Developpement durable : L’inquiétant ralentissement des énergies renouvelables

Le rapport annuel de l’ONU sur le développement du solaire, de l’éolien, de la biomasse s’alarme de la stagnation des investissements dans le secteur. Les Etats prennent du retard vis-à-vis de leurs objectifs de limitation de la hausse des températures mondiales.

 

C’est l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. A la lecture du rapport de l’organisme onusien Renewable energy policy network for the 21th century (REN21), les optimistes retiendront qu’un total de 181 gigawatts (GW) d’énergies renouvelables a été ajouté en 2018 à un parc de production de 2387 GW qui fournit désormais un quart de l’électricité consommée dans le monde. Le solaire photovoltaïque connaît même une progression de 100 GW. Depuis quatre ans, les investissements dans les renouvelables dépassent celles ceux mis dans le charbon, le pétrole, le gaz et le nucléaire.

Les pessimistes noteront, eux, que ces investissements ont diminué pour passer de 292 milliards d’euros en 2017 à 259 milliards en 2018. Ces montants sont insuffisants pour permettre aux États signataires de l’Accord de Paris d’atteindre l’objectif commun de limitation des températures mondiales « bien en dessous de 2 °C ». En 2017, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 1,7 % alors qu’elles devraient commencer à décroître d’environ 2 %. Et la croissance globale toutes énergies confondues se situe un peu au-dessus de la moitié des 300 GW nécessaires pour répondre aux besoins climatiques. « Les tendances actuelles montrent que nous avons besoin de décisions politiques courageuses pour rendre soutenable notre consommation finale dans tous les secteurs « , souligne Arthouros Zervos, président de REN21. C’est peu ou prou le constat effectué en mai 2019 par l’Agence internationale de l’énergie.

 

Trop peu d’efforts sur les transports et l’efficacité énergétique

Pourquoi cette stagnation ? L’une des raisons est conjoncturelle. En 2017, la Chine, premier producteur et utilisateur d’énergie solaire au monde, a changé sa politique sur le photovoltaïque en « nettoyant » son secteur industriel. Exit les produits les moins performants : la Chine parie aujourd’hui sur les technologies aux rendements les plus élevés ce qui a freiné la création de nouvelles centrales solaires. C’est ce changement de pied qui explique en grande partie la baisse des investissements constatée en 2018.

Mais il y a aussi des explications structurelles. En premier lieu, les industriels du pétrole résistent à la transition énergétique. « Au niveau mondial, les subventions pour les énergies fossiles ont augmenté de 11 % entre 2017 et 2018 et les compagnies pétrolières, gazières et charbonnières ont continué de dépenser des centaines de millions de dollars en lobbying pour retarder, contrôler ou bloquer les politiques de lutte contre le changement climatique et en dépenses de publicité pour influencer l’opinion publique », dénonce le rapport. C’est le constat que fait par exemple l’Ademe en France avec les ventes de voitures neuves. Les constructeurs automobiles ont porté leurs efforts commerciaux sur les SUV, petits véhicules tout-terrain pourtant plus gourmands en essence. Résultat : la moyenne des émissions de gaz à effet de serre des véhicules neufs a augmenté de 1 gramme de CO2 par km (gCO2/km) en 2018 pour atteindre 112 gCO2/km alors que l’objectif assigné par les règlements européens est de 95gCO2/km pour 2021.

Dernière explication : le manque de résultat dans les secteurs du chauffage, de la climatisation, des transports et de l’efficacité énergétique. La progression des énergies renouvelables y est beaucoup moins importante que dans le secteur de production d’électricité. La chaleur et le froid renouvelables par exemple ne couvrent que 10 % des besoins mondiaux alors que les besoins en chauffage et climatisation représentent la moitié de la consommation finale d’énergie. Le rapport note que 47 États seulement ont des objectifs pour ces secteurs et il n’y a que 20 Etats pour avoir mis en place une réglementation. Autre échec : 3,3 % des transports utilisent des sources renouvelables, principalement des biocarburants.

L’efficacité énergétique enfin, présente un bilan en demi-teinte. L’utilisation de machines et moteurs moins gourmands en carburant, les efforts d’économie d’énergie dans l’habitat, l’industrie et les transports ont permis de faire baisser de 2,2 % par an entre 2012 et 2017 l’intensité énergétique (la quantité d’énergie nécessaire pour fabriquer un bien ou remplir un service comme une température agréable dans un logement). Mais en regard, les besoins ont fortement augmenté. Il y a de bonnes raisons à cela : il y a désormais moins de un milliard d’hommes qui sont privés d’électricité. Mais il y en a aussi des mauvaises : les besoins en climatisation et en transport ont augmenté du fait de politiques défaillantes en matière d’isolation des bâtiments ou de maîtrise des besoins en mobilité.

Les deux rapports de l’AIE et du REN21 constituent donc de salutaires rappels à l’ordre. En septembre prochain, lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, les 195 Etats signataires de l’Accord de Paris devront s’engager sur de nouveaux objectifs de réduction des gaz à effet de serre. On connaît désormais l’ampleur de l’effort à accomplir.