Alger – Classes surchargées dans les écoles de banlieue : 93 écoles seront livrées en septembre

Le relogement des familles originaires du centre ville d’Alger dans des communes de banlieue provoque la saturation dans les établissements scolaires. Malgré les efforts de la wilaya d’Alger le problème est toujours d’actualité.

Cette année le taux de réussite à l’examen de 6e a atteint des sommets. Plus de 83% des candidats passent en première année du moyen. Durant toute la semaine qui a suivi l’affichage des résultats, les villes du pays ont vibré aux sons de la joie. En effet, comme il est de coutume, c’est par des youyous que les femmes expriment leur joie. «Je suis heureuse de voir mon seul petit fils entrer au collège», dit une retraitée de l’Education.

La mère d’une élève qui a décroché sa 6e avec 6,70 de moyenne générale est aux anges. « Je ne peux décrire ma joie et ma fierté d’avoir une fille bien élevée et surtout studieuse », dit cette fois une maman comblée, que nous avons croisée devant l’Ecole primaire du centre ville de Saoula. Les jeunes lauréats ne cachent pas leur joie. Ils sont nombreux à afficher un large sourire. C’est le moment d’obtenir les cadeaux promis par les parents. Omar est un enfant gâté. Il refuse de descendre du nouveau vélo tout neuf que vient de lui acheter son père. « Il a eu sa 6e avec plus de 7/10 de moyenne. J’ai moi aussi tenu ma promesse», dit le père qui ne quitte pas son fils du regard  de peur qu’il ne tombe du vélo.

Devant les écoles primaires où se réunissent les lauréats, ils sont nombreux à arriver en vélo ou avec des tablettes et des téléphones portables. « C’est une tablette de grande marque », se réjouit un enfant qui exhibe sa nouvelle tablette électronique. Les filles ne sont pas en reste, puisqu’elles aussi ne se contentent plus de poupées ou de robes roses, elles veulent les mêmes cadeaux que ceux offerts aux garçons.

Si les enfants sont ravis de changer d’établissements scolaires en franchissant dès la rentrée prochaine une nouvelle étape dans leur scolarité, les responsables des CEM sont très inquiets dans les communes de banlieue d’Alger.  En effet, depuis des années, la wilaya d’Alger réalise des opérations de relogement grandioses. C’est par  milliers que les familles sont relogées dans des cités flambantes neuves. Ces cités sont situées dans  les communes de banlieue où les établissements scolaires ne sont pas extensibles à souhait.  Dans ces municipalités, le foncier se raréfie, aussi pour construire de nouveaux établissements, les responsables de la wilaya rencontrent de nombreuses difficultés.  Les quatre collèges de Saoula par exemple sont surchargés. La commune compte aujourd’hui 75 000 habitants alors qu’elle n’en comptait que 20 000  âmes voila 20 ans. Dans les collèges de cette commune, les classes sont surchargées avec plus de 42 élèves. Un nouveau établissements est inscrit dans le plan de développement et sera construit dans le quartier de Méridja. Les travaux de construction ne sont pas encore entamés ce qui inquiètent les parents.

 

Ecoles privées pour les plus aisées

Ce n’est pas par hasard que la majorité des établissements privés d’enseignement sont situés dans les communes de banlieue. Plusieurs raison sont évoquées alors. Pour les investisseurs dans ce créneau juteux, le choix est porté sur les municipalités excentrées pour des raisons purement économiques. En effet les loyers sont nettement moins chers en banlieue qu’au centre ville. Il y a aussi des raisons pratiques, de grands espaces réunis au même endroit sont rares en milieu urbain.

«Je ne peux pas transformer un appartement ou même deux en école. Souvent les espaces à louer sont situé dans les étages supérieurs des immeubles», dit le directeur d’une école privée à Draria.

Toujours en matière d’espace, en ville, il est impossible de venir récupérer ses enfants en voiture. « Où vont stationner les parents  qui viennent récupérer  leurs enfants », ajoute le même interlocuteur.

Par contre, les communes de banlieue disposent encore de quelques assiettes foncières que certains maires accordent aux investisseurs. Ceux qui sont intéressés peuvent aussi trouver des terrains à bâtir auprès des particuliers.  « Pour réaliser mon établissement scolaire, j’ai dû acheter 4000 mètres carrés que j’ai payés en 2012 à 40 millions de dinars. Aujourd’hui ça vaut le triple », dit un investisseur qui est sur le point d’ouvrir un nouveau groupe scolaire à Douéra.

Pour inciter les parents à inscrire leurs enfants dans les établissements privés, les investisseurs redoublent d’ingéniosité.  Toutes les écoles privées assurent le programme officiel, mais en plus, elles prodiguent des cours en français et en anglais.  Les parents qui ont les moyens sont attirés par l’apprentissage des langues étrangères.

«J’ai deux grandes entreprises. J’importe les matières premières de l’étranger pour le moment. Je suis entrain de tâter le terrain pour placer mes produits à l’étranger. C’est pourquoi j’ai inscrit mes 4 enfants dans une école privée pour qu’ils apprennent le français et l’anglais», se justifie un industriel pour qui l’école publique est loin de prodiguer une instruction de qualité.

Des établissements privés assurent aussi le ramassage scolaire.  Des minibus sont affrétés pour récupérer les enfants le matin et les ramenés chez après les cours. Cette option arrange surtout les familles où les mamans travaillent. Réservées aux enfants issus de familles aisées, les écoles privées attirent de plus en plus d’élèves dont les parents sont des cadres moyens. Ces derniers qui viennent de s’installer dans les communes de banlieue refusent que leurs enfants soient inscrits dans des écoles où les classes sont surchargées. «Je ne suis pas riche. Ma femme et moi, faisons des sacrifices pour payer la scolarité à nos deux enfants. Nous devons payer 60 millions de centimes par année», dit un père que nous avons croisé devant une école privée à Birtouta.

«Il y a des écoles publique, mais elles sont surchargées. Mes voisins qui ont essayé d’inscrire leurs enfants dans les écoles publiques ont fini par les mettre dans des établissements privés», ajoute le même interlocuteur.

 

Encore des classes en surcharge

La rentrée scolaire 2019/2020 ne s’annonce pas de tout repos pour les élèves qui habitent dans les communes de la proche banlieue d’Alger. Les établissements scolaires ne peuvent en effet accueillir le nombre important d’élèves.. Les directeurs des établissements sont obligés de pratiquer la double vacation : chaque classe est occupée par deux divisions pédagogiques. Il s’agit en effet d’une option pour assurer la scolarité à tous les élèves. Il est en effet interdit de renvoyer un enfant pour manque de place dans les écoles en Algérie. Ces petites communes de banlieue ne comptaient que quelques dizaines de milliers d’habitants au début des années 2000,  aujourd’hui elles sont carrément envahies par des centaines de milliers de nouveaux résidents.

Des dizaines de familles originaires du centre ville ont été installées dans ces communes de banlieue. Les opérations du relogement des familles habitants les terrasses, les caves ou des maisons vétustes continuent. Pour reloger ces familles, les pouvoirs publics ont mis le paquet.   Des centaines d’immeubles ont été déjà construits et d’autres projets sont en cours de réalisations. Par ailleurs, les familles aisées construisent des villas dans ces mêmes municipalités où il y a encore des  terrains à bâtir.  Ces petites communes ont vite fait de devenir de grandes villes et  les infrastructures s’avèrent  insuffisantes pour satisfaire des demandes de plus en plus importantes. La commune de Saoula, au sud de la capitale est dans ce cas par exemple. Les usagers de la poste ne cessent de se plaindre.

La petite agence construite en 1954 quand la commune ne comptait que 10 000 habitants est aujourd’hui si exigüe que la file d’attente s’étire jusqu’à l’extérieur. « Je ne vais jamais à la poste de Saoula. Je paye mes factures à Alger. Il me faut sinon plus de 2 heures pour la moindre opération », dit un nouvel habitant de Saoula.  Même le marché des fruits et légumes est petit. Pour faire leurs courses, les habitants  se rendent à Birkhadem.

« La prochaine rentrée scolaire (2019/2020) à Alger verra la réception de 93 nouveaux établissements éducatifs et 17 cantines », révèle un communiqué rendu public par la wilaya d’Alger le 14 juillet dernier. C’est à l’issue du conseil de la Wilaya d’Alger que ce communiqué a été diffusé.  Selon  des élus locaux, ce communiqué fait suite aux nombreuses requêtes de plusieurs assemblées populaire communales qui ont soulevé le problème de surcharges dans les classes.  Les  mêmes élus reconnaissent que des efforts ont été consentis par les différents services de la wilaya d’Alger, mais ils regrettent les retards enregistrés dans la réalisation de plusieurs établissements scolaires.

En effet plusieurs structures relevant du secteur de l’Education sont encore en  phase de réalisation. Au lieu de prévoir la construction de nouvelles des écoles au moment où sont lancés les chantiers de réalisation  des nouvelles cités, les responsables de l’urbanisme préfèrent parer ont  au plus pressé : il faut  reloger  en urgence des milliers de familles qui survivent dans des conditions insupportables.

«Nous avons soulevé ce problèmes avec les responsables de la wilaya d’Alger, voila plus de 5 ans», dit un élu de la commune de Birtouta. Les anciens projets de réalisations de nouveaux établissements sont sortis des tiroirs ces derniers temps. Un nouveau collège est en phase d’études au quartier Méridja à Saoula où les classes des  CEM sont surchargés. Si ce quartier a besoin d’un CEM, il est urgent également de construire une troisième école primaire car les deux existantes sont saturées même en appliquant la double vacation.  La même situation est vécue par les habitants des autres communes de banlieue. Les habitants ont peur que les projets tardent à être achevés surtout en cette période d’incertitude.

Djafar Amrane