Climat : Le courant réchauffé par le Gulf Stream pourrait s’arrêter temporairement

Le courant de la dérive nord atlantique, réchauffée par les eaux du Gulf Stream, ne devrait pas s’inverser à cause du changement climatique selon de récentes modélisations. Mais il est possible que des interruptions temporaires d’acheminement d’eau chaude en Europe de l’Ouest surviennent dans les 100 prochaines années.

Si une grande partie du nord-ouest de l’Europe bénéficient d’un climat relativement doux, c’est grâce à la dérive nord-atlantique qui transporte les eaux chaudes du golfe du Mexique vers l’Europe. Parfois considéré comme une extension du Gulf stream, la dérive nord atlantique désigne le lent déplacement des eaux du Nord de l’océan Atlantique réchauffées par le Gulf stream, qui se dirige vers le nord-est de l’Europe et l’océan Arctique. Dans le siècle à venir, ce courant risque d’être menacé par l’eau provenant de la fonte du Groenland et des précipitations excessives, selon une récente étude réalisée par les universités de Groningue et d’Utrecht, publiés dans la revue spécialisée Scientific Reports.

 

Une inversion du courant ?

Les simulations réalisées montrent que le courant ne s’arrêterait probablement pas totalement mais qu’il pourrait souffrir de changements temporaires. « Les océans stockent une immense quantité d’énergie et les courants océaniques ont un effet important sur le climat de la Terre », explique Fred Wubs, professeur agrégé de mathématiques numériques à l’Université de Groningue. Les océanologues ont découvert que les courants de l’océan Atlantique sont sensibles à la quantité d’eau douce qui se trouve à leur surface.

Avec le changement climatique, les précipitations sur les océans augmentent, ainsi que les eaux du Groenland qui fondent. Plusieurs simulations avaient déjà été réalisées au sujet d’un possiblement ralentissement – voire d’une inversion – du courant de l’Atlantique Nord. Un changement qui empêcherait de transporter la chaleur jusqu’à l’Europe.

Pour cela, l’équipe d’Utrecht a créé un modèle climatique qui décrit les processus actuels dans l’océan. Leur but : utiliser ce modèle climatique pour estimer la probabilité de petites fluctuations de l’apport d’eau douce et son effet de ralentissement ou d’inversion du courant. Les résultats ont montré un comportement non-linéaire, avec des changements de petite envergure mais dont les effets peuvent s’avérer importants.

Sauf que pour arriver à ce résultat, l’équipe devait rechercher un grand nombre de simulations pour arriver à des résultats plausibles. Grâce à un scientifique français, qui a mis au point une méthode pour sélectionner les simulations les plus prometteuses, l’équipe a pu conclure que «les chances d’un effondrement total de la dérive nord atlantique au cours des 1.000 prochaines années sont négligeables», explique Fred Wubs.

 

Des vagues de froid dans l’Atlantique Nord

En revanche, une interruption temporaire de l’acheminement d’eau relativement chaude vers le nord-ouest de l’Europe est plus probable : « Dans nos simulations, les chances que cela se produise au cours des 100 prochaines années sont de 15%. » De telles transitions temporaires pourraient provoquer des vagues de froid dans l’Atlantique Nord, même si de plus amples études sont nécessaires pour valider cette thèse. Cette première étude n’est qu’une étape initiale dans la détermination du risque. Le modèle ne prend pas en compte les changements considérables dans l’eau douce dans l’Atlantique Nord, qui peuvent être causés par la fonte des calottes glaciaires. Leur prochain défi : « confirmer ces résultats par la simulation avec un modèle climatique à haute résolution. »

En 2018, deux études parues dans la revue scientifique Nature annonçaient que le système de courants océaniques de l’Atlantique Nord était déjà en train de s’affaiblir. Son bon fonctionnement, qui repose sur la température et le taux de salinité dans l’eau, serait perturbé par l’arrivée des glaces de l’Arctique canadien et des calottes glaciaires qui fondent et libèrent de grandes quantités d’eau douce, abaissant la densité des eaux de surface, ce qui ralentit la circulation profonde. Là encore, les modèles ne sont pas formels sur les conséquences possibles d’un tel réchauffement.

«Il y a consensus en revanche pour dire que même s’il n’y a pas de changement climatique majeur dans l’Arctique, à nos latitudes -de 45°N à 60°N -, il y aura un refroidissement et des conséquences fortes sur le climat. Nous subirons des étés particulièrement chauds et secs en Europe de l’ouest. En hiver, certains modèles montrent qu’il y aura plus de vents d’ouest et de tempêtes», expliquait à l’époque Gilles Reverdin, chercheur à l’Institut Pierre et Simon Laplace à Sciences et Avenir.

Au delà des conséquences sur les températures ressenties en Europe de l’Ouest, des variations de température de l’eau auront aussi un effet sur la faune et la flore, comme les poissons, le plancton ou encore certaines espèces d’oiseaux.