Incendie des forêts : L’été de tous les dangers

Les incendies de forêts font des dégâts importants dans notre pays. Des habitats, de la faune et la flore sont la proie des flammes durant ces trois mois « chaud » de l’année. L’alarme est tirée par la direction générale des forêts qui demandent plus de moyens humains et matériels pour combattre le feu  qui consument notre patrimoine forestier. Il est fait part selon des spécialistes qui se sont penchés sur la question qu’ «une amélioration supplémentaire des moyens techniques et une meilleure répartition de l’effort d’aménagement et d’équipement pourraient contribuer à réduire encore les bilans des surfaces incendiées ».

 

Il fait chaud, même très chaud en Algérie. Une fin de juin et une première quinzaine de juillet où des températures particulièrement « suffocantes » sont enregistrées. Régulièrement Météo Algérie émet des BMS  (Bulletin météo spécial), alertant sur l’arrivée d’air chaud sur certaines régions du pays. «Les températures restent relativement élevées oscillant entre 28 et 37 degrés C sur les régions côtières, entre 36 et 40 degrés C dans les régions de l’intérieur du pays et dépassant les 47 degrés C au Sud», selon les prévisions de l’Office dans l’un de ces derniers BMS au début de ce mois de juillet. L’ONM a précisé que les températures continuent à grimper sensiblement dans le Nord de l’Algérie, la canicule est maintenue au niveau du Sud du pays.

Canicule sur presque l’ensemble du territoire national, sirocco (vent chaud et sec), sécheresse extrême dans certaines régions du pays, autant de facteurs qui favorisent les départs de feux, notamment les feux des forêts, qui font peser de lourdes menaces sur le patrimoine forestier du pays. On apprend que la Direction générale des forêts (DGF) a enregistré la destruction de près de 1970 ha de forêts, à travers le pays suite à la déclaration de 678 incendies depuis le 1er juin dernier au 8 juillet courant. «Quelque 678 incendies ont été signalés au 8 juillet courant, avec la destruction de 1970 ha de surfaces forestières», a indiqué le directeur général des forêts, Mahmoudi Ali, dans une déclaration à la presse, en marge de l’installation de la colonne mobile au niveau de la forêt «Daoula Kfafsa» de Chlef.

 

Un lourd bilan

Le  premier responsable de la DGF a estimé que ce bilan est «lourd»  en dépit du fait, a-t-il dit, qu’un taux de 50 % des surfaces détruites, représentent des maquis et des herbes sèches. «Il s’agit néanmoins d’un bilan appelé à la hausse», a-t-il observé.

En fait ce «lourd» bilan attise la crainte des responsables forestiers quant à l’ampleur des dégâts que l’on devrait recenser à la fin de l’été, et une faune et une flore bouleversée par le parcours des flammes.  Il reste plus de deux mois à tirer pour la fin de la saison estivale et l’arrivée des premières pluies d’automne pour prendre les mesures nécessaires pour endiguer les risques des incendies de forêts. Les causes des départs de feux de forêts  sont plus ou moins connues.  L’importance de la connaissance des causes n’est plus à démontrer. Connaître les origines potentielles des incendies permet d’agir directement sur le risque. Selon la Direction de la Conservations des forêts «quelque 50% des départs de feux ont eu pour cause les feux de récolte qui se sont propagés aux feux de forêt».

Il y a aussi lieu de citer, toujours selon la même source, l’absence de tourtières qui n’ont pas été réalisées par les producteurs de céréales, le désherbage qui n’a pas été effectué et surtout cette année exceptionnellement, de fortes chaleurs ont sévi sur la région, chaleurs qu’on n’a pas connues depuis 1962, selon les statistiques.

Le Directeur général des forêts, Ali Mahmoudi, a mis en exergue la nécessité de la conjugaison des efforts dans la lutte contre les incendies de forêts. Cette mission ne doit être perçue comme étant du ressort «exclusif» des directions des Forêts ou de la Protection civile, a-t-il insisté, mais nécessite la conjugaison des efforts d’autres  secteurs à l’image de ceux de l’agriculture, l’environnement et l’Intérieur avec ses démembrements, en l’occurrence les communes, les daïras et les wilaya, qualifiant de «capitale» la coordination des efforts entre ces différents départements, en ce sens que les forêts constituent un patrimoine qu’il y a lieu de préserver. Il rappelle que «des centaines d’années sont nécessaires pour constituer une forêt», alors, a-t-il souligné, « on ne peut que s’empresser de mettre en oeuvre toute action visant la protection de cette richesse».

 

L’ambassade du japon et la FAO à la rescousse

Dans ce cadre, un atelier de formation de formateurs de la Conservation des forêts à l’enquête sur les causes des incendies de forêts, a été organisé dernièrement à Batna, en collaboration avec l’ambassade du Japon en Algérie et l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture(FAO), qui va se poursuivre, en vue de contribuer, à l’avenir, à l’approfondissement de l’enquête sur les causes des feux pour les prévenir et se préparer à mieux les affronter.

En outre, une campagne nationale de prévention et de lutte contre les feux de forêts pour l’année 2019 a été lancée le 1er juin dernier à l’initiative de la direction générale des forêts (DGF) et des institutions associées, qui ont déployé un «important dispositif» pour sa réussite. Cette campagne qui s’étale jusqu’au 31 octobre, sera adossée en matière d’intervention, à la mobilisation de 410 postes de vigie, chargés de la surveillance et de l’alerte, à travers les massifs forestiers, ainsi que 475 brigades mobiles, regroupant 2.350 agents, chargées de la première intervention et à la mobilisation de 2.700 points d’eau au sein des forêts ou à proximité, ainsi que 28 camions ravitailleurs de grandes capacités. Pas moins de 7.500 ouvriers, issus des 730 chantiers des entreprises engagées dans la réalisation des travaux forestiers, sont réquisitionnés pour lutter contre d’éventuels feux de forêts,  en sus  de la mise à la disposition de ces équipes d’intervention quelques 2.000 équipements radioélectriques de type «VHF» permettant de donner rapidement l’alerte en cas de feux naissants, mais aussi de renforcer la coordination dans l’intervention et la mobilisation des moyens de lutte. Parmi ces moyens, il y a lieu de relever l’acquisition de 40 camions citernes feux de forêts légers, permettant aux secteurs des forêts de renforcer son niveau opérationnel à travers le déploiement de cinq nouvelles colonnes mobiles d’intervention qui viennent s’ajouter aux cinq existantes, a précisé la même source.

Les nouvelles colonnes mobiles d’intervention permettent de couvrir 10 régions du nord du pays de façon à appuyer les wilayas à haut potentiel forestier, a expliqué la DGF qui évoque aussi l’acquisition de 4.600 uniformes ignifuges complets.

A noter que sur le plan juridique, il a été procédé à la promulgation des arrêtés de wilayas portant approbation des plans de feux de forêts et fixant les modalités de mise en œuvre des mesures préventives et la mobilisation des moyens dans le cadre du dispositif de lutte préconisé. Quarante (40) comités opérationnels ont été installés au niveau des wilayas et 455 autres au niveau des Daïras concernées par les feux de forêts, pour assurer une meilleure coordination des opérations de lutte, outre l’installation de 1.324 comités opérationnels communaux, et  les 2.175 comités de riverains, constitués majoritairement d’associations, jouant un rôle important dans la prévention des feux de forêt, la sensibilisation, l’alerte et la première intervention sur les foyens des feux naissants.

Toutes ces «mesures» vont dans le sens des recommandations des spécialistes de la question qui exhortent à «une amélioration supplémentaire des moyens techniques et une meilleure répartition de l’effort d’aménagement et d’équipement pourraient contribuer à réduire encore les bilans des surfaces incendiées».

Mohand Ouarab