Droits de l’enfant en Algerie : Entre textes de loi et réalité quotidienne !

Les enfants du monde entier ont célébré leur fête le 1er juin. Comme leurs «congénères» à l’échelle de la planète, les «mômes» d’Algérie, ont eu droit à leur journée. Une fois l’an, l’on se souvient de cette catégorie fragile de la société. On organise, pouvoirs publics, organisations et associations, des cérémonies pour honorer les enfants. Chacun, organisateurs et participants à ces commémorations, y va de son couplet pour saluer les efforts accomplis dans le domaine de la protection de cette frange vulnérable de la société ou situer les carences ou insuffisances pour faire avancer les  droits de l’enfant.

 

Cependant tous s’accordent sur un point : le chantier des droits de l’enfant en Algérie est immense. De grands efforts sont à faire. De la volonté, politique surtout, est nécessaire pour faire avancer la cause des enfants.

En cette veille de la journée mondiale de l’enfance, il fait assez tard à Alger. Sous les arcades, à deux pas de deux institutions législatives, Assemblée populaire nationale (APN) et Sénat, c’est à dire le Parlement algérien, une femme d’âge assez mûr, occupe un espace relativement à l’abri des regards. Crainte des passants, une certaine pudeur à étaler ses misères, l’on ne saura peut-être pas. Un matelas qui a eu à connaître de beaux jours est étaler à même le sol. Des couvertures du même sort sont prêts à « servir ». Trois enfants en bas âge se collent à la poitrine de la femme, leur maman. Fatigués de l’errance de la journée, la famille n’a trouvé que ce lieu, « sécurisé », du fait sans doute, de la proximité des deux institutions, pour passer la nuit. Qui est-elle ? «Je viens de l’intérieur du pays », dit-elle sans préciser le lieu exact, révélant qu’elle a fuit un mari très violent. «Je n’ai plus où aller !», lache-t-elle dans un geste de désespoir. «La rue est mon seul refuge», soupire-t-elle. «Elle m’accueille avec mes enfants que je n’ai pas voulu laisser avec leur père indigne», dit-elle encore pour expliquer la présence à ses côté des trois bambins qui tentent de s’isoler de l’humidité des lieux et de la brise marine.

Elle n’est pas la seule. Elles sont nombreuse les femmes accompagnées de leur progéniture à envahir le rues d’Alger. Quel sera le sort de ces enfants au regard des droits de l’enfant ? Le président du réseau Nada, Abderrahmane Arar, invité au Forum d’El Moudjahid à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’enfance, est loin d’être optimiste. Selon lui la situation des enfants est peu enviable, plaidant pour la révision en profondeur l’ensemble du dispositif législatif relatif aux droits des enfants. Il estime que sans une profonde refonte de la législation relative aux droits des enfants, la situation de ces derniers ne risque nullement de s’améliorer, insistant sur la nécessité de l’indépendance des organes chargés de veiller au respect des droits des enfants. C’est un des reproches qui est fait à l’Algérie au plan international.

 

Plaidoyer pour la révision des lois relative à la protection des enfants

Pour le président du réseau Nada, il existe plusieurs chantiers qui doivent être ouverts en urgence. Le président du réseau Nada juge prioritaire et insiste sur la nécessité de réviser les lois relatives à la protection des enfants. IL explique que « les amendements des textes législatifs permettront de réhabiliter le travail du social en remettant au goût du jour les assistantes sociales afin de leur permettre d’être présentes dans le cercle familial pour faire non seulement de la prévention mais également de l’accompagnement des familles vivant des situations difficiles ». Dans ce contexte, la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition féminine, Ghania Eddalia révèle que plus de 1.040 signalements de cas de maltraitance sur enfants ont été traités entre 2018 et le premier trimestre de l’année en cours et annonce que 428 mesures au profit de ces enfants ont été prises par les services compétents relevant de ses services.

 

Une enfance en sécurité, un futur radieux

S’exprimant, hier, lors d’une cérémonie organisée à l’école de musique Cheikh Abdelkrim Dali de Kouba (Alger), à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’Enfance, placée sous le slogan de ‘‘Une enfance en sécurité, un futur radieux’’, Ghania Eddalia a confié également que plus de 5.880 enquêtes ont été enclenchées durant la même période et insisté sur l’importance «d’optimiser» le travail de prise en charge par son département de l’ensemble des signalements tout en veillant, en même temps, à collecter les données y afférentes et les analyser avec plus de détail.

«Ceci permettra de prendre l’ensemble des mesures urgentes pour permettre la prise en charge de ces enfants maltraités tant sur le volet social que sur le plan juridique», a-t-elle expliqué. Ghania Eddalia s’est, d’autre part, longuement exprimée sur la question de la protection et la promotion des droits de l’enfant en annonçant le parachèvement de l’examen de l’ensemble des textes réglementaires inhérents à la loi de protection de l’enfance datant du 15 juillet 2015 (12-15) et la promulgation de deux décrets exécutifs parmi six autres, venant ainsi «consacrer» la réforme juridique pour la protection de l’enfant contre toutes formes de violence. De son côté,Taleb Abdelhakim, officier de police membre de cette instance, lors d’une conférence d’information portant sur le rôle de la Sûreté nationale dans la protection de l’enfance contre toute forme de violence, organisée, la semaine dernière, à l’École supérieure Ali-Tounsi de Châteauneuf (Alger), à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’Enfance, avait révèle que pas moins 580 cas d’atteinte à l’enfance et pas moins de 5.000 appels ont été enregistrés par l’Organe national de la protection et de la promotion de l’enfance.selon lui, la loi n° 15-12 du 15 juillet 2015 relative à la protection de l’enfant constitue une avancée «notoire» dans ce domaine, affirmant que plusieurs structures et mécanismes sont venus «renforcer» la protection de l’enfance avec les services de la DGSN. En attendant d’autres « avancées » dans la pratique, il est urgent de d’adapter aux textes de loi aux « vécu » des enfants. Une feuille de route revendiquer par les associations et organisations dédiées à la promotion de l’enfance.

Mohand Ouarab