin de les examiner au niveau du Gouvernement dans les plus brefs délais.

Toujours dans le cadre de ses efforts, le ministre du Commerce a présidé jeudi, en compagnie du ministre délégué chargé du Commerce extérieur Aïssa Bekkai, une réunion de la Commission nationale de suivi et de facilitation de l’approvisionnement du marché en produits de large consommation.

Lors de cette réunion, à laquelle ont également pris part des représentants du Groupe industriel des productions laitières (Giplait) et de l’Office national interprofessionnel du lait (ONIL), M. Rezig a appelé à associer tous les intervenants dans les filières concernées pour une meilleure maîtrise de la chaîne de production et de distribution en vue de garantir un approvisionnement régulier du marché en produits de base, surtout subventionnés.

Les patrons des laiteries privées se plaignent de la baisse des quotas de poudre de lait qui leur sont livrées. « Les gouvernements précédents s’étaient vanté d’avoir diminué les quantités de poudre de lait livrées aux complexes laitiers publics ou privés. Les résultats sont là. Après avoir puisés dans nos stocks, nous sommes obligés de nous contenter des quotas qui nous sont attribués. Evidemment que la production de sachets de lait diminue », dit un producteur de lait. Cet interlocuteur s’interroge : « Je ne comprends rien. On diminue les quantités de poudre de lait qui est la matière première et on veut que nous produisons plus de sachets de lait ». Les distributeurs ne sont pas en reste et refusent de continuer à travailler à perte. « Vous connaissez des gens qui travaillent en perdant de l’argent. C’est incroyable », s’emporte un distributeur qui na pas  travaillé pas depuis 5 jours. Ce distributeur qui ne décolère pas revient à la charge : «L’essence, les pièces détachées et toutes les charges ont augmenté depuis l’an 2000, pourtant depuis cette date la marge bénéficiaire pour le sachet de lait n’a pas évolué ».  Le président de la fédération nationale des distributeurs de lait, Farid Oulmi estime pour sa part que la marge bénéficiaire très basse : «C’est le seul vrai problème du secteur laitier en Algérie ».

C’est le branle-bas-de-combat dans les ministères du commerce et de l’agriculture. La pénurie de lait est un problème sérieux auquel il faut trouver une solution dans les plus brefs délais. « Nous sommes à deux mois du début du ramadhan, période durant laquelle la consommation du lait explose. Une commission interministérielle a été mise en place. Elle aura pour mission de faire un véritable diagnostic du secteur, avant de proposer des solutions », dit un employé du complexe laitier de Birkhadem. Pour rappel le groupe GIPLAIT a diminué les quantités de poudre livrée aux transformateurs. Ces derniers ont été accusés de détourner la poudre subventionnée pour la transformer en dérivés de lait.  Cette solution a montré ses limites. Selon des experts, l’importation de la poudre de lait est une solution qui a trop duré. « Nous avons un immense pays. Nous devons produire ce que nous consommons. Nous avons les moyens de produire assez de lait pour ne plus en importer », dit un ingénieur agricole à la retraite. Il ajoute : « La poudre de lait est surement détournée ; mais il faut se pencher aussi sur les grands détournements dans la filière de l’élevage.

Chaque jour, les algériens consomment 4,5 millions de lait. Pour permettre aux algériens aux bas revenus de boire du lait, les pouvoirs publics ont subventionné ce produit dès les premières années de l’indépendance.  Au lieu de profiter aux catégories défavorisées, la politique des subventions arrangent plutôt les industriels et les commerçants. Le sachet  qui coute 25 dinars, est cédé à 70 dinars par des épiciers astucieux : ils attendent deux ou trois jours, le temps qu’il devienne caillé. De grandes quantités de poudre de lait sont détournées et finissent dans les usines de yaourt, de gâteaux ou chez les boulangers. Cette situation perdure depuis des années. Malgré des mesures drastiques ; ce trafic a encore de beaux jours devant lui et les investisseurs dans l’industrie laitière engrangent des bénéfices importants.

RN &APS