Des inondations dès les premières pluies : Routes coupées et maisons démolies…

Chaque année, à la fin de l’été, Alger connait des pluies diluviennes. Et comme chaque année aussi, ces pluies ont provoqué beaucoup de dégâts.

 Construits à flanc montagne, la majorité des quartiers d’Alger sont  situés en zone inondable. Les nombreuses rivières qui se déversaient  dans la mer sont aujourd’hui à sec quasiment l’année durant, mais quand il pleut, les eaux prennent vite « possession » des lits de ces oueds. Par le passé, les effets des inondations étaient minimes. C’était l’époque où l’urbanisation était maitrisée. Depuis le début des années 2000, toutes les parcelles libres ont été construites.  Au centre ville et dans les communes du grand Alger, il ne reste pas la moindre parcelle de terrain nu. Pour enterrer les morts, les responsables de la wilaya sont contraints d’ouvrir de nouveaux cimetière dans les communes de banlieue comme à Birkhadem ou Saoula.

C’est dans une véritable crise d’hystérie que les nouveaux quartiers dans la capitale ont été érigés. Toute parcelle dégagée,  était aussitôt urbanisée. La fièvre de la construction a touché le secteur public et privé. « C’était la course contre la montre. Tout le monde savait qu’une autre occasion ne se représentera jamais. Tous les algériens voulaient une villa avec des magasins au rez-de-chaussée à Alger. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec de véritables catastrophes. Non seulement les bâtisses sont laides, mais pire encore, même les lits des oueds ont été urbanisés », se plaint un  ingénieur au Ministère de l‘urbanisme. Il se plaint de la situation catastrophique dont : «  les responsables de son département ont héritée et qu’ils doivent solutionner ».

Le jeudi  12 septembre 2019, les services de la météorologie nationale ont lancé un  Bulletin météo spécial (BMS) annonçant  des pluies diluviennes et des vents violents  sur la ville d’Alger et les wilayas du centre du pays. Ce bulletin a été en quelque sorte salutaire, car la majorité des algérois sont restés chez eux. Dès le début de soirée, des trombes d’eau se sont abattues sur la capitale. Toutes les rues situées dans les zones basses ont été comme toujours envahies par les eaux. La circulation a été coupée au niveau de la route moutonnière. Le quartier huppé de Sidi Yahia a été encore une fois inondé. L’eau s’est infiltrée partout. Les propriétaires des magasins n’ont dû leur salut qu’à leur fuite. « Le patron du restaurant où je travaille a fermé à temps son magasin. Nous nous sommes sauvés et moins de 5 minutes après le restaurant a été inondé », témoigne un serveur dans un restaurant. Le métro a cessé de circuler dès 20 heures. Les stations et les voies étaient encore sous les eaux, le lendemain matin, vendredi. Pris au piège, des usagers de métro ont été secourus par les pompiers.  Les eaux se sont engouffrées aussi dans l’aérogare du nouvel aéroport d’Alger. Les dégâts matériels sont importants car les circuits électriques sont hors d’usage.

Selon des sources sures, ces intempéries ont fait au moins une victime : une jeune fille dont la voiture a été  emportée par les eaux au quartier de Sidi Yahia. Les services de maintenance de la wilaya d’Alger ont été renforcés par des équipes communales dès vendredi matin.  « Il faut au moins deux jours de travail pour revenir à une situation normale. Toutes les rues du centre ville ont été endommagées », dit un employé de Netcom (l’entreprise de ramassage des ordures dans la capitale) que nous avons croisé vendredi matin à Bir Mourad Rais.

Les erreurs de conceptions

Les dernières intempéries ont démontré encore une fois les capacités de résistances des ouvrages récemment réalisés. En effet, dans la majorité des rues inondées au centre ville de la capitale, le bitume a été endommagé, laissant apparaitre de véritables cratères sur la chaussée. « Je viens de rentrer dans un trou en me rendant chez moi. Je ne l’avais pas vu car il était recouvert par l’eau. Toute ma suspension est à refaire et cela me coutera au moins 5 millions de centimes. Je paye mes impôts et m’acquitte des droits de vignette chaque année », se plaint un chauffeur de taxi à Saoula. Durant plus de 4 heures, la route nationale numéro 1 a été coupée au niveau du carrefour de Bir Mourad Rais. Aussi important soit-il,  cet axe routier est mal entretenu. Situé dans une zone basse, le centre ville de la commune de Bir Mourad Rais est envahi par les eaux plusieurs fois par an.  Cet axe continue à être  une artère où le trafic est dense de jour comme de nuit. Rien n’est fait pour le moment pour améliorer l’évacuation des eaux de pluie au niveau d’un des  carrefours les plus importants de la capitale.

Inauguré sous les feux de la rampe le 31 octobre 2011, le Métro d’Alger subit au minimum une inondation chaque hiver. « On aurait dû prendre en considération la typologie du relief de la capitale. Le métro suit un itinéraire situé en contrebas de la montagne. Il a fallu creuser encore plus bas. N’importe quel ingénieur aurait déduire qu’il fallait prendre des mesures pour limiter les inondations. Pris dans le feu de l’euphorie de la réalisation du premier métro en Algérie, personne n’a pensé aux futurs aléas », dit un usager quotidien du métro.

La nouvelle aérogare du l’aéroport internationale d’Alger a été inaugurée le 29 avril 2019. Les concepteurs de ce projet avaient  présenté la nouvelle infrastructure comme un bijou architectural et technologique.  « La nouvelle aérogare est placée au centre du Plan de développement de l’Aéroport international d’Alger, qui s’étale jusqu’à 2032. Ce plan, élaboré par la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger (SGSIA) et validé par les autorités publiques en 2009, comprend également la réalisation d’une autre aérogare en 2028 », pouvait on lire sur la brochure remise aux journalistes lors de la cérémonie d’inauguration. Moins de cinq mois après le début de son exploitation, l’aérogare a été inondée.

Une autre catastrophe a été vécue par les habitants de la localité de Sidi Nâamne dans la wilaya de Médéa. Le seul pont qui relie cette localité au reste du monde a été détruit. Emporté par les eaux, le pont récemment réceptionné n’a pas longtemps résisté aux éléments. Le pire a été même évité de justesse, puisqu’un enfant emporté par la crue a été sauvé in extrémis par des voisins.

« Jusqu’à quand le trésor public continuera-t-il  à payer des entreprises peu scrupuleuses ? Ces ouvrages destinés à accueillir des usagers doivent être réalisés selon des normes internationales qui existent depuis des lustres.  Qui est le responsable de la gabegie et du laisser-aller », s’emporte un entrepreneur dans les travaux publics.

99 familles sinistrées à la Casbah

Le quartier de la Casbah continue à faire les frais de la mauvaise gestion. C’est le plus vieux quartier de la capitale. C’est en ces lieux qu’à commencé l’épopée de la cité embryonnaire Icosium. Après des siècles d’existence, la casbah est entrain de mourir à petit feu. Les tremblements de terre, les intempéries et l’usure du temps ont fini par détériorer les bâtisses de la citadelle. Le relogement des familles a commencé dès 1984. Depuis, le nombre des résidents ne cessent de diminuer. Les habitants qui continuent à survivre dans des conditions difficiles n’aspirent qu’à une chose : bénéficier d’un logement  ailleurs. « La Casbah est en ruines. Toutes les  bâtisses sont pratiquement inhabitables. J’attends un logement neuf depuis 29 ans », dit un septuagénaire. Ce n’est pas l’avis de Boualem. Il est né à la Casbah en 1942. Il a bénéficié d’un logement à Birtouta voilà 6 ans. Depuis ; il ne peut rester longtemps loin de son quartier d’enfance. Il y vient tous les jours, car c’est le seul endroit où il se sent à l’aise. « Tous les matins, je prends le train à 8 heures à la gare de Birtouta. Je passe la journée à la Casbah et je ne rentre que vers les coups de 18heures. Je ne viens pas quand il fait mauvais ou quand je suis malade », explique Ami Boualem la coqueluche de la Casbah. Il reconnait que la vie à la Casbah n’est plus ce qu’elle était à la casbah qui se vide de ses habitants.

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la capitale  ont provoqué de nouveaux dégâts sur au moins 23 bâtisses. Dans une déclaration à Algérie presse Service (APS) ; le Président de l’Assemblée Populaire Communale (APS) de la casbah, Amar Zetili a révélé : «  Les services techniques ont recensé 23 douirettes abritant 99 familles, vivant dans la peur d’éventuels effondrements ». Ces bâtisses ont été inondées et les dégâts relevés sont importants dans certains cas. Les familles qui y vivent n’arrivent plus à dormir car les parents ont peur pour la vie de leurs enfants. Le Président de l’APC reconnait  l’impuissance de la commune pour apporter une aide aux sinistrés. «        La Municipalité ne dispose pas de centre de transit ou de quota de logements », a déclaré Amar Zetili. Il a toutefois révélé que les services de la Wilaya vont organiser la 25e opération de relogement dans les plus brefs délais possibles.

Alors que les 99 familles attendent une solution rapide, les autres résidents se plaignent de leurs conditions de vie. Durant la période hivernale, les eaux de pluie s’infiltrent dans toutes les maisons.  En été, les familles font face à des chaleurs étouffantes et à l’invasion de moustiques. « Il faut vider la Casbah de tous ses habitants actuels. Il est impossible d’élever nos enfants car les conditions de vie sont difficiles », dit un Casbabji.

Djafar Amrane