Multiplication des agressions à l’arme blanche : A couteaux…tirés !

En 2018 les brigades criminelles relevant de la Sûreté nationale ont enregistré deux cent trente-huit (238) affaires liées à des crimes d’homicide volontaire et coups et blessures volontaires entraînant la mort commis à l’arme blanche qui ont été élucidées. C’est ce qu’a indique un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN, rendu public récemment.

 

Le texte de la DGSN souligne qu’ «un total de 448 individus ont été arrêtés et présentés devant les instances judiciaires compétentes, dont 237 acteurs principaux et 211 associés». Il est également fait état de six (6) affaires dont les enquêtes suivent leurs cours en 2019. «Concernant les 216 crimes d’homicide volontaire enregistrés», les unités de la police soutenues par les éléments de la police scientifique et technique, « ont élucidé 211 cas » ayant permis « l’arrestation de 416 individus impliqués, tous présentés devant les instances judiciaires territorialement compétentes, en vertu de dossiers criminels avec preuves à l’appui ».

Les enquêtes concernant les six  autres affaires d’homicide volontaire son en cours en cette année 2019, afin déterminer «l’identité des personnes impliquées et procéder à leur arrestation », indique le communiqué.

S’agissant des affaires de coups et blessures volontaires entraînant la mort, « 22 crimes commis à l’arme blanche ont été enregistrés. Le traitement de 21 affaires ont permis l’arrestation de 32 individus impliqués, tous présentés devant la justice», indique le communiqué qui évoque  les principales causes à l’origine des crimes d’homicide volontaire des affaires de coups et blessures volontaires entraînant la mort. Selon des études, les causes demeurent les querelles et les provocations avec 118 cas en tête des affaires , suivies en seconde place par les affaires de «différends familiaux avec 45 cas». Les affaires de vol sont au nombre de 21 cas, les affaires de mœurs en totalisent 18, les divers crimes 12 cas et les affaires de vengeance et crimes commis en état d’ivresse arrivent à 14 cas. Les crimes commis en raison de dettes, qui sont au nombre de 4 cas, tiennent le bas du tableau, a ajouté la même source.

Concernant le travail de la Gendarmerie Nationale opérant sur territoire de la wilaya d’Alger, pour le seul mois de juin 2019, les services de cette institution ont procédé à l’arrestation de plus de 250 personnes impliquées dans diverses affaires criminelles. Parmi  elles, 93 personnes  ont été incarcérées dont 3 femmes pour « coups et blessures volontaires par arme blanche »,  et « port d’armes blanches prohibées ». C’est le bilan fourni par un communiqué diffusé en juillet dernier par ce corps constitué.

Des couteaux, des bâtons et matraques et autres  épées, sabres et haches ont été récupérés suite aux nombreuses opérations «coups de poing» destinées à lutter contre le banditisme et la criminalité par  services compétents du Darak el watani et de la police.

Il reste entendu que la violence n’est pas spécifique à l’Algérie, elle est présente, sous toutes ses formes, sous toutes les latitudes. Cependant, elle enregistre chez nous ces dernières années, notamment les agressions par arme blanche, une hausse vertigineuse. Une question interpelle tout un chacun : comment en est-on arrivé là ? Les raisons invoquées par les études de la DGSN sont-elles les seules qui ont permis aux délinquants de passer à l’acte ? Les données fournies par la DGSN  indiquent  qu’il y a une sérieuse menace sur la sécurité des personnes. Il y a péril en la demeure si  ces cas violations flagrantes de la réglementation en vigueur ne sont pas combattus et que la force ne revienne pas au droit, autant préventif que répressif.

Poignards, épées, sabres, haches, tous ces « outils » utilisés par les délinquants laissent derrière eux des drames et sèment un climat d’insécurité dans nos villes et villages.  Les assaillants contre les citoyens n’hésitent pas à faire usage d’armes blanches pour commettre leurs méfaits. Aucune règle morale ou texte de loi, aussi répressif soit-il ne semble pouvoir dissuader ces brigands de faire usage de ces instruments prohibés, souvent mortels.

 

Possession et usage des armes blanches : «normale»

Ce qui est alarmant est que le citoyen lamda trouve «normal» la possession et l’usage des armes blanches en Algérie. Ce qui explique le nombre hallucinant des armes blanches en circulation dans notre pays et des affaires traitées par les services de sécurité. Qu’est ce qu’est une arme blanche ? Pour les Algériens, c’est un couteau à la lame acérée. Une définition erronée ! Une arme blanche est munie d’une lame métallique, perforante et tranchante, voire contondante. Un couteau, un poignard ou une épée  entre dans cette catégorie.  Dans la législation algérienne, le port d’arme est défini dans l’ordonnance 97-06 relative au matériel de guerre, armes et munitions par des catégories. Il existe huit catégories. La sixième catégorie concerne les armes blanches dans le sens large du terme, donc tout ce qui est couteau à cran d’arrêt, épée ou encore sabre.

Quelle peine encourt-on dans un cas de port d’arme sans permis ? Le code pénal algérien prévoit des peines de prison allant de 2 mois à 2 ans de prison ferme pour toute personne arrêtée en possession d’une arme blanche.  Les peines varient en effet selon la catégorie de ces armes et leur classification dans la mesure où le port d’un petit couteau de cuisine ne peut être comparé à un sabre ou une épée. En outre, les peines peuvent être aggravées si l’individu est récidiviste. Une sanction assez dissuasive mais qui semble loin de « faire peur » aux délinquants, souvent de jeunes gens, qui trouvent en vente libre, notamment à l’occasion des fêtes religieuses (Aîd el Adha), tous ces instruments nécessaires à leurs activités malsaines.

Pourquoi autant de jeunes sont portés sur le port d’arme blanche et pourquoi sont-ils si prompts à en faire usage? Des sociologues estiment qu’avant de s’aventurer à faire une analyse complète et disséquer ce phénomène, il est primordial de comprendre deux concepts fondamentaux. Il s’agit d’abord d’identifier le type de personnes concernées, c’est-à-dire celles qui optent pour cette voie de la violence et leur environnement, qu’il soit urbain ou rural. Ensuite, il est important de cerner la problématique de cette violence et d’en connaître les véritables raisons. Car, aujourd’hui, il apparait clairement que les porteurs d’armes blanches sont généralement ceux qui ont quitté prématurément l’école. Des jeunes qui se retrouvent dans une société informelle où ils peuvent développer des comportements et des attitudes incompréhensibles aux yeux des autres, notamment vis-à-vis des pouvoirs publics qui n’arrivent pas à comprendre leurs appréhensions. Un chantier à ouvrir au plus vite, tant le phénomène prend de l’ampleur au fil des ans. Il vaut mieux prévenir que guérir, dit l’adage. Une approche que prend toute sa mesure dans ce cas et qu’il faut mettre en œuvre avant que les choses ne prennent une tournure irréversible.

Mohand Ouarab