La vie de nos communes : Dély-Ibrahim, un lieu, une histoire…

La commune de Dély Ibrahim est une commune de la banlieue nord d’Alger. C’est le premier village colonial d’Algérie. Il doit son nom à un officier turc prénommé Ibrahim. Il serait le tout premier habitant de cette région. Survient  le débarquement de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830 qui suit le plan de 1808  établit par l’espion Boutin et marque le début de la l’occupation française de l’Algérie.

 

Les troupes françaises débarquent à Sidi-Fredj et font route vers Alger en passant par Staouéli puis par Dely Ibrahim. Le 28 juin 1830, une rude bataille les oppose à une centaine de paysans armés de leur seul courage à Bouchebouk qui furent défaits et leurs cadavres ensevelis dans un charnier situé dans la région des Grands Vents. (Les deux lieux constituent aujourd’hui le périmètre du projet Dounia Park en cours de réalisation). Dely-Ibrahim,  premier village colonial accueille les premiers immigrants, principalement des Alsaciens. Dès 1832, le village se dote d’un bureau de  poste, d’une mairie, une place publique. Un lieu de culte, l’église, une auberge, une caserne, des écuries sont  construites. L’école publique vient un plus tard.  Depuis, que de chemins parcourus par le premier village colonial.

Au début du 20e siècle, la commune de Dély-Ibrahim ne cesse de s’étendre. Une urbanisation à un rythme accéléré est engagée sur tout le territoire de la commune. Les anciennes infrastructures coloniales ont laissé place à des ensembles plus à même à répondre aux attentes de la population locale. La commune abrite également  le siège de nombreuses structures, éducatives, de la santé et autres, d’importance nationale, notamment, l’ENSSMAL (Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Mer et de l’Aménagement du Littoral), d’une annexe de l’université d’Alger comportant la faculté des sciences de gestion et d’économie, ainsi qu’une cité universitaire pour filles et le siège de l’Institut Pasteur d’Algérie, ainsi que plusieurs de ses laboratoires et services, tels que  le Laboratoire National de Contrôle des Produits Pharmaceutiques (LNCPP) et le Centre National de Toxicologie (CNT). La commune est également réputée pour son dynamisme commercial et la particularité d’abriter le premier siège diplomatique au monde de l’Etat de Palestine ainsi que des écoles privés de stature internationale, notamment l’école primaire du lycée international Alexandre Dumas et le lycée international Alexandre Dumas.

Le premier village colonial qui est un lieu et une histoire à revisiter pour savoir que le Bois des Cars, peuplé de cèdres, pins d’Alep et de cyprès,  situé sur le territoire de la commune porte le nom du lieutenant général, Duc des Cars  qui commanda la 3e division des combattants du corps expéditionnaire de l’armée d’Afrique de 1830 et  qu’en 1942 lors du débarquement des alliés sur les côtes algéroises, le général Eisenhower installe son premier quartier général dans ce bois. Il existe aussi un cimetière anglais à Dely Ibrahim. En 1980, la reine Elizabeth, en visite à Alger, s’y était recueillie. Une commune riche en faits historiques qui connaît un développement sans précédent sur les plans social et économique.

 

La ressource humaine : le capital qui manque

Ce dynamisme accéléré n’est pas sans engendrer des difficultés dans la gestion des affaires de la commune, faute de ressources humaines qualifiées à tous les niveaux. La ressource humaine est la clé de la réussite de n’importe quel  projet. Telle est la conviction  Hamza Kamel, président de l’APC de Dély-Ibrahim. Le maire, qui nous accordé un entretien récemment,  regrette que les communes n’arrivent toujours pas à recruter de la ressource humaine qualifiée susceptibles de mener à bien la réalisation des projets inscrits dans nos plans d’action  à bon port.

«Nous avons besoins d’ingénieurs et de techniciens dans plusieurs secteurs d’activité pour contribuer aux études, aux contrôles et à la  bonne marche des projets. Mais cette ressource est une denrée rare de nos jours en raison de la mauvaise rémunération des cadres par la fonction publique. Même quand on les recrute, ils restent un an pour faire valoir une expérience et partent là où la rémunération est meilleure »,  explique Hamza Kamel qui qualifie cet obstacle, de «grand problème». Le premier responsable de l’exécutif communal  estime que «l’infortune»  « freine la marche des communes» notamment celles ayant des budgets conséquents et qui ambitionnent de réaliser des projets de grande envergure.

Selon lui «la mission de l’APC ne peut pas se limiter au nettoiement et à l’embellissement des rues et artères». Il explique que les missions des élus locaux sont plus profondes. Il rappelle que la commune est la base de la pyramide, celle qui est la plus proche du citoyen, celle qui a les capacités d’évaluer ses véritables besoins et de répondre à ses attentes, mais  à condition de lui offrir «des moyens vitaux à cette politique».  Le président de l’APC de Dely Ibrahim rappelle dans ce sens tout en le regrettant, « les prérogatives limitées des maires, qui ne permettent pas de répondre aux sollicitations  des administrés». «Nous subissons une énorme pression des citoyens», se plaint-il .

 

Plaidoyer pour des prérogatives plus larges

Et les «griefs » de l’édile communal sont assez nombreux. «Quand l’éclairage fait défaut, c’est au maire d’intervenir alors que c’est l’ERMA qui doit s’en occuper. En cas de coupure d’eau, la population vient protester devant la porte de l’APC alors que ce relève de la Seaal. Quant il y a un problème d’électricité, on vient voir le maire alors que cela est du ressort de Sonelgaz. Si les ordures ne sont pas ramassées, ils sont devant l’APC… ».

Pour le premier responsable de la commune, «les citoyens se sont habitués aux solutions de facilité, alors que le maire a d’autres préoccupations plus importantes qui concerne le développement de la commune dans son ensemble et non pas de manière individuelle ou sectoriel», a t-il estimé, en plaidant pour «de plus large prérogatives pour le maire et aussi un appui plus prononcé des pouvoirs publics dans l’exercice de ses fonctions».  «Je suis pour des critères plus sévères de sélection des candidats à la fonction de maire car n’est pas P/APC qui veut mais en contre partie, il faut redonner toute sa noblesse à l’image du premier magistrat de la commune. Une image plus crédible  et renforcer son  rôle», a-t-il plaidé.

Abordant certains aspects de la vie de la cité qu’il dirige depuis deux décades, Hamza Kamel  se dit satisfait que sa commune n’ait enregistré aucun dégât lors des dernières intempéries qu’a connu Alger et ses environs.  Il assure que l’exécutif a anticipé et  pris les devants en procédant au nettoiement des avaloirs et tout ce qui est conduite des eaux de ruissellement ainsi que  tout ce qui peut faire obstacleau bon écoulement des eaux les jours de pluie sur les voies de communication.  «Ces opérations ont eu lieu dès le début du mois de septembre», a-t-il dit, notant qu’il y a lieu de refaire les regards d’assainissement avec un plus grand diamètre, dans quatre ou cinq quartiers dont Rahma et Achabou.

Concernant l’épineux problème du logement, il révèle que  l’opération de relogement lancé par la wilaya d’Alger a permis de prendre en charge 44 familles habitants les caves à Ziania, 12 familles des bidonvilles de 20 août et Akram, 10 familles à la foret de Bois des Cars, 3 familles au terrain de golf, 7 familles à l’ancienne Maison de jeune et Kasma des moudjahiddines, et 17 familles aux Grands Vents. «Il nous reste une dizaine de familles éparpillées sur plusieurs sites, et les habitants du domaine Zouaoui qui demandent à être régularisés», explique le premier responsable de la commune.

La commune, poursuit-il,  a enregistré 2800 demandes LSP et 1000 demandes de logements sociaux. «Nous espérons avoir un autre quota de logements sociaux pour répondre à la demande croissante des citoyens d’autant que nous avons pu distribué notre quota de logement en 2017», conclut le maire, qui révèle l’engouement que suscite chez les jeunes le lancement prochain de la formule LPA.

Mohand Ouarab