Psychotropes et fausses ordonnances : Les pharmaciens dans la… mêlée

Selon le site, «le quotidien du pharmacien», 60 pharmaciens ont été mis en prison pour vente de psychotropes et falsification d’ordonnances à Alger et dans les wilayas de la région. 148 autres professionnels sont traînés en justice pour non-respect de la réglementation sur les ventes de médicaments de prescription.

 

Les affaires de trafic de stupéfiants, auxquelles sont mêlées les pharmaciens d’officine pèsent lourdement sur cette corporation qui se trouve à son corps défendant à appeler la tutelle à «cadrer» par un texte législatif et juridique la dispensation des psychotropes.

Le ras le bol des pharmaciens d’officine est à son comble. La dernière affaire à laquelle est liée une pharmacienne a fait déborder le vase et toute la corporation s’est sentie visée. Les faits : Dans la wilaya de Mila, plus précisément à Chelghoum Laïd, une pharmacienne est accusée d’appartenir à un réseau de trafic de psychotropes. Elle est neutralisée dans ladite ville au mois de janvier passé et il  y a eu la confiscation de 1 350 comprimés. Elle a été condamnée à 10 de prison ferme, pour vente «frauduleuse» de psychotropes.

Une décision de justice qui a fait réagir fermement ses collègues des différentes wilayas du pays, venus lui témoigner leur solidarité au lendemain de sa condamnation. Les pharmaciens d’officine de la wilaya de Mila ont baissé rideau durant la matinée quelques jours plus tard, le jeudi 9 mai. Selon le président adjoint du bureau de wilaya du Syndicat national des   pharmaciens d’officine (Snapo), Amar Kechoud, l’adhésion à cette grève, décidée la semaine passée par l’assemblée générale du bureau de wilaya, a été «quasi totale», et seuls les pharmaciens qui n’ont pu être informés de la décision ont ouvert.

 

La loi, c’est la loi !

Comment la situation évoluer pour atteindre ce niveau de la contestation ? Manque de vigilance ou complicité des pharmaciens ? Fausses ordonnances ou complicité des médecins qui prescrivent des médicaments à des personnes non sujettes à certaines thérapies ? Toujours est-il que les signaux d’alerte n’ont pas manqué. Ils émanent des membres de l’organisation, tel que le vice-président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP), Mettioui Noureddine qui a insisté, à Oran, lors d’une rencontre réunissant ses confrères de plusieurs wilaya, sur la plus grande vigilance du pharmacien dans la vente des produits psychotropes eu égard aux dangers que cela représente, rappelant dans ce contexte que la loi algérienne prévoit des sanctions rigoureuses allant de 5 à 15 ans de réclusion criminelle plus une amende de 500.000 à 1 million de dinars pour commercialisation d’un produit psychotrope sans ordonnance, d’où l’importance de redoubler de vigilance. Ce responsable a indiqué dans une déclaration à l’APS en marge de la 2ème édition du salon «GenericMed» a rappelé, à ce propos, que les «pharmaciens encourent énormément de risques et d’agressions de la part de délinquants pour la dispensation des psychotropes», les appelant à beaucoup plus de prudence pour mieux gérer ce dossier sensible. Noureddine Mettioui a, d’autre part, appelé les pouvoirs publics à prendre des mesures préventives qui mettent le pharmacien à l’abri lors de la gestion du dossier des psychotropes, à travers la délivrance d’ordonnances empêchant toute fraude et la consultation en permanence du fichier des malades qui ont besoin de ces médicaments afin d’éviter tout dérapage. «Certains confrères pharmaciens sont malheureusement en prison à cause de la gestion de ces produits psychotropes. Le pharmacien n’est pas protégé et il est donc important pour nous actuellement de faire preuve de vigilance quant à ces produits, d’où la nécessité d’un poste de pharmacien assistant», a-t-il déclaré.

Messaoud Belambri, président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), quant à lui, tient à faire savoir que l’Organisation syndicale des pharmaciens dénonce la condamnation de nombreux professionnels de la santé, des médecins et principalement des pharmaciens d’officine, à cause de produits qui ne sont pas officiellement classés comme psychotropes. Il précise que «pas plus tard que la semaine passée, il y a eu deux condamnations malgré toutes les expertises et les avis officiels et juridiques. Et malgré les arrêtés et les jugements définitifs de la Cour suprême concernant toutes les affaires qui ont trait à ce genre de produits qui ne sont pas classés, on continue au niveau de certains tribunaux et cours de justice à condamner les pharmaciens à des peines de prison à cause de ces produits qui ne sont, je le répète, pas classés comme psychotropes». Il rappelle que «cette semaine, on a eu deux condamnations, un médecin et un pharmacien qui ont été condamnés à 2 ans de prison. Il y a eu également une pharmacienne qui a écopé de 10 ans de prison sur la base de témoignages de délinquants, en l’absence de preuves directes ».

 

Le SGG et le ministère de la Justice traînent la patte

Pour le président du SNPO, ces produits doivent être classés officiellement par le ministère de la Santé et publiés dans le Journal officiel (JO). Il indique que «l’arrêté portant sur la classification de ces produits a été publié effectivement le 9 juillet 2015 par le ministère de la Santé, mais le SGG (Secrétariat général du gouvernement) et le ministère de la Justice se sont opposés à la publication des tableaux. Ce qui entraîne sur le terrain une totale confusion par rapport aux produits qui font l’objet de détournement».

Réunion d’urgence entre le SNPO et le ministère de la Santé qui s’est soldée par un engagement de ce dernier à publier les tableaux et à reprendre les démarches avec le ministère de la Justice. Il estime cependant que  «La problématique ce n’est pas l’inexistence des listes, celles-ci existent et sont officielles, mais elles ne sont pas opposables du fait qu’elles n’ont pas été publiées dans le JO. Et c’est ce que répond le juge quand on les présente devant lui. Alors que ce sont des listes internationales adoptées par l’Algérie».

Mohand Ouarab

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