Permanence des commerces durant l’Aïd : Un service minimum sur mesure

Se procurer du pain durant les fêtes de l’Aïd relève de l’exploit. Il faut se lever très tôt pour en trouver. Les retardataires eux, ne verront pas la couleur de la baguette. Idem pour le lait en sachet qui reste introuvable. Pourtant chaque année, un programme de permanence est établi au préalable pour éviter justement, des pénuries de pain, de lait et autres produits alimentaires mais aussi pour assurer certains services.

 

Comme chaque fête de l’Aïd, le pain et le lait se font rares. Malgré le programme de permanence établi au préalable par le ministère du Commerce, le même scénario se reproduit lors de ces fêtes religieuses. Dés le matin, la course à ces deux aliments bat son plein. Tout le monde va à leur recherche. Devant les rares boulangeries qui ont daigné assurer la permanence, les files d’attente n’en finissent pas. Des femmes, des enfants, des jeunes et des moins jeunes, ils attendent tous la fameuse baguette de pain.

Même afflue chez les quelques épiceries ouvertes. A peine leur rideau levé qu’elles sont assiégées par une foule compacte. Ici, les sachets de lait s’arrachent des mains.

Pourtant, près de 64 000 commerçants ont été réquisitionnées à travers le territoire national pour assurer la permanence durant l’Aïd El Adha dont 5 695 boulangeries.

Si l’Associations des commerçants et artisans algériens assure que les commerçants ont respecté la permanence à hauteur de 99% durant les deux jours de l’Aïd El Adha, la réalité est toute autre. Particulièrement les boulangeries permanencières n’ont pas joué le jeu. Elles se sont contentées d’une seule fournée qu’elles ont écoulée bien avant 7h 00. Selon la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), une partie du pain produit a été vendue directement aux citoyens et l’autre cédée aux revendeurs. Le recours aux revendeurs permet ainsi aux boulangers d’écouler assez rapidement leur production pour fermer leur magasin.

D’autres boulangeries ouvertes durant les deux jours de l’Aïd, ont juste fait mine d’assurer la permanence. «Ces boulangeries ont certes ouvert mais n’ont pas produit de pain», explique le vice-président de la FAC, Mohamed Toumi. Une «tromperie» qu’il justifie par l’absence de la main-d’œuvre durant l’Aïd.

Les boulangeries ayant assuré plusieurs fournées comme à l’accoutumée, ont tout de même baissé rideau entre 10h et 11h du matin, après avoir écoulé toute leur production.

Quant au sachet de lait, la mobilisation de 150 unités de production laitière n’a pas tout de même permis de répondre à la forte demande des deux jours de l’Aïd. La fermeture de la plupart des épiceries concernées par la permanence au moment de la prière de l’Aïd et durant le rituel du sacrifice du mouton a aussi contribué à la perturbation dans la disponibilité du lait en sachet.

Outre les boulangeries, 40 491 commerçants dans l’alimentation générale et fruits et légumes et 20 059 commerçants dans diverses activités ont été également réquisitionnés durant les fêtes de l’Aïd. Des opérateurs économiques et des unités de production ont été également mobilisés notamment 284 minoteries, 40 unités de production d’eau minérale et 474 unités produisant d’autres produits.

 

Le transport, l’autre handicap 

Durant les deux jours de l’Aïd, le transport lui aussi, a été aux abonnés absents. Sur la route, les bus de transport commun et les taxis étaient rares. Les citoyens se sont retrouvés encore une fois, pris au piège des transporteurs qui pour la majorité n’ont pas assuré la permanence. Au grand bonheur des taxi-clandestins qui eux, n’ont pas chômé durant les fêtes de l’Aïd. Deux jours où justement les gens se déplacent pour rendre visite à leurs proches et famille.

Seuls les bus de l’Etusa (Etablissement public de transport urbain et suburbain d’Alger) sillonnaient les quartiers et rues d’Alger. L’entreprise a d’ailleurs renforcé les lignes desservant les cimetières de la capitale.

 

Des contrôleurs sans moyens 

Le non respect du programme de permanence induit une amende pouvant aller de 30 000 à 100 000 dinars, en plus du risque de fermeture pour un mois au minimum.

Afin de respecter ce programme, 2 222 agents de contrôle relevant des services du ministère du Commerce ont été mobilisés à tout le pays. Leur mission est de veiller à ce que les commerçants et les unités de production respectent la permanence.

Un nombre que le vice-président de la Fédération algérienne des consommateurs qualifie d’«insuffisant». Pour lui, ce nombre ne peut couvrir l’opération de contrôle des permanenciers. «La plupart de ces contrôleurs sont des femmes et ne disposent pas de véhicules. Elles ne peuvent pas se déplacer dans ces conditions et faire le tour de tous les commerces», fait-il remarquer.

Katia Sari