Vacances de printemps 2019 : « Ce n’est pas le rush !»

Alors que dans les régions touristiques au nord et au sud du pays, la saison bat son plein, ce n’est pas  les cas dans les grandes villes. A Alger, les parcs d’attraction et les restaurants n’attirent pas grand monde. Dans les grandes villes, en général, les gens semblent préoccupés par une seule chose : faire des stocks de produits alimentaires. 

 

Les établissements scolaires des trois paliers sont en vacances depuis le 21 mars 2019. Les universités ont libéré les étudiants, une semaine auparavant.  Le temps ou les élèves restaient à la maison est aujourd’hui révolu et les parents prennent quelques jours de congé pour profiter eux-aussi du temps libre de leurs enfants. La hausse relative du niveau de vie permet à de nombreuse famille de faire du tourisme. Les parents, souvent des cadres dans les secteurs public ou privé, profitent de ces moments de détente pour faire découvrir à leurs enfants les vestiges historiques, les sites touristiques ou les régions dont ils sont originaires.

Mais ces vacances se préparent longtemps à l’avance. En effet, il faut mettre un peu d’argent de coté, pour pouvoir en profiter le moment venu. Par ailleurs, pour diminuer les dépenses, il faut être  fort ingénieux et trouver la formule la moins onéreuse.  Cette année, les vacances de printemps connaissent une baisse d’activité dans les complexes touristiques des grandes villes où «ce n’est pas le rush» et où les habitants ne semblent pas du tout «avoir la tête à ça».

 

Les agences de voyages mettent les bouchées doubles.

Après une bonne saison réalisée lors des vacances d’hiver, les responsables des agences de voyages se frottent les mains, car les réservations sont nombreuses. Au printemps les familles préfèrent la montagne. Le sud est peu demandé car, c’est la saison des vents de sable.  « Nous avons réalisé un très bon chiffre d’affaire lors des dernières vacances d’hiver. La majorité des habitants du Nord veut découvrir le Sud», dit Hamid Achoui, un guide qui travaille pour un groupement d’agences de voyages. « Pour réussir dans  le tourisme interne,  il faut désormais s’adapter. Des agences du Sud et du Nord travaillent en harmonie. Je m’occupe de tes touristes au Sahara et tu prendras en charges mes  touristes au nord du pays. Les voyages organisés sont en train  d’entrer dans les mœurs des algériens», ajoute notre interlocuteur qui s’apprêtait à accompagner des familles qui vont séjourner à Ghardaïa : «Au printemps, Ghardaïa et le Hoggar accueillent les touristes, car ces deux régions sont protégées des vents, trop nombreux en cette période».

Les agences se rattrapent en organisant des séjours à la montagne. Tikjda est la destination la plus prisée. Des touristes viennent de tous le pays pour découvrir ces montagnes verdoyantes. « Nous n’arrivons pas à satisfaire tout le monde. Tikjda dispose de sites envoutants. Le lac de Goulmine, à lui-seul  mérité le détour », dit Rachid Mahmoudi, le gérant d’une agence de voyage à Bouira. Il loue à l’année des bus auprès d’une entreprise de transport. « Cette destination est très demandée durant toutes les saisons de l’année. En hiver c’est la neige qui  attire les visteurs. En hiver et au printemps, ce sont les adeptes des randonnées qui s’y rendent. En été, ce sont les retraités qui y trouvent la paix et la fraicheur», ajoute notre interlocuteur.

Les montagnes des Aurès ne sont pas en reste. Les gens ont découvert les jardins du Rouffi et la beauté des montagnes de cette région longtemps oubliée par les concepteurs de guides touristiques. « Les touristes qui sont partis le jeudi 22 mars, ont eu l’agréable surprise de trouver la neige en plein moi de mars », se réjouit, Omar Berrached, le gérant de l’agence de voyage Rouffi Tours à Alger. Cet originaire d’Arris a eu des difficultés durant les premières années de son activité.   « Même si je faisais la promotion du tourisme interne, les gens étaient réticents. Pour gagner ma vie j’organisais des séjours en Tunisie et des Omras. Depuis 2015, le tourisme local commence à se développer», explique M. Berrached qui connait bien son secteur d’activité, lui qui était un cadre au ministère du tourisme.

 

Les thermes : tourisme et santé.

Le développement des infrastructures hôtelières au niveau des hammams encourage les familles à profiter des bienfaits des installations thermales.  De nombreuses agences de voyages ont en fait d’ailleurs leur spécialité. « Avec les visiteurs qui optent pour les séjours dans les hammams, nous n’avons jamais de problèmes. Il s’agit de familles cherchant à joindre l’utile à l’Agréable», se réjouit Mohamed Boualyoune,  le gérant de l’agcne de Voyage Hammam Melouane.

Cet investisseur originaire de Khemis Miliana a investit dans ce créneau dès 2010. « Alors que les gens me déconseillaient le projet,  moi j’étais sûr que c’était un vrai filon. Je ne m’en plains pas. Je gagne correctement la vie», explique-t-il. L’Hôtel Melouane, géré par le groupe SIM ne désemplit pas. Ce sont les retraités qui y séjournent. Les couples viennent en voitures ou en groupes pour passer la journée. Les prix sont relativement à la portée des familles au revenu moyen. La cabine avec une grande baignoire se loue à 400 dinars de l’heure. Pour la piscine, il faut compter 1200 dinars de l’heure.  Les visiteurs ne peuvent pas s’attarder dans une eau à 45 degrés. Une heure ou deux, c’est largement suffisant. « Je me plains des rhumatismes. Je viens ici deux fois par mois. Une agence de voyages organisent des excusions tous les samedis. L’eau de hammam Melouane m’est bénéfique. Les douleurs diminuent », témoigne un septuagénaire.

Les hammams situés dans les  autres régions du pays ne désemplissent pas en cette période de vacances. L’Algérie possède des dizaines de thermes aux vertus thérapeutiques avérées. Les algériens commencent à les redécouvrir. La Tunisie n’est plus une destination prisée, surtout en dehors de la saison estivale. « Les gens vont en Tunisie pour profiter de la plage. En Algérie, les femmes ne peuvent pas nager en toute liberté », dit un homme qui loue des appartements à Hammam Meskhoutine dans la Wilaya de Guelma. Il a cessé de travailler depuis qu’il a terminé la construction de sa bâtisse qui compte 5 appartements : « J’arrive à bien vivre des revenus de la location des appartements. Les touristes sont nombreux».

 

Alger : morosité et fièvre acheteuse.

Dans la capitale, les vacances de printemps ne sont  synonymes de réjouissances cette année. Les algérois sont dans l’expectative et préfèrent se montrer prévoyants. Les vraies vacances ce  sera pour l’été. Alors qu’à la campagne, à la montagne ou au sud la saison touristique bat son plein, dans les grandes villes c’est plutôt la morosité qui l’emporte.

Les enfants se retrouvent par petites groupes pour s’adonner à leur passe-temps favori : le jeu. Ils remplissent les jardins publics, les aires de jeu et les ruelles de leurs cris de joie. Les vendeurs de bonbons se frottent les mains en cette période où les enfants sont livrés à eux-mêmes. « Je vends plus de bonbons et de confiseries durant Les vacances scolaires », dit un épicier de Saoula (commune de la banlieue sud d’Alger).  Le Ministère de l‘enseignement supérieur et de la recherche scientifique a décidé de libérer les  plus tôt que prévu. Comme, ils n’ont pas passé tous leurs examens, les étudiants préfèrent leurs  cours pour être à la page à la rentrée. « Ils nous ont libérés avant la fin des examens. Nous allons passer les  épreuves en suspend dès la rentrée », dit une étudiante en pharmacie que nous avons rencontrée à la Bibliothèque nationale d’Alger.

Les patrons des hôtels et des complexes touristiques sont mécontents. Leur chiffre d’affaire a sensiblement diminué. En  période de vacances, les restaurateurs et les hôteliers réalisent des bénéfices non négligeables. La fréquentation du Parc Zoologique de Ben Aknoun est au plus bas. Les gérants des manèges et les restaurateurs sont très inquiets. Les visiteurs sont rares. Ceux qui osent venir, dépensent moins que d’habitude. «En cette période de doute, nous dépensons moins. Personne ne sait de quoi sera fait demain», dit une mère  qui accompagne ses deux enfants qui réclament cette sortie depuis des mois.

Le gérant d’un restaurant est hors de lui. Il est très en colère. Il a recruté deux travailleurs car durant les vacances d’hiver, il avait très bien travaillé. « J’ai renouvelé tout mon matériel et j’ai acheté de nouvelles tables.  Les clients ne sont pas pour autant pas au rendez-vous », s’emporte un restaurateur du parc zoologique. Même les complexes de bord de mer sont désertés par les vacanciers. Il semblerait que le temps n’est pas aux réjouissances. « Toutes mes tables étaient occupées dès 11h par le passé. Cette fois, si je sers 20 couverts à midi, je m’estime heureux », dit Rachid, un chef de rang dans un restaurant à Ain Benian à l’ouest d’Alger.

La seule activité commerciale qui enregistre un regain d’activité ; c’est la vente des produits alimentaires. Les gens sont atteints par la fièvre acheteuse. Ils veulent tous avoirs des stocks de nourriture à la maison, voila pourquoi les liquidités manquent dans les foyers. «Je ne peux pas offrir de vacances à mes enfants. L’argent que j’avais mis de coté, je l’ai dépensé pour acheter des produits alimentaires. En cette période de doute, il faut prendre les devants», dit un père de famille que nous avons rencontré dans une superette à Alger centre.

Djafar Amrane