A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles : De quoi sera fait le bac 2019 ?

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, le bac session de juin 2019 est déjà au devant de la scène. Aux rumeurs d’un éventuel report, vite démenti par le ministre de l’Education nationale, se succède  l’appel de l’association nationale des parents d’élèves exhortant le département de Abdelhakim Belabed à «réfléchir» à l’organisation d’une deuxième session du baccalauréat pour cette année, et ce compte tenu de la «conjoncture exceptionnelle que traverse le pays».  

 

Le ministère de l’Education a annoncé que 674.831 candidats sont inscrits à l’examen du baccalauréat, dont 54.57 % de filles, session de juin 2019. Près de 40 % sont des candidats libres. A l’instar des années précédentes,  le ministère de l’Education nationale s’engage à déployer les moyens matériels et humains, à même, de garantir aux candidats les conditions nécessaires pour le bon déroulement des examens.

Aucune nouveauté pour cette année. «Il n’y aura pas de changement dans les épreuves du Baccalauréat pour la session 2019», avait affirmé l’ex ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit dans une de ses sorties médiatiques avant de quitter le gouvernement. La date de l’examen du bac 2019 pour l’année 2018-2019 a été fixé selon le calendrier suivant. Les épreuves commencent le dimanche 16 pour se terminer le jeudi 20 Juin 2019.

La réforme tant controversée est bien au chaud dans les tiroirs en attendant des jours meilleurs. Ce sera pour l’année prochaine  dans les meilleurs des cas, après son approbation par le gouvernement et devra porter principalement sur deux propositions. Celle relative à la réduction du nombre de jours des épreuves du baccalauréat, passant de cinq jours actuellement à 2 jours et demi ou 3 jours et demi.  L’autre, sur le plan pédagogique.  Il est prévu d’instaurer le contrôle continu ou l’évaluation en permanence de l’élève à partir de la deuxième année secondaire englobant toutes les matières sans exception. Il semblerait que les puissants syndicats de l’Education nationale qui eu à dire leur mot sur cette initiative du ministère de l’Education nationale sont favorables à cette réforme. Pour l’heure, la situation délicate que traverse le pays, interpelle sur ce que sera le bac session juin 2019.

 

L’appel des parents d’élèves

Entre marches du Hirak auxquelles participent de nombreux postulants au Bac, des grèves des enseignants et absences des potaches qui sèchent ,souvent  dès le mois d’avril, les cours, de sérieuses questions se posent quant au déroulé de cet examen crucial. A telle enseigne que l’association nationale des parents d’élèves a appelé, dimanche 28 avril, le ministère de l’Education nationale à «réfléchir» à l’organisation d’une deuxième session du baccalauréat pour cette année, et ce compte tenu de la «conjoncture exceptionnelle que traverse le pays ».

Dans un communiqué diffusé ce jour là, l’association a ainsi «exhorté le ministère de l’Education à réfléchir à l’organisation d’une deuxième session du baccalauréat cette année, et ce compte tenu de la conjoncture exceptionnelle que traverse le pays et ses répercussions directes sur le moral des élèves et leur réussite scolaire». L’association a estimé que cette suggestion, si validée, devra «rassurer les parents d’élèves, étant un facteur essentiel qui contribue à l’édification du maillon de coordination entre les partenaires de la communauté éducative et les parents d’élèves qui aspirent à réaliser l’intérêt de l’élève».

Pour sa part, le nouveau  ministre de l’Education nationale, Abdelhakim Belabed a affirmé que les examens nationaux de fin d’année scolaire pour les trois cycles d’enseignement auront lieu aux dates fixées, soit du 29 mai au 20 juin prochain sans souffler mot sur la proposition faite par l’Association des parents d’élèves, relevant  toutefois, que les examens de fin d’années (les trois paliers) «revêtent un caractère particulier, car intervenant dans un contexte sensible qui nécessite la mobilisation et la vigilance de tous pour le traverser en toute sécurité». Vigilance et mobilisation de tous, l’appel lancé par le nouveau locataire du département de l’Education nationale risque de connaître  certains «glissements ».

 

Le « souvenir » de 2016, 2017 et 2018

Le souvenir toujours vivace de la fraude généralisée en 2016, et la session de rattrapage exceptionnelle de 2017, les « fuites » des sujets  du bac 2018, malgré les mesures draconiennes prises par le ministère de l’éducation nationale pour le bon déroulement de l’examen du baccalauréat. Pendant toute la période du bac, l’ex ministre de l’éducation nationale avait prit des mesures drastiques pour empêcher la fraude.

Première mesure qui a fait beaucoup de mal à l’économie nationale, la suspension d’internet pendant la première heure de chaque épreuve, n’a pas n’empêché la fuite des sujets sur les réseaux sociaux, notamment Facebook dès la remise en marche du réseau. Dix minutes (10 min) à peine après la remise en fonction du réseau internet, les sujets de mathématique et de la langue anglaise ont circulé sur Facebook, les deux sujets de langue arabe et de sciences islamiques, scannés et partagés sur le réseau social le premier jour du bac. Le jour d’avant c’était au  sujet de mathématiques d’y être «posté», quelques minutes seulement après sa distribution dans les salles d’examen.

Les autorités qui avaient fournis des efforts,  déployant les grands moyens pour limiter toute forme de triche et de fraude, avec notamment une collaboration avec les opérateurs de téléphonie mobile pour suspendre la connexion internet pendant une heure, et avant chaque épreuve, n’ont rien pu faire devant «le génie» des internautes qui semblaient avoir une longueur d’avance sur tous les plans mis en œuvres par les pouvoirs publics.

D’autres mesures ont été également mises à contribution, telles que l’interdiction au niveau des centres d’examen des Smartphones et autres tablettes, des outils numériques et objets connectés pour éviter le scénario qui avait entaché la session 2016 du bac algérien  caractérisé par une fraude inédite , impliquant des dizaines de personnes. Des sujets avaient fuité sur Facebook.  Les autorités avaient été contraintes d’annuler les épreuves et des dizaines de milliers de candidats avaient dû les repasser. En 2017, les autorités avaient fait couper par les opérateurs l’accès aux réseaux sociaux, mais cela n’avait pas empêché certains d’y accéder.

La session de juin 2019 connaîtra-t-elle des «désordres» liés aux réseaux sociaux et verront-t-elle les mêmes mesures qui ont été appliquées les années précédentes, telles que l’interdiction totale des téléphones, tablettes et autres objets connectés dans les centres d’examen. Mme Benghebrit, alors en poste,  avait appelé, avant le début des épreuves dans un message posté sur son compte Facebook,  les candidats et les candidates à «faire preuve de sérénité et de confiance en soi et rejeter tous les comportements de nature à porter atteinte aux efforts qu’ils ont consentis pour la réussite».  L’appel sera sans doute de nouveau lancé, quelques jours avant l’entame des examens, par le nouveau ministre de l’Education nationale, Abdelhakim Belabed. Sera-t-il entendu par les «bonnes âmes » ? Wait and see !

Mohand Ouarab