Sport : Le surentraînement fatigue le corps et le cerveau

Des chercheurs français ont poussé des athlètes à se surentraîner afin de voir comment évoluaient leur activité cérébrale, leur comportement mais aussi leur fatigue.

 

Un entraînement sportif excessif fatigue le corps : il entraîne des courbatures et parfois même des blessures. Mais peut-il également fatiguer «l’esprit» ? Selon une nouvelle étude menée par des chercheurs français affiliés à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP) et à l’Université Nice Sophia Antipolis, et publiée le 26 septembre 2019 dans la revue Current Biology, oui. Le cerveau est, comme les muscles, exténué par les exercices physiques soutenus.

L’idée de cette étude a germé au sein de l’INSEP qui forme les sportifs pour les Jeux olympiques. Ces derniers peuvent souffrir du syndrome du surentraînement qui conduit à une fatigue, une démotivation et à une baisse des performances. Les chercheurs ont recruté 37 athlètes masculins. Certains d’entre eux ont été invités à poursuivre un entraînement normal quand d’autres devaient augmenter leur charge de travail de 40% pendant trois semaines. Leurs performances respectives ont ensuite été évaluées durant les jours de repos avec une séance de vélo, ils ont répondu à un questionnaire concernant leur fatigue (tous les deux jours) et ils ont aussi passé des tests comportementaux et des IRMf.

Selon les résultats obtenus, les athlètes surentraînés étaient plus fatigués et plus impulsifs que les autres : lors des tests simulant des choix économiques, ils favorisaient les récompenses immédiates plutôt que celles plus importantes mais plus tardives. Ils présentaient aussi une activité réduite du cortex préfrontal latéral associé à la prise de décision, notamment au contrôle en ce qui concerne des choix économiques. Pour les auteurs de l’étude, il est clair que l’entraînement excessif a conduit à une fatigue mentale.

«La région préfrontale latérale affectée par la surcharge d’entraînements sportifs était exactement la même que celle exposée à des travaux cognitifs excessifs dans nos précédentes études», explique Mathias Pessiglione, co-auteur de l’étude. «Cette région cérébrale est donc apparue comme le point faible du réseau cérébral responsable du contrôle cognitif ».

Il existe donc une sorte de connexion entre effort physique et mental : les deux nécessitent un véritable contrôle neurologique qui peut se fatiguer. Les athlètes éreintés peuvent alors perdre leur discernement comme lors des tests comportementaux. L’étude «suggère un mécanisme neuronal qui pourrait expliquer non seulement pourquoi les athlètes surentraînés ne parviennent pas à surmonter les signaux de douleur ou de fatigue, mais aussi pourquoi ils courent un risque de dopage, ce qui peut aider à une performance immédiate mais compromettre des résultats à long terme», notent les chercheurs. Cette découverte pourrait permettre de mieux prendre en charge le syndrome du surentraînement mais aussi le burn-out.