Pénurie de médicaments : Les malades dans l’expectative

Pour se soigner les patients atteints de pathologies chroniques se débrouillent comme ils peuvent. Mais les responsables du département de la santé sont en train de mettre au point un programme spécial pour en finir avec de telles situations.

 

«Les parents vigilants peuvent intervenir à temps en donnant un morceau de sucre ou une boisson sucrée à un  enfant qui présente les premiers symptômes d’hypoglycémie. Quand un jeune diabétique perd connaissance, il n y a que cette injection de glucagon qui lui est salvatrice. De toutes les manières même chez les adultes aussi, cette injection est vitale», dit un père de famille qui est obligé d’acheter ce médicament auprès de trabendistes qui ont flairé le filon.

De nombreux trabendistes sont revenus sur la scène. Ils partent à Marseille, en Fran

La pénurie des médicaments, notamment ceux destinés à soigner des pathologies lourdes,  prend de plus en plus de l’ampleur.  Elle a débuté en 2016 et au lieu de diminuer, elle ne fait que s’amplifier. De nombreux malades chroniques sont obligés de ramener leurs médicaments de  l’étranger, quand ils ont en les moyens. La majorité des patients prend son mal  en  patience en attendant des jours meilleurs. Les parents des enfants diabétiques n’arrivent pas à trouver le glucagon, un produit vital pour les jeunes malades. Comme les enfants diabétiques aiment jouer, il arrive souvent qu’ils perdent connaissance à cause de la baisse du taux de glycémie dans le sang.  Sans ce médicament, il est quasiment impossible de sauver un enfant inconscient suite à une hypoglycémie.

ce, où ils achètent dans les pharmacies de la cité phocéenne les médicaments introuvables en Algérie et rentrent le soir même  chez eux. Ils rendent un grand service aux malades chroniques, mais ils réalisent des bénéfices importants.

Dans les centres de lutte contre le cancer, les oncologues trouvent moult difficultés pour concocter les chimiothérapies pour certains malades. « Ce n’est pas toujours facile pour trouver des solutions aux très nombreux malades que je suis. Je me débats comme je peux pour concocter les cures de chimio avec les drogues encore disponibles », se plaint un cancérologue au Centre Anti Cancer de Blida. Les  cardiaques pour leur part peinent à trouver le Sintrom, un produit qui fluidifie le sang. Les asthmatiques doivent faire des dizaines de pharmacie pour pouvoir trouver la Ventoline. Les pharmaciens sont confrontés  tous les jours à la colère des clients. « Les malades font souvent des scandales dans mon officines. J’ai beau leur expliquer que ce n’est pas de ma faute, mais ils refusent de comprendre la situation », dit une pharmacienne de Bab El Oued.

Les responsables des hôpitaux ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Le directeur de la pharmacie centrale des hôpitaux a fini par jeter l’éponge. Il refuse de cautionner cette pénurie. Le Directeur général de la Pharmacie et des équipements médicaux au ministère de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, Djaoued Bourkaib, a annoncé, le jeudi 27 juin 2019 lors d’une conférence de presse animée par les intervenants dans le secteur du médicament  que « des mesures urgentes ont été prises pour palier la pénurie de médicaments, notamment ceux destinés aux  maladies chroniques». Il se veut même plus rassurant : «Suite à plusieurs rencontres avec les différents partenaires, industriels, pharmaciens, importateurs et distributeurs, le Ministère a pris des mesures urgentes pour palier la pénurie des médicaments, notamment ceux destinés aux malades chroniques». Selon le même responsables ; ces pénuries cesseront dans 3 mois car un plan d’importation d’urgence de médicaments a été mis au point.

 

Les fabricants de médicaments ruent dans les brancards

En cette période de vaches maigres, les responsables algériens tentent tant bien que mal de diminuer les dépenses.  Il est important de diminuer la voilure des dépenses pour équilibrer les comptes. Les plus grands efforts, pour atténuer les effets des importations ont été concentrés sur le secteur des médicaments. Chaque année la facture des médicaments augmente de 6,6% et atteindra à l’horizon 2021 quelques 4,5 milliards de dollars. En 2018, l’Algérie a consommé 3,6 milliards de dollars de médicaments. Les efforts consentis pour assoir une industrie pharmaceutique, commencent à donner leurs fruits puisque 50% des besoins sont couverts par la production locale. Malgré ces bons résultats, la facture des importations demeure importante.

Les opérateurs dans le secteur de l’industrie pharmaceutique s’estiment lésés. Ils auraient pu atteindre des objectifs nettement plus ambitieux, mais ils font face à de très nombreuses  difficultés.  Dans un souci d’économie, les responsables de la Caisse Nationale des assurances sociales (CNAS) ont adopté la politique du tout générique. Cette solution a permis de diminuer les dépenses de la caisse. Dans une deuxième étape, les mêmes responsables ont mis au point la politique du prix le plus bas.  Pour pouvoir continuer à commercialiser leurs produits, les opérateurs algériens ont été contraints de se contenter d’une marge bénéficiaire minime.

C’est ce qu’a révélé Dr. Ouahid Kerrar, le président de l’Union Nationale des Opérateurs en Pharmacie (UNOP) lors d’une réunion tenue en mars 2019 à Alger pour présenter une étude sur les prix des médicaments en  Algérie. Réalisée par un cabinet international, cette étude   révèle « Le marché du médicament est attrayant, il occupe la troisième place dans la région Mena. Le pays  maintient une croissance régulière de 6,6 % pour atteindre 4.1 milliards de dollars en 2021 ».  Ces atouts ont de quoi lancer une véritable industrie pharmaceutique en Algérie.

Selon les dernières statistiques, il y a plus de 100 unités de fabrication en Algérie. Quelques 80 projets sont à l’étude ou en cours de réalisation. Pour faire face aux contraintes des prix, les investisseurs se contentent de produire des génériques. «Tous les fabricants algériens vont dans la même direction. Ils produisent des formes sèches, des solutions buvables et quelques pommades», dit un producteur de médicaments.  Il ajoute : «Il suffit que les autorités nous aident pour que nous puissions produire les injectables et pourquoi pas les drogues pour les chimiothérapies. Nous sommes capables de couvrir plus de 80% des besoins nationaux en Médicaments». En attendant des jours meilleurs, les fabricants continuent de produire des génériques ne nécessitant pas une technologie de pointe. « La modification du cadre juridique relatif aux prix des médicaments demeure la seule solution pour permettre une bonne croissance de l’industrie pharmaceutique en Algérie au bénéfice de l’économie nationale », tient à préciser Dr. Kerrar.

 

Toutes les prévisions se sont révélées fausses

« La vie n’a certes pas de prix, mais il n’en demeure pas moins qu’elle a un  prix », c’est la devises mondiale des épidémiologies. Ces spécialistes qui sont en réalité à  la base de toute politique de santé ; réalisent des études et des enquêtent qu’ils transmettent ensuite aux hautes autorités du pays.

C’est sur la base de ces travaux scientifiques que les dirigeants arrêtent les programmes de santé.  Les épidémiologies tracent en effet la réalité épidémiologique et les dirigeants adaptent ensuite leurs politiques en prenant en considération l’incidence de chaque maladie dans le pays. Ils mettent alors au point des programmes pour lutter contre chaque pathologie. Ils prévoient  les infrastructures médicales spécialisées, forment les praticiens, achètent les équipements médicaux et font les programmes d’approvisionnement en médicaments. Pour pallier aux pénuries, les décideurs calculent par excès, car si des médicaments restent en stocks,  ils seront utilisés durant l’exercice suivant.

En  Algérie les données épidémiologiques se révèlent inefficaces,  même quand elles sont réalisées. La hausse du niveau de niveau de vie  fausse les données. Au début des années 2000, le pays était confronté aux maladies du sous développement (choléra, paludisme, mortalité infantile etc.).

En moins de 20 ans, les médecins voient arriver dans leurs cabinets des gens souffrant de pathologie des pays développés (diabète, hypertension, cardiopathies, les cancers, les maladies respiratoires etc.). Les maladies des pays riches font des ravages aujourd’hui en Algérie. En un laps de temps très courts, le nombre de malades atteints de cancer atteint les 50 000 cas par an. «Quelques 6000  cas étaient diagnostiqués durant les  années 80 du siècle dernier. Si nous suivons la courbe logique, il faut compter 10% de malades de plus chaque année. Logiquement nous devons diagnostiquer quelques 15 000 cas aujourd’hui. Allez faire des programmes efficaces avec cette augmentation de nombre de malades », révèle Ahmed Tazli, un chirurgien   à la retraite. Il propose de revoir le système de recensement de toutes les maladies pour parvenir à : « réaliser les infrastructures nécessaires, à former les médecins et à prévoir les stocks de médicaments suffisants ». Selon le même praticien : « Si nous continuons à naviguer à vue, les pénuries vont persister».

Djafar Amrane