Réseaux de surveillance de la pollution de l’air : Qui se souvient de «Sama safia »?

Il n’y a pas longtemps de cela, Samasafia (air pur), premier réseau de surveillance de la qualité de l’air a été mis en place par le ministère de l’Environnement. C’était en mai 2002. Il avait été inauguré par le président de la République. C’est dire l’importance accordée en ce temps là à la qualité de l’air à Alger et dans les grandes villes du pays où ont été installés des réseaux Samasafia. Ce réseau est mort de sa belle mort ! Actuellement Alger ne dispose pas de réseau de surveillance de la pollution atmosphérique et aucune alerte ne peut être donnée pour prévenir les dégâts en cas de forte pollution.

 

Le réseau Samafia ne mesure plus rien, et sur ses panneaux d’affichage, posés en divers endroits de la ville, l’écran est noir. Les dernières mesures de Samasafia remontent à août 2009, si l’on se réfère aux informations mises sur le site de l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable, un organisme relevant du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement de l’époque, qui gère le réseau. Sur ce site, le rapport mensuel de Samasafia le plus récent date d’août 2009 et le rapport annuel, de 2008.

Le réseau Samasafia, mis en place en 2002 à Alger puis étendu à Annaba, pour surveiller en continu la qualité de l’air, a coûté autour d’un million de dollars, financé sur prêt de la Banque mondiale. Il comprend un dispositif identique de quatre stations à Alger et à Annaba, chargées de mesurer les principaux polluants urbains : oxyde d’azote, dioxyde de soufre, oxyde de carbone, hydrocarbures, poussières fines et ozone. Les données recueillies permettaient de calculer un indice de qualité de l’air dans ces deux villes, porté à la connaissance du public à travers sa publication quotidienne dans quelques journaux et son affichage sur des panneaux à la vue des passants. Une station mobile devait compléter ce réseau fixe. Aujourd’hui, tout ce beau dispositif est inopérant, négligé par des responsables dont le souci premier semble bien être aux antipodes de la lutte contre la pollution de l’air. Il existe pourtant en Tunisie et au Maroc, alors pourquoi ne pas lui «redonner vie» pour informer en temps réel les citoyens de la qualité de l’air qu’ils respirent, comme l’on suggéré des experts nationaux, lors de leurs interventions à la célébration de la Journée Mondiale de l’Environnement qui s’est tenue à Alger.

 

Du plomb dans… l’aile

Actuellement, la qualité de l’air semble être revenu au centre des préoccupation des pouvoirs publics ! C’est du moins ce qu’on apprend au détour des interventions lors de la célébration de la Journée mondiale de l’Environnement le 1er juin denier à Alger. Sous le slogan «Combattre la pollution de l’air» l’événement a regroupé, à l’hôtel El-Aurassi, un panel de responsables gouvernementaux à sa tête la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables et ses collègues des Transports, de l’Energie, des Ressources en eau, de la Santé et de la Population, ainsi que les représentants des entreprises et des institutions concernées, et des institutions étrangères de coopération.

Chacun de ces responsables des secteurs cités ont mis en exergue dans leurs interventions l’intégration de la dimension environnementale dans les projets entrant dans le programme de développement de leurs secteurs et la lutte contre les impacts négatifs de la pollution de l’air conséquence de la dégradation du cadre de vie des citoyens.

Il est un constat sur lequel tout le monde est d’accord, notamment à Alger, les Algérois vivent dans une atmosphère de plus en plus irrespirable, principalement due à la pollution automobile. Quelle est la qualité de l’air que les citoyens de la capitale respirent quotidiennement ? Nul ne le sait ! Manque de moyens ? Que nenni : Il n’y a pas longtemps de cela, Samasafia, premier réseau de surveillance de la qualité de l’air a été mis en place par le ministère de l’Environnement, en mai 2002. Il avait été inauguré par les plus hautes autorités du pays. C’est dire l’importance accordé en ce temps là à la qualité de l’air à Alger et dans les grandes villes du pays où ont été installés des réseaux Samasafia.

Il est vrai que des experts dans le domaine de l’environnement avaient commencé à tirer la sonnette d’alarme. Certains rapports officiels qui venaient d’être établis sur l’état de l’environnement en Algérie mettaient l’accent déjà sur les effets multiples, santé, économie… provoqués chaque année par la pollution atmosphérique dans notre pays. En 2002, on estimait à 40 % la proportion des visites médicales au niveau des urgences dues à des difficultés respiratoires et à 35 % les décès des enfants dus à cette même cause.

D’autres études pointues faites dans le cadre de l’élaboration du Plan national de l’environnement et du développement durable (PNAEDD) avaient abouti à un chiffre impressionnant : l’Algérie perdait pas moins de 1,4% de son PIB, c’est-à-dire quelque 600 millions de dollars en raison de la pollution atmosphérique.  Presque deux décennies plus tard ans, ce n’est pas une vue de l’esprit de penser que la situation a très certainement empiré. Explosion démographique, ainsi  que celle du parc automobile pèsent énormément sur ce sujet sensible impactant sur la santé de la population dans des proportions importantes. Les taux de polluants dégagés par la circulation automobile sont largement au-dessus des seuils fixés par les institutions internationales spécialisées comme  l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

2.500 décès par an dus à la pollution de l’air

Les responsables algériens sont conscients de cette situation. Dans son allocution d’ouverture, Mme Fatima-Zohra Zerouati, ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, a rappelé le chiffre de 7 millions de décès par an dans le monde, victimes des effets de la pollution de l’air. L’Algérie est appelée, a-t-elle souligné, à faire face à ce défit afin de combattre les effets polluants et de concrétiser en «urgence» tous les programmes nationaux pour l’amélioration du cadre de vie du citoyen. Plus précis, concernant notre pays, certains scientifiques estiment à quelques 2.500 décès annuels en Algérie liés à la pollution de l’air dus essentiellement aux émanations toxiques du trafic routier urbain.

Selon toujours ces experts nationaux, la pollution de l’air en Algérie est devenue une « réalité », soutenant que le carburant émanant des véhicules engendrait par les particules chargés de matériaux lourds dont le plomb pouvant atteindre le système respiratoire humain et provoquer des AVC, ainsi que différents cancers à l’instar du cancer des poumons.

Pour sa part, l’expert et chercheur, Menouar Boughedaoui a souligné l’urgence d’agir rapidement contre les facteurs causant la pollution de l’air en Algérie, relevant que cette pollution « énorme » existant ne contaminait pas seulement l’air mais aussi les eaux de surfaces, les sols, l’agriculture et peut même causer des problèmes de navigation aérienne. «Le niveau des particules chargées de plomb émanant du trafic routier urbain dans la ville d’Alger dépasse celui des Etats-Unis, d’ou l’urgence d’agir très vite pour réduire les risques de la pollution de l’air», a martelé le chercheur, tout en proposant de mettre en place en urgence une stratégie nationale de protection de la qualité de l’air ainsi qu’une loi sur la qualité de l’air. Il a, notamment appelé à la création d’un réseau de mesures de la qualité de l’air (actuellement inexistant en Algérie) en se référant aux expériences acquises dans ce domaine dans les pays voisins à l’instar de la Tunisie. La qualité de l’air doit impérativement être améliorée pour augmenter l’espérance de vie des populations rendue «vulnérable» par la pollution de l’air.

Dans ce sens, l’expert et chercheur, Menouar Boughedaoui a souligné l’urgence d’agir rapidement contre les facteurs causant la pollution de l’air en Algérie, relevant que cette pollution «énorme» existant ne contaminait pas seulement l’air mais aussi les eaux de surfaces, les sols, l’agriculture et peut même causer des problèmes de navigation aérienne.

Selon lui, «le niveau des particules chargées de plomb émanant du trafic routier urbain dans la ville d’Alger dépasse celui des Etats-Unis, d’ou l’urgence d’agir très vite pour réduire les risques de la pollution de l’air». Le chercheur propose de mettre en place en urgence une stratégie nationale de protection de la qualité de l’air ainsi qu’une loi sur la qualité de l’air. La feuille de route est ainsi tracée pour atténuer l’impact de la pollution de l’air sur les populations.

Mohand Ouarab

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