Mercuriale du Ramadhan : Les viandes ne lâchent pas le…morceau !

Le mois de Ramadhan 2019 n’a rien à envier à ceux qui l’ont précédé. En matière de prix des produits alimentaires de base, bien entendu. En effet, le consommateur assiste impuissant, encore une fois, à une flambée des coûts sur les étals des marchands de fruits et légumes et de viandes. Au grand dam du ministère du Commerce qui avait, pourtant, annoncé à la veille du mois de jeûne, la mise en place de prix de référence pour nombre de produits alimentaires dont la viande bovine d’importation.

 

Depuis le début du mois de Ramadhan, les marchés de fruits et légumes sont en ébullition. Dés les premières heures de la journée, ils sont pris d’assaut. Pourtant, les prix affichés sont loin d’être attrayants. Ils font plutôt fuir. Seulement s’approvisionner en ingrédients nécessaires pour préparer les différents plats du f’tour du Ramadhan, oblige.

Le marché de Ain Bénian à l’ouest d’Alger, ne déroge pas à la règle. Dans ses allées, une masse humaine compacte serpente. Elle est visible dès l’entrée de ce haut lieu de commerce. Ici, les bousculades sont monnaie courante. L’image qui s’offre aux yeux, ne donne pas envie d’y accéder pourtant, personne ne fait marche arrière. Pour chacun, la mission de ce jour est sacrée. Il s’agit de s’approvisionner en fruits, légumes, viandes et autres produits alimentaires nécessaires pour garnir la maïda du f’tour.

Les clients «butinent» d’un étal à un autre à la recherche de meilleurs produits à des coûts moindres. Aux prix affichés, cette tache s’avère justement difficile. Ils s’accordent tous à témoigner de la flambée des prix des légumes. «Bezzaf ghali ! C’est trop cher. C’est du vol !», lâche une quadragénaire devant un étal de légumes garni de belles marchandises. «Où sont les prix bas promis par l’Etat ? Où sont les contrôleurs ? Même durant le Ramadhan, les vendeurs continuent à faire la loi», tonne-t-elle, avant de se diriger vers un autre étal de légumes dans l’espérance de trouver des prix moins élevés.

Se frayant difficilement le chemin vers un étal de légumes envahi de clients, une sexagénaire parvient enfin à atteindre le bord. «Combien la tomate ?», lance-t-elle au vendeur.

Affairé à peser des légumes, il lui répond machinalement sans détourner le regard : «160 dinars». Visiblement déçue par ce prix, elle se retourne et tente de se détacher de cette masse humaine qui la cerne. «Revenez, revenez, c’est la moins chère de tout le marché. Chez mes voisins, elle est vendue à 180 dinars», tente le vendeur de la convaincre. Peine perdue puisque la vielle dame ne fera pas demi-tour.

Sur les étals, le poivron est proposé à 140 dinars le kilo. Le piment et les petits pois se sont alignés sur les 160 dinars. Le prix de l’artichaut vacille entre 120 à 150 dinars alors que celui du concombre et de la betterave est de 120 dinars. La laitue elle, est affichée à 100 dinars suivie par le navet à et l’oignon à 80 dinars le kilo.

Au grand bonheur des consommateurs, la courgette a fait cette année, l’exception. Contrairement aux Ramadhans précédents, cette fois-ci son prix n’a pas flambé. Il a plutôt baissé. Il est passé de 100 dinars d’avant le mois de jeûne, à 50 dinars. Idem pour la carotte qui a vu son prix baisser de 70 à 50 dinars le kilo. La courgette et la carotte restent ainsi, les légumes les «moins chers» du marché. Au même prix est cédée la pomme de terre. Le tubercule maintient ainsi son prix depuis quelques mois déjà. Toujours est-il, il demeure encore cher.

Le temps où les clients repartaient avec des paniers ou des sacs de courses débordants de fruits et légumes est révolu. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux se contentent de quelques maigres légumes assortis d’un ou de quelques bouquets d’herbes aromatiques. Juste ce qu’il faut pour préparer l’incontournable chorba, un second plat voire, une petite salade pour la rupture du jeûne.

Même le citron qui accompagne d’habitude la chorba est sert aussi pour assaisonner les salades ne risque pas de prendre part à la maïda du f’tour. Son prix s’est en volé en ce début Ramadhan. Il est passé de 220 dinars le kilogramme à la veille du mois de jeûne, à 300 dinars dés la première semaine du mois du Ramadhan.

 

Les fruits : encore chers !

Au marché de Ain Bénian, une variété de fruits est exposée. Pourtant, ces étals sont les moins sollicités. Les clients se contentent de brèves haltes. Pour eux, les fruits demeurent presque un «luxe» puisque leurs prix font fuir.  Afin d’éviter de voir leurs clients s’éclipser, les marchands de fruits préfèrent justement ne pas afficher les prix de leurs marchandises.

A elle seule, la pomme proposée à 600 dinars le kilo laisse les clients bouche bée. Elle est suivie par les dattes, tant prisé durant le mois de Ramadhan. Omniprésent sur toutes les maïda du f’tour, ce fruit est vendu entre 400 et 800 dinars selon la qualité.

A 280 dinars le kilogramme, la banane enregistre une légère baisse de prix qui est loin de la rendre accessible pour nombres de bourses. La nèfle est cédée à 140 dinars et la fraise proposée dans des barquettes à 150 dinars.

Fraîchement arrivés sur le marché de fruits, le cantaloup est vendu à 200 dinars le kilo, la pastèque à 100 dinars et le melon à 80 dinars. Des fruits juteux qui vont faire saliver les jeûneurs surtout avec les températures qui ont décollé.

 

Les viandes flambent toujours

Le prix du poulet éviscéré a enregistré cette semaine, une légère baisse. Il est passé de 290 dinars à 260 dinars le kilogramme. Un prix tributaire selon des vendeurs de volaille, de l’offre et de la demande. Les consommateurs eux, estiment que ce prix reste toujours élevé. «A 260 dinars le kilo, le poulet est cher», affirme un habitué du marché de Ain Bénian.

Côté viandes rouges, la viande bovine est vendue à 1 400 dinars le kilo. Celle provenant de l‘importation devait être vendue durant le Ramadan à 750 dinars. Au grand dam des consommateurs, point de trace de ce prix sur les étals.

 

Les promesses des autorités à l’épreuve du terrain 

L’effet Ramadhan a affecté presque toutes les marchandises. Malgré les dispositions prises par le département du Commerce en prévision de ce mois de jeûne, de nombreux produits alimentaires de large consommation ont connu une flambée de prix. Pourtant, le ministre lui-même, Saïd Djellab, avait assuré la disponibilité des marchandises en quantités suffisantes et annoncé le «plafonnement» des prix de nombre d’entre elles.

Dés les premiers jours de Ramadhan, la plupart des marchants de fruits, légumes et viandes n’ont pas respecté les prix de référence appliqués en ce mois de jeûne sur une liste de produits agricoles ciblés. Les prix exorbitants affichés en témoignent. Encore une nouvelle fois, les commerçants font la sourde oreille et ignorent les dispositions annoncées par le ministère du Commerce et n’ont fait qu’à leur tête.

Toutefois, ils s’arrangent toujours pour trouver des arguments et justifier toutes ces hausses de prix. Selon eux, la hausse des prix provient des marchés de gros. Le consommateur reste toujours, le seul perdant.

Katia Sari