Le phénomène a pris des proportions alarmantes : Halte au gaspillage du pain !

Le  gaspillage du pain revient au devant la scène. Crise économique oblige, le gouvernement tente de trouver une solution à ce phénomène que d’aucuns qualifie d’ « étranger » à la société algérienne et ce qui est plus « étrange » prend des proportions alarmantes au fil des années.

Les statistiques parlent d’eux-mêmes : 10 millions de baguettes sont gaspillées par jour, soit 36 milliards de dinars par an. Ces chiffres ont été révélés par l’agence officielle Aps, le 5 novembre 2019 , à l’occasion de la tenue d’une réunion interministérielle, présidée par le Premier ministre Noureddine Bedoui,  consacrée à l’examen du programme de développement de la filière céréalière, notamment dans le Sud et les Hauts plateaux. Au cours de cette réunion, le chef du gouvernement a relevé que l’analyse de la réalité économique de notre pays fait ressortir plusieurs dysfonctionnements et phénomènes très négatifs, notamment, en matière d’orientation et d’efficacité de la subvention accordée par l’Etat, outre le phénomène de gaspillage du pain, qui a atteint un seuil alarmant, pèse sur le trésor public et s’oppose aux valeurs de notre société. Le Premier ministre a relevé l’impératif de poursuivre le travail pour la rationalisation de la consommation locale en blé tendre, à travers notamment la lutte contre le gaspillage dans la consommation du pain. Pour ce faire, le Premier ministre a décidé de lancer une large campagne de sensibilisation, supervisée par les ministres du Commerce et de la Santé, avec la participation de tous les secteurs concernés, notamment l’Education nationale et les Affaires religieuses ainsi que les organisations de la société civile, en sus des experts de la santé et de la communication, et l’utilisation de tous les canaux de communication, et plus particulièrement les réseaux sociaux. Une autre campagne de sensibilisation sur ce phénomène  qualifié d’ « étranger » à la société algérienne et qui va durer le temps d’une … campagne. Il y a eu auparavant des campagnes du même genre pour sensibiliser les Algériens sur le scandale du gaspillage du pain. Des Imams appelés à la rescousse ont beau rappeler, verset coraniques à l’appui, que les gens qui gaspillent les Biens de Dieu sont les frères des Chayatines (alliés de Satan), rappelant que par le passé, on embrassait le pain. D’autres Imams ont regretté, pour leur part, que ce geste bénie  se  fait de moins en moins chez nous, pire on jette le pain à la poubelle.

 

On «embrasse» de moins en moins le pain

D’aucuns s’interrogent sur la disparition de ce geste, oh combien révélateur de la « sacralité » du pain  et se demandent depuis quand l’Algérien jette le pain ? « Scandaleux », tel est le qualificatif utilisé par le citoyen lamba quand on l’interroge sur le phénomène du gaspillage du pain. Alors, si tel est le cas, comment faire pour « corriger » le comportement des ménages à l’égard du pain ? Il a été beaucoup question d’analyser ce phénomène « étranger » à la société algérienne. Des chiffres ont été révélés. Ils ont situé la « profondeur » du mal enraciné au sein des ménages. Certaines approches ont proposé les « moyens » qu’il faut mettre en œuvre pour le combattre. Tout au plus ces recommandations sont restées au fond des tiroirs des bureaux bien calfeutrés des responsables qui s’indignent sur la persistance de fléau, étranger » à la collectivité nationale jusqu’à une date assez récente. Aussi loin que puisse remonter la mémoire, les Algériens ont toujours vénéré le pain à travers les siècles. Pourquoi aujourd’hui le citoyen a-t-il « changé » de comportement jusqu’à réduire ce produit béni à un déchet ? De nos jours, il n’est pas rare de voir nos poubelles remplies de pain ! Il est  « inconcevable » pour des responsables chargés des affaires de la cité de voir cette image « étrange » sur la plupart de nos rues et ruelles. Les baguettes de pain qu’on ne jetait que rarement, remplissent les poubelles de nos quartiers. Pour la seule wilaya d’Alger, près de 110.000 tonnes de pain rassis ont été récupérées au cours des neuf (9 mois) écoulés par l’entreprise de nettoyage Netcom au niveau de 26 communes de la capitale. Ce chiffre révélé par la chargée de la communication à Netcom, Nassima Yakoubi en marge de l’ouverture de la 4ème édition du Salmon international de la récupération et de la valorisation des déchets « Revade 2019 », tenu au Palais des expositions à Alger. La responsable de Netcom avait affirmé que son entreprise avait procédé, au cours des 9 premiers mois de 2019 (janvier à septembre), à la collecte de plus de 300.000 tonnes d’ordures ménagères et à la récupération de plus de 110.000 tonnes de pain rassis dans 26 communes relevant de son territoire de compétence. Une évidence saute aux yeux : presque la moitié des déchets enlevés par Netcom s’avère être du pain rassis, ramassé au fond des poubelles ! Une évidence qui interpelle les consciences ! Pourquoi cet énorme  « gâchis » qui pénalise et le consommateur et l’économie algérienne ? Le pain est subventionné par l’Etat et de ce fait, il est à la portée de toutes les bourses. Produit de première nécessité, son prix très bas, il est consommé sans modération par les Algériens qui souvent en abusent lors de son achat. Ils achètent plus de baguettes que nécessaire. La « peur » de la panne sèche qui peut survenir le moment où l’on l’attend le moins. Et souvent lorsqu’on achète sans compter, il y a parfois un « surplus » qui va, à défaut de son utilisation, va à la poubelle du coin.  Il ne « coûte »  a personne de faire le « plein » de baguettes de pain pour la journée.

 

Achat en grande quantité : «normal»

Il ne coûte pas cher. Acheter chaque jour du pain croustillant autant qu’on veut, surtout pas en petite quantité, est « normal ». Un geste qui se répète pour de nombreux citoyens  deux, voire trois fois par jour pour qu’à la fin, une grande quantité de ce pain soit jeté à la poubelle. Ce comportement « étrange », inconcevable », « scandaleux », peut-il être « corrigé » pour que le pain, un aliment de base pour les Algériens, vénéré par nos aïeux et nos parents,  puisse reprendre sa véritable place ? L’idée de mettre fin à la subvention du pain a fait débat et continue de faire débat au sein du gouvernement. Une « vision » réaliste, partagée par les économistes qui font abstraction de son coût social. Elle l’est également par le le Club des boulangers, affilié à l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA) qui revendique l’augmentation du prix de la baguette du pain. Le  Président du Club des boulangers Behiche Faouzi avait déjà, en 2017, remis en cause le système de subvention de la farine qui ne profite, selon lui,  ni aux citoyens ni aux boulangers mais plutôt aux « acteurs de l’informel ».  Selon lui, le prix administré du pain engendre le gaspillage. Ce sont,(statistiques de 2014),  plus de 3 millions de baguettes de pain qui sont jetées quotidiennement. Une situation qui met à nu les défaillances de ce système de subvention, a-t-il indiqué. Depuis le phénomène s’est amplifié. On ne parle plus de 3 millions de baguettes mais de 10 millions qui sont jetés quotidiennement à la poubelle. Quelle sera la solution pour éradiquer ce phénomène ? Un dilemme cornélien se pose au gouvernement ! Augmenter le prix de la baguette à un coût menaçant la paix sociale et de l’autre, faire perdurer la situation actuelle coûte très cher à la collectivité nationale. Point de solution miracle !

Mohand Ourab

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