Les enseignants du primaire renouent avec la grève : Le bras de fer continue !

Mohamed Ouadjaout qui a pris samedi 4 janvier à Alger ses nouvelles fonctions à la tête du ministère de l’Education nationale en remplacement de M. Abdelhakim Belabed, dans le cadre de l’installation des membres du Gouvernement conduit par Premier ministre, Abdelaziz Djerad, n’a pas bénéficier d’une période de grâce, généralement accordée pour tous les responsables fraîchement nommés à la tête d’un département ministériel.

Les partenaires sociaux, notamment les syndicats du secteur de l’Education nationale attendent souvent le « premier pas » du « chef » installé dans ses fonctions pour prendre le pouls et la température qui guident la démarche pour agir en fonction de la situation. En guise de « bonnes intentions » le ministre de l’Education nationale, dès son installation, avait affiché sa bonne volonté et  s’est dit déterminé à « ne ménager aucun effort pour trouver des solutions efficientes aux problèmes du secteur, en collaboration avec tous les cadres et les travailleurs de l’Education, les partenaires sociaux et les parents d’élèves ».

Lors du conseil des ministres, tenu le dimanche 5 janvier,  le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis en avant « l’impérative révision du système éducatif dans son volet pédagogique à travers l’allègement des programmes scolaires tout en accordant une place importante aux activités sportives et culturelles ».

Des engagements qui ne semblent pas avoir convaincu les enseignants  du cycle du primaire qui ont repris le chemin de l’école « buissonnière » en ce mercredi 8 janvier. Ils avaient annoncé la couleur avant le début des vacances d’hiver.  La Coordination nationale des enseignants primaire a décidé de reprendre le mouvement de grève pour les journées du 8 et 15 janvier, en maintenant une grève cyclique pour chaque lundi.  Des rassemblements des enseignants du primaire sont également programmés devant les Directions de l’éducation, pouvait-on lire dans un communiqué de presse diffusé par cette Coordination, qui avait décidé, faut-il le rappeler, début décembre 2019, de « suspendre temporairement » la grève, qui avait paralysé,  depuis octobre dernier, plusieurs écoles du cycle primaire.

La Coordination des enseignants du primaire, avait indiqué, dans un communiqué, que la grève sera « suspendue temporairement » et que « la poursuite de ce mouvement » de protestation aura lieu après les vacances d’hiver. Les enseignants  avaient donc envisagé de « renouer avec le mouvement de grève chaque lundi après les vacances scolaires.

La Coordination nationale autonome des enseignants du primaire, a annoncé dans un communiqué, que la grève se poursuivra jusqu’à la satisfaction totale des revendications soumises à la tutelle. Il sera ainsi du «  maintien » de son mouvement de grève à partir de « la première semaine du 2e trimestre »,  après l’échec des négociations menées à plusieurs reprises,  avec le ministère de l’Education nationale. Des négociations qui portent sur  l’application du décret présidentiel 14/266 du 28 septembre 2014, fixant la grille indiciaire et le versement des indemnités avec effet rétroactif, ainsi que  le droit à la formation et à la promotion, ainsi que l’équité entre les enseignants des trois paliers de l’éducation en termes de volume horaire et de classification, l’introduction de la spécialisation dans le cycle primaire pour un enseignement de qualité, la création de nouveaux grades et l’ouverture de concours internes permettant aux instituteurs d’accéder à des postes supérieurs de directeur et d’inspecteur.

 

Marge de manœuvre étroite  

Le bras de fer qui oppose le ministère de l’Education nationale et les enseignants du cycle primaire, représentés par la Coordination nationale autonome des enseignants du primaire risque de s’installer dans la durée. Le nouveau ministre de l’Education nationale voudra prendre du temps pour étudier dans le détail les revendications formulées par les enseignants du primaire. Un dossier en plusieurs points dont un certain nombre ne relèvent  pas de ses prérogatives, comme celui réclamant l’augmentation des salaires des enseignants du primaire de 30 000 dinars pour faire face à la détérioration du pouvoir d’achat.

Des négociations qui sans doute traineront en longueur et pourront mener à un pourrissement, le locataire du département de l’Education nationale ne dispose pas d’une marge de manœuvre assez large pour satisfaire toutes les revendications socioprofessionnelles des enseignants. C’est ce que redoutent les parents d’élèves qui s’insurgent  contre cette énième grève qui n’annonce rien de bon pour le poursuite de la scolarité de leurs enfants. Ils redoutent tout simplement un blocage et la prise en otage des potaches. « Les seuls perdants restent nos enfants, nous exhortons les enseignants et les responsables de l’Education nationale à assumer leur responsabilité envers nos enfants »,  exigent-ils, rappelant que le premier trimestre a été loin de ce qu’on a l’habitude de qualifier de fleuve tranquille, tout comme les examens qui ont été eux aussi  soit boudés par certains, soit tenus à la va-vite, l‘organisation ayant été loin d’être un modèle du genre.

«Il en a été tout le contraire de ce qu’on nous avait promis quant à la tenue des compositions dans des conditions normales et le rattrapage des cours perdus», dit Ali Benzina, président de l’Organisation nationale des parents d’élèves qui estime  immature la décision des enseignants d’aller vers une grève et maintenir la pression avant même de connaître l’identité du nouveau ministre.

Il estime aussi qu’il est encore plus irresponsable de compromettre ainsi l’avenir des enfants, alors que le nouveau ministre vient à peine d’être installé et qu’il lui faut au moins deux semaines, voire un mois, pour pouvoir étudier les dossiers urgents et entamer des démarches de résolution. «Nous espérons que les enseignants pensent également à l’avenir de ces milliers d’écoliers dont ils ont la responsabilité et qu’ils accorderont plus de temps à ce nouveau staff au ministère de l’Education», a-t-il souhaité.

La balle est au centre donc. Les deux camps pourront-ils, chacun de son côté, « faire amende honorable » en prenant en compte à l’avenir des milliers d’enfants qui son t en quelque sorte «pris en otage».

Mohand Ouarab