Ni harga, ni visas pour l’étranger : Ruée sur les métiers manuels

Las de « courir » après un poste travail  qui s’apparente de plus en plus à une chimère, les jeunes chômeurs sont nombreux à opter pour la formation professionnelle. Même les diplômés des universités ne boudent plus les métiers manuels.

La vie n’est pas de tout repos pour les jeunes Algériens, qui sont confrontés à moult difficultés. Les contraintes auxquelles ils font face sont souvent quasiment insolubles. Ils sont des dizaines de milliers à ne pas trouver d’emploi, quand bien même ils sont bardés de diplômes. Livrés à eux-mêmes, ils passent leurs journées à faire et défaire le monde. Tous voudraient que les choses changent, mais la routine dans laquelle ils survivent perdure. Ils se lèvent tard pour éviter les regards des autres frères qui travaillent. Ils ont aussi peur des remontrances des parents souvent retraités qui les considèrent comme des fainéants. « Personne ne peut s’imaginer le mal que cela me fait quand mon père me traite de fainéant. Lui-même ne mesure pas les souffrances morales qu’il m’inflige avec ses remarques désobligeantes », dit un ingénieur en mécanique, en chômage depuis la fin des ses études voila cinq ans.

Son ami d’enfance, est dans le même cas. Il a fait un master en droit et n’arrive toujours pas à décrocher un emploi. « Pour trouver du travail, il faut avoir du piston. J’ai décroché le master parmi les premiers. Pour le doctorat auquel j’ai postulé, seuls les candidats épaulés ont été retenus », se plaint Farid, un spécialiste en droit pénal qui n’a pas les 5 millions de centimes nécessaires pour s’inscrire au CAPA, le nouveau diplôme exigé, pour exercer le métier d’avocat. Des milliers de médecins, d’ingénieurs, de titulaires de licences dans plusieurs disciplines et autres architectes sont en chômage. Ils rêvent tous de pouvoir partir à l’étranger où la vie serait plus facile.

 

Pas de visas et la harga interdite

En cette fin d’été, les émigrés retournent dans les pays où ils  sont installés. Ils sont  aussi jeunes que leurs amis qu’ils retrouvent quand ils viennent en vacance. Leurs camarades de classe ou amis d’enfance les voient avec des yeux envieux. Eux-aussi se mettent à rêver de pouvoir un jour partir tenter leur chance en Europe. « Quand nous étions jeunes, c’étais moi qui le défendais mes deux amis installés en Espagne. Ils sont partis comme haragas voilà plus de 10 ans. Ils sont revenus cette année à bord de deux grosses voitures », dit un chômeur de Bab El Oued.  Il se ravise aussitôt : « Il est impossible de tenter sa chaque sur une barque aujourd’hui. Les Gardes-côtes quadrillent le littoral. Presque toutes les tentatives échouent devant ce dispositif sécuritaire ».

Depuis quelques mois, des chancelleries étrangères n’hésitent pas à promulguer de nouveaux dispositifs d’octroi de visas aux algériens. Des Ministres dans des gouvernements étrangers osent même critiquer les touristes algériens. Alors que la Turquie avait tout fait pour attirer les algériens dans un premier temps, ces derniers temps les choses commencent à changer. Le gouvernement turc a durci les conditions d’octroi de visas aux algériens âgés entre 18 et 35 ans. C’est dans un communiqué du département des affaires turques qu’ont été annoncés ces changements.

Les Algériens figurent en tête du classement des demandeurs de visas déboutés par les ambassades des pays de l’Union Européenne. Le Ministère des affaires étrangères français a réagi à maintes reprises pour démentir les informations faisant état du refus systématique de visas aux algériens.  Des responsables du département français des affaires étrangères évoquent des problèmes techniques pour justifier les refus de dossiers. Les ambassadeurs français qui se succèdent à Alger, ne cessent de promettre une amélioration de la situation mais en vain. Ces ambassadeurs usent de beaucoup de diplomatie pour ne pas gêner les intérêts de leurs pays.

Le gouvernement finlandais vient de décider carrément de ne plus octroyer de visas touristiques aux algériens. « Nous voudrions vous informer que l’ambassade de Finlande accepte uniquement les demandes de visas professionnels, culturels, familiaux », est- il noté dans un communiqué de l’Ambassade  de Finlande à  Alger. « Les demandeurs sont bien invités à présenter une lettre d’invitation personnelle en provenance de Finlande accompagnée d’une demande de visa au Centre VFS Global et ce sans rendez-vous », précise le même document.

Selon certains avis, c’est la situation politique en Algérie qui pousse des gouvernements étrangers à durcir les conditions d’octroi de visas en Algérie. Ce sont les jeunes algériens qui sont ciblés par les nouvelles dispositions. Le nombre de visas pour études en France et dans l’union européennes a sensiblement diminué cette année. « Je voulais partir en France pour terminer mes études en architecture. J’ai du renoncér à ce projet car ma demande de visas a été refusée », dit un jeune architecte qui a décidé de créer une petite entreprise d’aménagement intérieur.

Ces mesures sont considérées comme discriminatoires, car elles ne sont appliquées qu’à un seul pays désigné par son nom dans les communiqués rendus publiques par les ambassades dont les gouvernements ont décidé de serrer la vis envers les demandeurs algériens de visas. « Chaque pays est libre d’octroyer ou non des visas d’entrée sur son territoire. Ce qui est anormal, c’est de voir que des conditions draconiennes sont appliquées aux seuls algériens » ; s’étonne un professeur de droit à l’Université d’Alger. Le même interlocuteur invite : « les jeunes algériens à développer leur pays, car quand l’Algérie traverse des crises, nous ne trouvons personne pour nous aider ».

Apprendre un  métier et travailler au pays

Les plus téméraires parmi les jeunes n’hésitent pas à revoir leur projet de vie.  Comme le taux de chômage bat des records, il y a de plus en plus d’universitaires qui optent pour le commerce ou les métiers manuels. C’est le cas de Sid Ali, un jeune de Saoula. Il est titulaire d’une licence en biologie. « Vu mes bons résultats, je pouvais préparer un master. J’ai quitté l’université et je me suis lancé dans le commerce informel. Cela fait quatre ans que j’exerce dans ce secteur, croyez moi, je regrette d’avoir perdu mon temps à l’université » ; dit-il. Sid Ali  vend des fruits et des légumes devant le marché de Saoula. Mokhtar a fait des études en gestion. Après plusieurs années de chômage, il a décidé de gagner sa vie à n’importe quel prix, mais honnêtement. Il gère aujourd’hui un garage de mécanique à Baba Hassen. « Je vis très bien. Je viens de me marier. Je suis heureux car je gagne bien ma vie », affirme Mokhtar.

En cette rentrée sociale, de nombreux jeunes  entament les démarches pour s’inscrire dans les centres de formation professionnelle. C’est une véritable alternative pour trouver un emploi. Les travailleurs manuels sont très recherchés et certains investisseurs peinent à en trouver pour accélérer les travaux dans les chantiers. « Trouvez-moi autant de maçons que vous voulez et je suis disposé à les embaucher », dit Abderrahim, un entrepreneur dans le secteur du bâtiment.

Les 1300 établissements publics de formation professionnelle offrent quelques 400 000 places pédagogiques aux jeunes âgés entre 18 et 35 ans. Cinquante quatre spécialités sont proposées aux stagiaires. Ces derniers suivent des cours théoriques et font des stages sur le terrain. Le département de la formation professionnelle a lancé une campagne médiatique pour convaincre les jeunes. « Tous les ans le Ministère lance une campagne médiatique. Par le passé, les jeunes n’étaient pas intéressées. Le chômage qui sévit dans le pays a changé les mentalités. Aujourd’hui, même des universitaires viennent apprendre des métiers manuels », dit Rachid Saidani, un inspecteur dans le secteur de la formation professionnelle.

Les tests d’orientation vont avoir lieu du 22 au 24 septembre 2019. La rentrée est prévue pour le 29 septembre. Du nouveau dans ce secteur, les centres de formation sont si surchargés que les responsables programment la construction de nouveaux établissements. Les professeurs encouragent les jeunes apprentis auxquels ils permettent un bel avenir. « Avant de devenir professeur,  j’étais maçon. Je gagnais bien ma vie et pourtant j’ai décidé d’enseigner pour aider les jeunes », dit Mebarak Salami, un professeur de maçonnerie à Draria. Selon, les dernières statistiques ; 35%  élèves sont des filles. Elles aussi veulent gagner leur vie en exerçant des métiers manuels. « Ma cousine gagne bien sa vie : elle est « mécanicienne ». Elle répare les voitures des femmes à domicile.  Je vais faire comme elle ».

Djafar Amrane