Prix des fruits et légumes : C’est reparti à la hausse !

Ce sont les parents qui s’inquiètent le plus à chaque fois que les produits alimentaires augmentent. Ils se soucient en effet du développement de leurs enfants qui doivent bien se nourrir pour grandir harmonieusement.

 

La mercuriale est en folie depuis la fin de l’été. Les ménagères trouvent des difficultés pour remplir leurs paniers. Les étals ne sont pas bien achalandés. La    rareté de la marchandise, induit inéluctablement la hausse des prix. Les étaliers doivent faire face tous les jours à la colère des consommateurs. Ces derniers ruent dans les brancards. Les temps sont difficiles  en effet. La situation politique n’est pas stable. La crise économique qui ne dit pas son nom, est entrain de s’installer. Des augmentations ont touché tous les produits de consommation courante. Dans les épiceries, les vendeurs ressentent une baisse de leurs chiffres d’affaires. « Les gens n’achètent plus comme avant. J’ai été obligé de diminuer les quantités de produits laitiers que j’achète auprès des revendeurs. C’est la crise, les algériens consomment moins », se plaint le gérant d’une supérette à Bab El Oued. Pour faire des économies, les chefs de famille se privent de produits non essentiels comme les yaourts, les fromages ; les fruits ; les jouets et les loisirs.

C’est une ambiance plutôt morose qui règne dans les marchés de la capitale. Les prix affichés dépassent tout entendement. La pomme de terre, légume du pauvre par excellence est proposée à 70 dinars. La tomate vaut 150 dinars, tout comme la courgette, le navet et les carottes. La laitue coûte 200 dinars. Les haricots verts sont à 300 dinars.

Les consommateurs ne peuvent rien faire. Ils sont obligés de nourrir leurs enfants. Ils déambulent entre les étals et finissent par se rendre à l’évidence : les prix sont les mêmes partout.  Pour diminuer la facture, ils ne prennent que de petites quantités, à savoir  de quoi tenir quelques jours. « Ce n’est pas possible. Les légumes coutent trop chers. Je dois pourtant préparer à manger », se plaint une ménagère rencontrée au marché de Birkhadem. Les diabétiques se plaignent plus que les autres clients. Ils doivent en effet observer une hygiène de vie stricte. « Ce n’est pas facile de respecter  le régime. La laitue est à 200 dinars et les haricots verts coutent 300 dinars ».

Les fruits ne sont pas en reste. Le raisin très abondant durant la saison estivale se raréfie et son prix augmente automatiquement. Le raisin ordinaire est à 200 dinars. La qualité supérieure comme le muscat ou le dattier  est affichée à entre 300 et dinars. Le melon et la pastèque coutent entre 80 et 150 dinars. Les poires et le pommes locales sont proposées à 200 dinars.

Les vendeurs se plaignent eux-aussi de la situation. Quand les prix augmentent, les clients se font rares en effet. « Moi-aussi, suis un citoyen algérien. J’ai une famille et des enfants que je dois nourrir. Quand les prix augmentent je ne gagne presque rien », dit un étalier au marché de Saoula.

 

Les produits d’épicerie plus chers

Quand les prix des fruits et légumes augmentent, les familles algériennes se rabattent sur les légumes secs. Le climat s’adoucit et les températures baissent, c’est le moment de reprendre l’alimentation de l’hiver. Les ménagères n’en  reviennent pourtant pas quand elles découvrent que même les légumes secs ont connu des hausses de prix. Les Haricots blancs sont à 250 dinars, ils se vendaient à 180 dinars avant l’été. Les pois-chiches sont proposés entre 200 et 300 dinars. Les lentilles ont atteint les 300 dinars dans certains magasins de la capitale.

Les consommateurs râlent mais finissent par acheter, car les enfants doivent manger. « Je ne sais pas comment m’y prendre. Tout est hors de prix et nous ne vivons que du seul salaire de mon mari », se plaint une mère de famille dont les 5 enfants sont des adolescents. « Ils sont en période de croissance. Ils doivent bien manger normalement. Je ne peux pas les nourrir selon les recommandations des nutritionnistes », ajoute la même interlocutrice.

Une infirmière à l’hôpital de Douéra, affirme ne plus savoir comment faire pour préparer à manger. « Comme les viandes rouge et blanche sont à des prix exorbitants, on se rabattait sur les légumes et les féculents. Qu’est-ce que nous allons faire maintenant que les prix des produits de large consommation ont augmenté », dit-elle. Elle fait une grave révélation : « Dans le service de chirurgie où je travaille, nous recevons de nombreux diabétiques dont l’état de santé s’est aggravé. Il s’agit le plus souvent de malades issus de familles pauvres et qui n’ont pas les moyens de respecter une hygiène de vie correcte ».

Les épiciers ne décolèrent pas eux-aussi.. Quand les prix augmentent, ils enregistrent une baisse de leur chiffre d’affaire. Les consommateurs boudent les épiceries. « Les produits de large consommation sont en réalité des produits d’appel. Un client qui vient pour acheter des haricots blancs ou des lentilles, repart souvent avec d’autres produits qu’il n’avait pas prévu d’acheter. Quand les prix des produits d’appel augmentent, je jette beaucoup de produits frais ou périssables », se plaint le gérant d’une superette à Birkhadem. « Les clients font la chaine chaque matin devant mon magasin, ils n’achètent que le lait en sachet à 25 dinars », ajoute le même interlocuteur.

Ruser pour joindre les deux bouts

Ce n’est pas facile de faire des économies en période de crise économique latente. Les salaires stagnent et les prix à la consommation augmentent. Cette situation pousse les gens à trouver des formules pour dépenser moins, alors chacun trouve sa recette miracle.

Les travailleurs et les travailleuses se passent du repas du midi. Les hommes se contentent d’un café. « De toutes les manières, je me trouve un  peu gros et il me faut un régime. A midi, je prends un café et ensuite je reprends le travail. Je mangerai bien le soir à la maison », dit un employé de banque. Les femmes qui travaillent sont plus astucieuses. Comme, elles restent au bureau à midi, elles profitent pour manger le repas qu’elles ont préparé chez elle le matin. « C’est plus sain et moins onéreux. Le dernier sandwich coûte 200 dinars. Je ramène mon déjeuner avec moi », dit une comptable dans une entreprise privée.

Le  transport représente à lui seul un véritable budget pour les travailleurs qui habitent loin de leur lieu de travail. Comme les bus de l’E TUSA ne desservent pas toutes les communes de la wilaya d’Alger ;  les habitants des communes de banlieue se débrouillent pour diminuer la facture du transport. Ceux qui possèdent une voiture s’organisent en eux.  « Nous sommes quatre voisins à travailler à la Place du 1er Mai. Chaque semaine, l’un d’entre nous s’occupe du transport et ainsi de suite », dit un employé au Port d’Alger  qui habite à Saoula.

Il arrive aussi que des voisins proposent à ceux qui ont des voitures de les transporter chaque matin. «Au lieu de payer le bus, je contribue aux frais de l’essence de mon voisin. Nous gagnons tous les deux», dit cette fois un infirmier à l’hôpital Mustapha. Les habitants des communes desservies par le train, joignent l’utile à l’agréable. Même ceux qui possèdent une voiture, utilisent le train cette fois. « Je paye un abonnement mensuel de 3000 dinars. C’est beaucoup moins cher que les frais de l’essence et d’usure de ma voiture. Je gagne beaucoup de temps surtout, car les trajets en train sont plus rapides», dit un habitant de Birtouta qui travaille à Alger-centre.

 

Les prix vont baisser

Boulenouar El Hadj Tahat, président de l’Association Nationale des Commerçants et Artisans Algériens (ANCAA) se veut rassurant. Il promet une baisse des prix dans une ou deux semaines. « Cette période est appelée arrière-saison. Les fruits et légumes de l’été se font rares et ceux de l’autonome ne sont pas encore mûrs. Dès que la nouvelle récolte sera prête, les prix baisseront », explique le président de l’ANCAA.

Concernant les produits d’épicerie, le président de l’ANCAA, promet cette fois aussi une baisse des prix. « Ces produits sont tous importés.  Les stocks ont baissé en ce début de l’automne. Les fermiers des pays exportateurs vont mettre leurs récoltes en vente dans quelques semaines. Les importateurs algériens pourront alors inonder le marché », explique-t-il.

Les consommateurs attendent cette baisse des prix avec impatience. Ils souhaitent aussi que les prix des viandes soient plus à la portée de toutes les bourses. «La viande ne doit plus être un luxe qu’on s’offre à l’occasion. Nous avons des enfants qui ont besoin de protéines animales pour bien grandir», dit une infirmière de l’hôpital de Douéra.

Djafar Amrane