Canicule, étudiants et grogne des médecins : Un été à Alger

Alors que le thermomètre bat des records, des étudiants sont en train de redoubler d’efforts pour sauver leur année et les médecins demandent aux  estivants et aux  automobilistes à faire preuve de vigilance…

 

Depuis le début du mois de juillet, une canicule exceptionnelle  frappe le pays du nord au sud. Des températures très élevées ont été enregistrées  dans toutes les wilayas. Cette vague de chaleur exceptionnelle pousse les familles à réagir pour en atténuer les effets négatifs.

La capitale, Alger, n’est pas épargnée par ce phénomène, même si les températures ne dépassent pas les 36 degrés pour le moment, mais la chaleur y est difficile et dure à supporter car il faut compter avec un taux d’humidité élevé avoisinant les 85%.  Dans les maisons il fait frais car la climatisation est devenue à la portée de la majorité des Algériens. Les climatiseurs ne coutent pas cher ; par contre, les factures d’électricité sont très salées. «Le niveau de vie des algériens a nettement augmenté. Le climatiseur est devenu un appareil dont on ne peut  se passer dans les foyers », dit Boulenouar el Hadj Tahar, Président de l’Association Nationale des Commerçants et artisans Algériens (ANCAA).

Pendants les heures de grandes chaleur, les Algérois préfèrent rester chez eux. Les employés des administrations chôment carrément entre 12 et 16 heures.  Les gens sortent le matin pour ne plus ressortir ensuite. «Nous recevons des citoyens qui ont besoin de documents d’Etat Civil, mais le matin. A partir de 12 heures, nous ne travaillons plus », dit une un employé à la Mairie d’Alger Centre où l’air est frais car tous les bureaux sont climatisés. Un autre employé dans la même administration intervient : « Nous aussi ne sortons pas. Nous achetons de quoi  nous  restaurer à midi en venant au travail. Pourquoi sortir quand il fait trop chaud ».  Une dame que nous avons croisée devant le marché de Bab El Oued, se plaint de cette canicule : «J’ai 68 ans. Je n’ai plus la force de faire face à la canicule. Je viens au marché à 7h30 tous les jours. Je rentre chez moi et n’en sors qu’en cas d’extrême urgence».

Les jeunes ne peuvent rester cloitrés chez eux. Pour se rafraichir, ils se rendent vers les nombreuses plages de la capitale. Dès 10h du matin, il est impossible de trouver une bonne place sur le sable. La plage El Kettani à Alger est très appréciée. Les jeunes habitants de Bab El Oued, la Casbah ou  Alger centre ont fait de cette plage leur lieux de détente. Ils y vont à pied. « Il y a une plage bien entretenue à proximité de mon quartier. Je ne vois pas pourquoi je vais me baigner dans des plages lointaines. Je viens tous Les matins et ne rentre chez moi qu’après le coucher du soleil », dit un jeune de Bab El Oued.

Il faut reconnaitre que cette plage est bien entretenue.  Des maitres-nageurs sont sur le qui-vive. La sécurité est assurée : des policiers en tenue estivale sillonnent la plage. Même quand il y a du vent les gens peuvent se baigner car la plage est protégée par un brise-lames construit en 2015.

Par ailleurs, de nombreuses familles du Sud ont décidé de passer leurs vacances à Alger. Il ya aussi les émigrés qui sont venus pour passer quelques jours en famille. Alger commence ainsi à retrouver une activité spéciale en été ; les marchands de glaces sont nombreux. les épiciers écoulent de nombreuses quantité d’eau en bouteille. Les épiciers se frottent les mains car ils réalisent d’importants bénéfices en écoulant de grandes quantités de glaces, de boissons gazeuses et d’eau en bouteille. «Je n’arrive pas à satisfaire la demande. Je vais moi-même récupérer la marchandise auprès des fabricants qui manquent de moyens pour livrer tous les commerçants», dit un épicier à Staouéli.

 

Étudier en plein été

Les universités algériennes sont pleine ébullition. Les grèves n’ont cessé qu’au début du mois de juin dernier. En effet, dès le début du Hirak en novembre dernier, les étudiants ont déclenché un arrêt des cours. Ils ont fait de leur participation au mouvement populaire, une affaire d‘honneur. Ils s’identifient  à leurs ainés qui le 19 mai 1956 avaient décidé de fuir les bans universitaires et des lycées pour rejoindre leurs frères au maquis. «  Cet établissement culturel qui est limitrophe da la faculté centrale, porte le nom d’un  héro de la révolution : Taleb Abderrahmane. Il était étudiant en chimie et c’était lui qui confectionnait les bombes lors de la bataille d’Alger », dit fièrement une jeune fille dont le grand père est mort les armes à la main dans les montagnes du Ouarsenis.

La même interlocutrice qui est en 5e année de médecine revient à la charge : « Nos ainés ont perdu leur vie pour que nous vivions dans la liberté. Rater une année universitaire ce n’est pas la fin du monde quand l’avenir de tout un pays est en jeu ». Elle n’est pas la seule à être de cet avis. De nombreux étudiants étaient décidés d’aller jusqu’au bout, c’est-à-dire l’année blanche. En effet, dès le mois d’avril dernier, les responsables du Ministère de l’Enseignent supérieur et de la recherche scientifique avaient commencé à évoquer le spectre de l’année blanche. Les étudiants ont voté la reprise des cours après l’Aid El Fitr.

La reprise a été des plus laborieuses.  Les étudiants et les enseignants redoublent d’acharnement pour rattraper le temps perdu. Ils n’ont plus de loisir. Dès la fin des cours, ils rentrent chez eux pour réviser. Les examens sont programmés pour le mois de septembre prochain. Ils vont étudier durant tout le mois de juillet. « Je n’ai plus de temps pour moi », dit un étudiant en biologie à l’université de Bab Ezzouar. Comme, ils ont un programme très chargé, ils doivent profiter de chaque minute pour réviser. « Je dois redoubler d’efforts car j’ai beaucoup de cours à réviser. Je ne veux refaire mon année », dit cette  fois une étudiante en médecine vétérinaire à El Harrach.

Mêmes s’ils sont appelé à rattraper tout un semestre en seulement deux mois, les étudiants refusent de renoncer au Hirak. « Ce n’est pas parce que nous sommes confrontés à une période de révision très chargée que nous allons nous absenter du Hirak », dit un étudiant en architecture.  Il se réjouit même du fait  les étudiants algériens soient les seuls au monde à organiser des marches tous les mardis et à pouvoir à suivre une scolarité presque normale. « Les responsables de l’enseignement supérieur nous ont rassurés. En septembre, nous passerons les examens et la nouvelle année universitaire débutera comme chaque année en octobre », dit une étudiante en chirurgie dentaire. Alors les étudiants vont continuer à organiser des marches tous les mardis, d’autant qu’ils sont sûrs que leur année universitaire sera validée.

 

Les hôpitaux sont mobilisés

Si l’été est synonyme de joie et de farnienté, ce n’est pas le cas pour les médecins et les infirmiers. Seuls quelques chanceux prennent leurs congés durant la période estivale. Les directeurs des hôpitaux préfèrent garder le personnel dans les services. «Un bon gestionnaire, est celui qui prend les devants. Moi-même ne prends pas mon congé en été. Je suis mobilisé jour et nuit car je sais qu’en cette période, la cadence du travail augmente », dit un responsable à l‘hôpital de Zéralda (une commune balnéaire à l’ouest de la capitale). Les services des urgences dans les hôpitaux publics sont submergés tous les jours à partir de 13 heures. Dans les hôpitaux proches des villes balnéaires, les médecins urgentistes sont sollicités pour venir en aide aux baigneurs sauvés de la noyade.

«Il fait trop chaud ces derniers jours, aussi les jeunes affluent vers les plages. Des baigneurs oublient les mesures de sécurité. Certains s’éloignent du rivage. Ils se fatiguent et de peuvent regagner la plage. Les plus chanceux sont sauvés par les pompiers, mais d’autres sont repêchés morts », s’insurge une infirmière au service des urgences de l’hôpital de Zéralda.  En plus des noyades, de nombreux malades pris de malaises finissent à l’hôpital. Comme le taux d’humidité dépasse les 80% en période de canicule, les personnes souffrant de maladies respiratoires trouvent des difficultés à respirer.

«Mon fils est asthmatique. Il est dans la salle à coté où les infirmiers l’ont branché à un respirateur. Ce n’est pas facile pour les asthmatique de vivre en bord de mer en période estivale », dit une maman que nous avons croisée à la Polyclinique Mira à Bab El Oued. En fin d’après midi, les services des urgences sont confrontés à l’afflux  des victimes des accidents de la route. Quand les estivants rentrent chez eux, des chauffards font tout pour  grappiller quelques secondes en faisant fi des règles élémentaires de conduite. «La majorité des victimes des accidents de la route sont malheureusement très jeunes. C’est une véritable hécatombe », dit un médecin traumatologue à l’hôpital de Douéra.

Le personnel soignant dans les établissements de santé publique espère une prise de conscience des citoyens. «C’est la période de réjouissance, alors pourquoi transformer l’été en période de malheurs. Il suffit de respecter les règles de conduite et de baignades. Ce n’est pas difficile pourtant », espère un chirurgien à l’hôpital Mustapha Bacha à Alger.

Le personnel soignant est très remonté. Les médecins et les infirmiers ne comptent plus leurs heures de travail, mais ce n’est pas cela qui attise leur courroux. Ils sont en effet des êtres humains et certaines scènes perturbent leur vie. « Nous sommes formés pour voir toute sorte d’accident. Mais comme nous sommes des êtres humains, nous sommes touchés et parfois, il m’arrive de ne aps dormir durant des jours en pensant aux cas les plus graves que j’ai eu à prendre en charge », dit une résidente en chirurgie maxillo-faciale.

«J’ai eu à passer des heures au bloc pour tenter de donner un visage humain  à des jeunes femmes et jeunes filles défigurer lors des accidents de la route. je demande aux automobiliste de faire attention», ajoute-t-elle.

Djafar Amrane