Manque de nombreux médicaments : Une crise qui perdure

L’absence des médicaments sanctionne de très nombreux malades, mais les personnes atteintes de cancer la ressentent douloureusement.

Les pénuries de médicaments sont de plus en plus fréquentes. Les patients souffrant de pathologies  chroniques rencontrent des problèmes pour se procurer leurs traitements.   Cette situation inquiète autant le corps soignant que les malades. Une vingtaine de médecins et professeurs hospitaliers ont sonné l’alarme dès le mois de septembre dernier. Ils accusent le département de la santé, de la population et de la réforme hospitalière de ne rien faire  pour améliorer la situation. Selon ces praticiens, c’est la mauvaise gestion qui engendre les pénuries. Les stocks seraient gérés de manière aléatoire selon cette même source. Ils estiment que les hôpitaux reçoivent des quotas arrêtés selon l’ancienne gestion socialiste.  Ils aimeraient évidemment l’instauration d’un nouveau mode de gestion qui prendra en compte le nombre de malades soignés chaque année.

Le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (SNAPO) exhorte depuis lé début de l’année  le ministère de la santé  à prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à ces pénuries. M. Belambri, président du SNAPO estime  que la mauvaise gestion est la principale cause de rupture d’approvisionnement en  médicaments que connaît le marché national actuellement. « La cellule de veille et l’Agence nationale des médicaments n’assurent pas le bon fonctionnement du secteur du médicament», regrette-il. «Le Ministère de la santé nous a rassurés, mais les choses n’ont guère évolué. On enregistre toujours des pénuries. Les raisons sont multiples et les solutions peu claires», ajoute le premier responsable du SNAPO.

Cette situation qui perdure depuis des mois n’est pas faite pour rassurer les patients et leurs médecins. Les causes avancées par les pouvoirs publics ne semblent pas convaincre les concernés. « On évoque la mauvaise gestion des médicaments pour expliquer cette situation.  Je suis pharmacien hospitalier. Croyez-moi, la pénurie existe et nous manquons de nombreux produits que nous ne trouvons pas à la Pharmacie centrale des Hôpitaux »,  dit un pharmacien dans un grand hôpital de la Capitale. Il déplore même la grave situation des enfants atteints du cancer. « Des parents pleurent quand ils découvrent que leurs enfants ne seront pas soignés  avec les molécules les plus récentes. Les médecins sont obligés de concocter des chimiothérapies avec les moyens du bord », ajoute t-il. Il ne croit pas en la version des responsables du   Ministère de la santé :«  Ils incriminent les autres pour fuir leurs responsabilités. Les médicaments sont faits pour soigner et dans la gestion normale, un taux de perte de 10% est toléré. Nous enregistrons moins des 2% de perte dans les hôpitaux publics ».

Les malades souhaitent une chose ; la disponibilité des médicaments. « Ce qui m’intéresse c’est de voir que mon fils est bien soigné. Cela m’apporte quoi de connaitre qui est derrière la pénurie de médicaments qui prive des malades de soins », dit un père de famille dont l’enfant est soigné au service pédiatrie du CHU Mustapha Bacha à Alger.

Pour leur part, les parents des malades sont très en colère. Ils font le tour des hôpitaux mais ne trouvent pas les drogues indispensables pour sauver leur enfant ou leur parent. « Ma mère est traitée pour un cancer du sein. Je cherche des médicaments pour qu’elle puisse débuter ses cures de chimiothérapie. Cela fait deux mois déjà et je n’arrive pas à lui procurer les 4 molécules constituant son traitement. J’ai trouvé deux produits en Algérie et les deux autres, un ami va me les envoyer de France », dit un quadragénaire dont la maman  attend toujours pour débuter ses traitements.

 

Deux milliards de dollars  

Les parents de personnes atteintes du cancer sont les plus préoccupés par la quête des médicaments. Cette terrible maladie fait des ravages en  Algérie. Ce n’est plus une pathologie rare comme par le passé. Plus de 50 000 cas sont recensés chaque année. Des efforts considérables sont été consentis par les pouvoir publics qui ont construits des services spécialisés dans les 4 coins du pays. Des milliards en devises sont investis dans les équipements modernes et les médicaments, mais les résultats escomptés n’ont jamais été atteints. Selon Kamel Bouzid, le professeur chef de service d’oncologie médicale au centre Pierre et Marie Curie d’Alger : «la prise en charge d’une seule personne atteinte du cancer s’élève à  25 millions de dinars ».

Comme les familles sont encore unies, des opérations d’entraide sont organisées à chaque fois qu’un des membres découvre son cancer. Des sommes d’argent parfois importantes sont réunies pour  lui venir en aide. La prise en charge des personnes atteintes par le cancer nécessite de grands moyens et surtout la célérité. Comme les produits de chimiothérapie sont souvent en rupture de stocks, les malades ou leurs proches font venir les drogues de l’étranger. Les factures sont alors très salées, mais la vie n’a pas de prix. « Notre oncle âgé de 72 ans est hospitalisé pour un cancer de l’estomac. Il doit faire des cures de chimio avant l’opération. Nous lui avons ramené les médicaments de Tunisie », dit un jeune médecin installé dans le privé.

Malgré de très nombreuses contraintes, les pouvoirs publics continuent à consacrer d’importants budgets pour la seule prise en charge des personnes atteintes du cancer. « L’Algérie importe plus de 4 milliards de dollars  de médicaments chaque année », avait révélé,  Mokhtar Hasbellaoui, professeur en médecine et ministre de la santé lors de l’inauguration du salon du médicament le 4 mars 2018. Le même Ministre avait relevé à cette occasion que 60% de la facture des médicaments est consacrée pour l’importation de drogues pour chimiothérapies ou pour les produits augmentant l’immunité des malades.

Les laboratoires, souvent des multinationales qui innovent   dans le secteur du médicament, imposent leur diktat. Ils appliquent des prix dépassant tout entendement.  Cela se vérifie en constatant que plus de 2 milliards de dollars sont consacrés au traitement de 50 000 personnes atteintes du car, alors qu’une somme identique suffit pour le reste des malades algériens.

 

Des médicaments jetés car périmés

La nouvelle, relayée par tous les journaux, radios et télévision s’est répandue comme une trainée de poudre : « de grandes  quantités de drogues pour chimiothérapies   sont déclarées impropres à l’utilisation ». Cette information est tombée au plus mauvais moment. En cette période d’incertitude, les malades atteints du cancer trouvent moult difficultés pour se soigner.  La valeur des médicaments périmés  découverts au centre anti-cancer Frantz Fanon de Blida,  s’élève à  4.5 milliards de centimes. Selon des sources proches du département de la santé, de la population et de la réforme hospitalière, la  cause de cette gabegie est le non respect des normes  de stockage. Une enquête a été diligentée pour déterminer les responsabilités.

Dès qu’elle a été rendue publique cette information a provoqué l’ire des malades et des cancérologues. Ces derniers sont très remontés car ils font face à des situations très graves. « Pour soigner nos malades de plus en plus nombreux, nous sommes obligés de recourir aux anciens protocoles. Nous concoctons les chimiothérapies avec les produits disponibles. Les nouvelles molécules sont pourtant les mieux indiquées », dit un cancérologue qui a voulu garder son anonymat. Un chirurgien dans un service d’oncologie se plaint pour sa part du temps que mettent les malades pour arriver au bloc opératoire. « Souvent les malades sont traités par radiothérapie ou chimiothérapie. Comme les médicaments de chimiothérapie sont indisponibles, les patients ne sont pas opérés rapidement comme le stipulent les protocoles de prise en charge des personnes atteintes du cancer »,  s’emporte ce chirurgien qui est pressé de partir en retraite.

Les malades et leurs parents condamnent évidement le gaspillage constaté au centre anti-cancer de Blida. Ils réclament d’ailleurs des sanctions exemplaires contre ceux qui sont derrière ce scandale. «  Si vraiment des employés ont agi de telle sorte à ce que des quantités de médicaments se détériorent, il faut qu’ils subissent les conséquences. Par contre, ces quantités ne sont pas la seule cause des pénuries constatées dans les centre de lutte contre le cancer », dit la mère d’un enfant traité pour une leucémie. « Pour justifier  la pénurie des drogues pour chimiothérapie, des responsables du département de la santé ont découvert des médicaments périmés à Blida. Le plus urgent à mes yeux c’est de rendre disponibles ces drogues qui manquent dans tous les centres de lutte contre le cancer », dit le mari d’une malade suivie justement au CHU de Blida.

Djafar Amrane

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