Fruits et légumes : Les prix de références peu respectés : Les commerçants n’en font qu’à leur tête !

Une hausse des prix, parfois exorbitante, est constatée au niveau de tous les marchés de fruits et légumes, dès la veille du Ramadhan. Pour rassurer les consommateurs, le ministère du commerce a dressé une liste des prix de référence des fruits, des légumes et des viandes, mais ils sont très peu respectés par les commerçants qui appliquent les prix qu’ils veulent.

 

La mercuriale a connu une hausse, le plus souvent  vertigineuse, dès  veille de Ramadhan. Les consommateurs qui ont fait leurs courses le samedi 5 mai 2019 ont été stupéfiés en découvrant les nouveaux prix des fruits et légumes. Alors que la tomate se vendait à 100 dinars le jeudi d’avant,  elle est proposée à 160 dinars à la veille du Ramadhan. L’oignon sec ou vert  est à 90 DA alors qu’il se négociait autour des 50 dinars 48 heures auparavant. La pomme de terre, a elle aussi connu une hausse : elle vaut entre 70 et 90 dinars. La  courgette qui coutait 80 dinars a vu son prix doubler. Les haricots verts sont proposés à 250 dinars, le chou-fleur à 120 dinars et la laitue à 180 dinars.

Les clients, qui sont  bienobligés malgré tout de faire leurs courses, ne prennent que de petites quantités. «J’ai acheté 3 tomates et 4 courgettes. C’est largement suffisant pour passer les premiers jours de Ramadhan. On sait tous que dans quelques jours, les prix vont baisser un peu», dit une dame que nous avons croisée au marché de Saoula, une commune de la banlieue sud d’Alger.

Les citoyens ont beau « râler », les commerçants font la sourde oreille sans paraître se soucier le moins du monde des remarques, pourtant parfois  désobligeantes, qui leur sont faites. «Alors que dans les autres pays du monde, les prix baissent à l’approche des fêtes religieuses ; en Algérie c’est le moment que choisissent les commerçants pour nous voler», s’emporte un retraité qui touche 19 000 dinars de pension par mois.  Un jeune couple, qui vient juste de se marier, est confronté pour la première fois aux dépenses du Ramadhan. «Nous nous sommes mariés voila 23 jours. La fête nous a couté très chère. C’est notre premier Ramadhan. Comme nous sommes un peu justes côté finances, nous allons faire très attention aux dépenses», dit l’épouse.

Mais il n’y a pas que les clients qui sont en colère, les marchands se plaignent eux-aussi. «Ceux qui spéculent et gagnent des millions de dinars par jour dans les marchés de gros sont bien à l’abri. Les citoyens s’en prennent nous, mais ils ne connaissent pas la réalité», dit un  vendeur de légumes au marché de Bab El Oued. Le vendeur attitré de pomme de terre dans le même marché invite les clients à faire un  tour dans les marchés de gros pour constater la flambée des prix.

Cette flambée des prix tombe vraiment très mal et elle n’est pas faite pour calmer les esprits. Les ménages croulent sous les factures du téléphone, de l’eau ; de l’électricité et du gaz. «Je viens de payer 22 000 dinars pour l’électricité et le gaz.  Je dois maintenant faire face aux dépenses du mois sacré. Ce n’est pas facile», dit un enseignant de Birkhadem.

Les choses ne sont pas améliorées le lendemain, premier jour du Ramadhan. La capitale est inhabituellement calme en ce lundi 6 mai. Il est 11 9h30 et presque tous les magasins sont encore fermés. De rares travailleurs en retard pressent le pas dans des rues pratiquement désertes. C’est  ainsi que débute le mois sacré du Ramadhan 2019.

Pour trouver du monde et voir un peu d’animation, il faut se rendre dans les marchés. Les espaces de vente sont déjà bondés. En effets, de nombreuses ménagères préfèrent faire leurs  emplettes le matin, pour ne pas avoir à affronter la grande foule qui se déferlera sur les étals  après la prière du Dohr. «Le matin, je fais mes courses dans le calme. Je ne suis pas bousculée et j’ai tout mon temps pour bien choisir ce que j’achète», dit une dame que nous avons rencontrée au marché Clausel au centre de la capitale.

Tous les étals sont bien achalandés et les vendeurs attendent les clients de pied ferme. Alors que la majorité des citoyens optent pour le repos durant le mois du Ramadhan,  les commerçants redoublent d’efforts  et  d’activité en cette période. C’est le cas de ce vendeur de fruits et légumes au marché de Bab El Oued : «J’ai fait mes achats au marché de gros ce matin avant la prière du Fedjr», dit-il.

En ce premier jour de carème, les clients sont plus remontés que la veille car les prix ont encore augmenté. La tomate a atteint les 190 dinars dans les marchés de la capitale. La laitue est proposée à 170 dinars. La courgette vaut 170 dinars. «Mais le ministre du commerce nous a rassurés et il a annoncé des prix beaucoup plus bas», dit une mère de famille. «Dites au ministre de nous livrer à des prix plus bas que ceux pratiqués dans les marchés des gros et nous baisserons nos prix», lui répond l’étalier.

Déstockage de produits agricoles et prix administrés 

Pour lutter contre la spéculation, les ministères de l’agriculture et du commerce ont arrêté des programmes spéciaux. Le département de l’agriculture, du développement rural et de la pêche a pris les devant en stockant de grandes quantités d’oignon, de tomate et de pomme de terre. Le département du commerce a autorisé l’importation de viandes (ovine et bovine) et des quantités importantes de fromages et de fruits secs très demandé durant le Ramadhan. Pour rassurer les consommateurs, une liste de prix de référence a été rendue publique, mais les prix qui y sont inscrits n’ont pas été respectés évidement par les vendeurs des fruits et légumes.

Le prix de la pomme de terre a été fixé entre 40 et 45 dinars aux marchés de gros et à 45-50 dinars au détail. Le prix de la tomate varie entre 60 et 80 DA dans  marchés de gros et entre 90 et 110 DA chez les détaillants. Le prix de l’oignon sec oscille entre 45 et 50 DA chez les grossistes et entre  55 à 60 DA chez les détaillants.  Le prix de l’oignon vert  est situé entre 30 et 35 DA chez les détaillants contre 20 à 25 DA chez les grossistes. Le prix de la courgette est évalué   entre 45 et 60 DA aux marchés de gros contre 65 et 80 DA chez les détaillants. La laitue, elle, va de 50 à 55 DA chez les grossistes et entre 60 et 70 DA/kg au niveau des marchés de détail.

Selon le document du ministère du commerce les prix des viandes seront à la portée de toutes les bources. La viande bovine congelée sera proposée à 750 dinars le kilogramme. Les  viandes bovine et ovine fraiche seront cédées à 1000 dinars le kilogramme.

Toujours dans le cadre des mesures prises pour faire baisser les prix des produits qu’on peut qualifier de « première nécessité » durant le mois de carème, le Groupe de valorisation des produits agricoles (GVAPRO) commercialisera, 250 tonnes  de  tomate.

«Le Groupe a décidé le déstockage de tous les volumes de tomate pour assurer sa disponibilité» de ce fruits, a annoncé le lundi 6 mai, lors d’une conférence de presse tenue à Alger, le président directeur général de ce groupe public, Mustapha Belhanini.

 

Les commerçants font fi des prix administrés

Mais les citoyens sont très remontés car les pouvoirs publics qui se sont montrés rassurants alors que dans la réalité, ils font face à des hausses de prix importantes. Saïd Djelab a déclaré à l’issue de l’installation du nouveau comité national des exportations, le 4 mais dernier : « Les prix de référence vont être appliqués à partir de dimanche soir et seront donc affichés lundi matin».

Affichés, ils le seront peut-être, mais appliqués, « ça, c’est une autre histoire», dit un citoyen.

De leur côté, les commerçants promettent une baisse des prix dès que les marchandises promises par le ministre du commerce seront  disponibles dans les marchés de gros.

M Boulenouar El hadj Tahar, le président de l’association nationale des commerçants et artisans algériens (ANCAA), promet lui aussi une prochaine baisse des prix.  «C’est la loi de l’offre et de la demande qui régit les marchés de gros. Durant les premiers jours du Ramadhan, la demande dépasse l’offre, alors les prix augmentent. C’est tout à fait normal», explique-t-il. Il tient également à rassurer les consommateurs : «C’est ainsi chaque année. Les prix baissent après les cinq  premiers jours du Ramadhan. En plus cette année, de grandes quantités de produits alimentaires seront déstockées». Wait and see !

Djafar Amrane