Aid El Adha : Cher mouton !

Plus que quelques jours avant la célébration des  fêtes de l’Aid El Adha. L’Aïd el-Kébir  comme  on aime l’appeler le plus souvent en Algérie. Les préparatifs pour cette fête religieuse  vont bon train chez les ménages pour « bien marquer le coup » lors de cette fête du «sacrifice». Et ils sont aussi nombreux les Algériens qui se « sacrifient» pour arriver à acheter le mouton tant désiré.

 

Pour les petits et grands, il est primordial de respecter cette tradition par l’achat d’un mouton ou  un bélier à sacrifier. Cette année ce seront quelque cinq millions de bêtes qui devraient être sacrifiés sur l’ensemble du territoire national contre plus de 4,2 millions en 2018. L’offre devrait dépasser largement la demande. Il est donc attendu que le prix du mouton  soit, en théorie, accessible à un grand nombre de citoyens. Probablement, en théorie seulement…

Plusieurs points de vente de moutons et de bétails improvisés ont vu le jour à la périphérie d’Alger et même au cœur de la capitale qui est devenu une « écurie à ciel ouvert ». Des points de vente de moutons sont improvisés dans les moindres espaces. Garages, espaces livrés à l’abandon, des locaux commerciaux sont transformés en « écurie » pour l’occasion faisant fi des  laborieux efforts des autorités pour délimiter les lieux appropriés  pour la vente du cheptel à sacrifier.

Selon l’Agence Algérie presse service (APS), citant un haut responsable du ministère de l’Agriculture, du Développement durable et de la Pêche,  des points de vente de moutons seront fixés à travers le territoire national pour renforcer l’offre et réduire les prix, en prévision de l’Aïd El Adha.

«Nous travaillons en coordination avec les autorités locales, la Fédération des éleveurs, la Chambre de l’agriculture, ainsi que les associations de protection des consommateurs pour fixer et valider les endroits appropriés au commerce du cheptel durant cette période», a expliqué le directeur des services vétérinaires, Hachemi Karim Kaddour. Il a souligné que la disponibilité de l’eau potable pour hydrater l’animal était l’un des principaux critères pour choisir un point de vente. Une commission composée de représentants respectivement des ministères de l’Agriculture, du Commerce et de l’Intérieur et des Collectivités locales, a été chargée d’inspecter les sites proposés à être des points de vente de moutons, avant de les valider, a-t-il dit. Une virée, au lieu dit «les plateaux » à Ain-Benian, à Ouled Fayet et Chéraga, nous renseignent que les éleveurs n’ont pas attendu « la validation » de cette commission pour choisir l’endroit qui leur convient pour s’installer et écouler leur bétail. Point d’eau potable, point d’abri pour les animaux en ces journées caniculaires, hormis le foin qui ne semble pas manquer.

 

2.000 vétérinaires publics et 9000 autres privés pour contrôler

A croire que les membres de cette commission ont fermé l’œil sur ces entorses à la réglementation. Ces marchés à bestiaux « improvisés » sont situés sur des axes routiers très fréquentés, impossible de ne pas les voir ou de les ignorer. Comme il est impossible de croire qu’il a été procédé au contrôle systématique de chaque point de vente pour s’assurer que l’éleveur dispose, bel et bien, d’une autorisation de transport, délivrée par les services vétérinaires de sa wilaya d’origine et qui atteste de la bonne santé de son bétail. Le transport se fait généralement de nuit à l’abri des regards des autorités.

Quelques 2.000 vétérinaires publics et 9000 autres privés ont été mobilisés pour renforcer le contrôle du déplacement, de la vente et de l’abattage du bétail, et garantir le bien-être du consommateur, a indiqué récemment le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, dans un communiqué, précisant qu’une instruction a été donnée à tous les services vétérinaires pour parachever la vaccination du bétail 25 jours avant l’Aïd afin de garantir la bonne santé du cheptel ovin et du consommateur.

Pour autant les bêtes proposées à la vente seront-elles toutes vaccinées et contrôlées ?  Le souvenir des taches vertes apparues sur la viande après abatage des moutons durant l’Aid el Adha des deux dernières années réveillent les craintes des consommateurs de revivre le même cauchemar cette année. Les raisons de l’apparition des ces tâches n’ont pas été expliquées clairement par les pouvoirs publics, si ce n’est la mise en cause de l’utilisation par des éleveurs de compléments alimentaires aux fins d’engraissement rapide de leurs bêtes. Il reste qu’au-delà de toutes ces considérations, le prix du mouton est la principale préoccupation des citoyens qui, en dépit des difficultés, sont très soucieux de respecter la tradition.

 

Les recommandations de la Commission

Entre les assurances des responsables de l’Agriculture quant à la disponibilité du cheptel sur le marché, une « abondance » de l’offre, selon eux, – ils s’abstiennent  toutefois  de se prononcer sur la fourchette des prix des moutons pour cette année – et la réalité du terrain qui n’offre aucune visibilité sur ce plan, les citoyens hésitent pour le moment à franchir le pas en allant acheter un mouton qui, le plus souvent, est proposé à un prix qui coûte « les yeux de la tête ». «Nous recommandons aux citoyens d’acheter leurs moutons aux points de vente contrôlés pour, au moins, deux raisons, d’abord, le bétail est garanti sur le plan sanitaire, ensuite, les prix seront moins élevés car la transaction se fait directement entre éleveur et consommateurs», insiste le directeur des services vétérinaires, Hachemi Karim Kaddour qui ne donne, cependant, aucune idée sur les «points de vente contrôlés».

La nouveauté de cette année réside dans la création de cellules comprenant des représentants des chambres de l’agriculture et des directions des services agricoles et vétérinaires, pour accueillir l’éleveur dès son arrivée sur les lieux de vente avec son bétail, et l’orienter vers l’espace qui lui a été réservé.

Sur un autre registre, M. Kaddour a fait savoir que des instructions ministérielles ont été adressées aux autorités locales, à l’échelle nationale, pour organiser des «Journées portes ouvertes» au sein des abattoirs pour vulgariser les bonnes pratiques d’hygiène lors de l’égorgement des bêtes et la manipulation de leur carcasse.

«Il est impératif de conserver les viandes au frais, d’autant plus que la fête de l’Aïd coïncide cette année avec la saison estivale», a-t-il prévenu.

Pour le bon déroulement de cette fête religieuse, le responsable a assuré que le jour de l’Aïd, tous les abattoirs seront de service.

D’autre part, des brigades mobiles se rendront aux quartiers et cités pour contrôler les carcasses des bêtes sacrifiées. Elles se chargeront aussi d’indiquer aux citoyens les dépôts de toisons qui seront récupérées par des sous-traitants pour les utiliser dans la fabrication de cuir.

Depuis le 11 juillet, le ministère de l’Agriculture organise régulièrement, des réunions avec les représentants de la profession (la Fédération des éleveurs, l’association des éleveurs, la Chambre d’agriculture et la société civile) afin de discuter des dispositifs capables d’améliorer davantage le bon déroulement de la fête de l’Aïd El Adha et réunir les conditions d’aménagements des points de ventes, a-t-il fait savoir.

De son côté, le président de la Fédération nationale des éleveurs, Djilali Azaoui, a rassuré sur la disponibilité des moutons sur le marché national, avec près de 28 millions de têtes, affirmant que l’offre sera toujours supérieure à la demande, quel que soit le nombre de moutons qui sera sacrifié cette année.

Interrogé sur les prix, M. Azaoui a affirmé que le marché du bétail était fluctuant, jugeant qu’il était prématuré d’en parler. Il a assuré cependant que les prix devraient «automatiquement baisser» étant donné que l’offre est «largement» supérieure à la demande.

Mais cela n’est pas encore vérifiable sur le terrain. Au  point de vente «les plateaux» à Ain-Benian, à Ouled Fayet et Chéraga, les prix  des moutons oscillent entre 40.000 DA et 60.000 DA pour les bêtes qui «remplissent les yeux». Certains disent même que pour ceux dont le prix va de 30.000 DA à 40.000 DA,  «le jeu ne vaut pas la chandelle». Et encore les maquignons se plaignent du fait que  la vente du bétail à ces prix, qu’ils qualifient de «bas», ne leur permet même pas de couvrir les dépenses inhérentes à l’entretien du cheptel, évoquant la sécheresse qui les contraint à acheter l’orge et autres aliments dont les prix sont particulièrement élevés à cette période précise. Ajouter à cela le coût du transport, le frais la location du local ou l’espace dans lequel séjourne le cheptel, les frais de gardiennage et bien d’autres dépenses qui grèvent lourdement le coût du mouton, et vous aurez devant vous de «pauvres hères» qui «travaillent à perte». Bonne fête quand même !

Mohand Ouarab