La rougeole et ses complications : Un seul rempart, la vaccination !

La rougeole est de retour dans quelques pays. Selon des médecins, à cause de la pollution de l’air, de nombreux enfants deviennent asthmatiques, ce qui les prédisposeraient aux complications dues à la rougeole qui peuvent être fatales.

Lundi, 18 mars 2019. Il est 11h. La salle d’attente de la polyclinique de Saoula ne désemplit pas. Il y a surtout des femmes qui accompagnent des enfants en bas âge. En effet, le lundi, il y a la consultation de pédiatrie. «C’est pourquoi, il y a tant de monde aujourd’hui», dit un agent  de sécurité. Les mamans sont inquiètes. Elles sont avec des enfants en bas âge, les grands sont en classe.  « Mon fils a de la fièvre depuis deux jours. Je pense qu’il s’agit d’une grippe », dit une femme à sa voisine. Cette dernière lui conseille  d’éloigner son bébé de tout contact avec  d’autres enfants. La rougeole est de retour. «Mon fils vient de s’en remettre», précise la voisine. Cette dernière est venue bien équipée. Elle tient à la main un flacon en plastic qui contient un gel désinfectant. « Je fais très attention. J’essuie  les mains de mes enfants avec cette solution plusieurs fois quand nous sommes dehors. Dès que nous rentrons à la maison, je les change et mets leurs habits dans la machine à laver », conseille-t-elle.

La rougeole est la maladie qui fait peur aux consultantes. Toutes veulent être sures que leurs enfants ne sont pas contaminées. « J’ai  peur que ma fille soit touchée par la rougeole », s’adresse une dame  à l’infirmière que tout le monde connait. « Non, c’est juste une petite grippe apparemment »,  répond l’infirmière qui vient de voir le bébé emmitouflé dans une couverture. « N’ayez crainte, la rougeole n’est pas une maladie grave quand elle est bien soignée. En plus, vous savez que tous les jeudis nous vaccinons les enfants contre la rougeole », dit l’infirmière à haute voix, de telle sorte à ce que tout le monde l’entende. Avant de rejoindre son bureau, elle lance : « même si c’est gratuit les gens refusent de vacciner leurs enfants ».

La pharmacie située à deux cent mètres de la polyclinique est envahie de malades chroniques venus dans la majorité des cas pour récupérer leurs quotas trimestriels de médicaments. Le pharmacien s’avoue impuissant devant certaines demandes de parents d’enfants en bas âge : « Ils me demandent un vaccin contre la rougeole mais qui ne serait pas dangereux pour leurs enfants. J’ai beau les rassurer quant à la qualité des produits injectés dans les polyacides, ils refusent de me croire et ils repartent avec des médicaments contre la fièvre ».

 

Une maladie contagieuse

Considérée comme une pathologie dont on ne peut se prémunir, ou mieux encore, indispensable pour booster le système immunitaire, la rougeole fait chaque année de très nombreuses victimes. Ce sont les enfants en bas âge et surtout les bébés de moins de six mois qui payent un  lourd tribut. La rougeole est la fièvre éruptive qui atteint le plus grand nombre d’enfants dans le monde. Ses complications, rares dans les pays occidentaux, sont fréquentes dans les pays du  tiers monde et sont responsables d’une très lourde mortalité. Elle est liée à un paramyxovirus. Elle sévit sous forme d’épidémies en hiver et au printemps dans les pays tempérés. Les enfants de moins de 6 mois sont en général protégés par les anticorps de leur mère (si elle a eu la rougeole ou si elle a été vaccinée). La contamination s’effectue par la propulsion des gouttelettes de salives des sujets infectés. Le malade est contagieux quatre jours avant l’éruption. Le virus disparaît du sang 4 jours après le début de l’éruption.

Le nombre d’enfants qui meurent chaque année ne cesse d’augmenter.  L’Organisation Mondiale de la Santé a fini par tirer la sonnette d’alarme avant d’arrêter un vaste programme d’action axer sur la vaccination. La situation est jugée critique. Si dans les pays en voie de développement, les campagnes de vaccination, sponsorisées le plus souvent par des mécènes, ont fait reculer la mortalité infantile, c’est dans les pays occidentaux que des parents affichent un refus catégorique. Ils évoquent les graves risques que les vaccins font courir à leurs enfants.  Comme pour narguer les responsables de la santé, les mêmes parents organisent des séances de contaminations. Ils réunissent des enfants sains avec ceux qui ont développés la rougeole. « J’ai ramené mon bébé de 6 mois. Il n’a pas encore la rougeole. J’espère que cette fois, il l’attrapera. Il va avoir la fièvre durant une semaine. Grace aux médicaments, il ne développera aucune complication. Après quoi ; il sera immunisé à vie contre la rougeole. C’est plus pratique que le vaccin », dit une dame interrogée par la télévision Belge.  Dans ces pays où les populations sont protégées par des programmes de santé fiables, les parents réclament des vaccins sans aucun effet secondaire.

En Algérie des cas de rougeole compliqués ont été recensés à travers plusieurs willayas du pays. En 2017 et 2018, des parents ont eux-aussi refusé la vaccination de leurs enfants et ils ont « fortement » rué dans les brancards quand des équipes médicales ont voulu vacciner les élèves dans les écoles. Ce sont les informations véhiculées par les médias étrangers qui ont poussé nombre de parents « récalcitrants» à refuser de faire vacciner leurs enfants contre la rougeole. «Les européens ne refusent pas les vaccins pour rien. Ils doivent savoir qu’ils représentent un danger pour leurs enfants. Dans le doute s’abstenir », dit une dame que nous avons rencontrée dans la polyclinique de saoula.

Le directeur de la prévention au ministère de la Santé, M. Djamel Fourar, a fait un état de la situation épidémiologique en Algérie lors de son passage dans l’émission dédiée à la santé de la télévision Ennahar le 5 janvier 2019. Il a révélé qu’en 2018,   27 700 cas de rougeole ont été recensés, contre, respectivement, 20 000 et 19 000, en 1997 et 1996. Il regrette aussi qu’il y ait eu  « 18 décès  à raison de 4 à Ouargla, 5 à Relizane, 2 à Msila, 2 autres à Biskra, 4 à Tamanrasset, et un décès à El-Bayad ».  Pour rappel, les médecins ne cessent d’inciter les parents à faire vacciner leurs enfants.

 

La prévention comme seul rempart

Cette fois aussi, c’est la prévention qui est mise en avant par les pédiatres et les infectiologies que nous avons contactés. Justement, selon les spécialistes, la rougeole n’est plus une pathologie à prendre à la légère. « Aujourd’hui que l’environnement est pollué, de nombreux nourrissons et jeunes enfants sont asthmatiques. Quand ils ont la rougeole, ils peuvent développer des pneumonies », dit le docteur Salhi Abdelkader, un pédiatre installé dans le privé à Alger centre. Le même médecin tient à mettre l’accent sur la gravité de cette maladie. « Elle peut  se compliquer, en particulier chez des nourrissons. C’est tout d’abord une pneumonie en rapport avec une surinfection par une bactérie. Il s’agit d’une infection grave du poumon qui peut conduire le malade en réanimation », insiste t-il
« C’est ensuite un risque d’infection virale du cerveau (« encéphalite ») avec des atteintes de l’œil qui peuvent conduire jusqu’à la cécité. Ces complications peuvent entraîner le décès et donner des séquelles pulmonaires et neurologiques à vie. Les parents doivent réagir dès les premiers signes (fièvre une toux les yeux rouges et le nez qui coule). L’éruption cutanée caractéristique arrive de façon brutale mais au 15e jour après la contagion », ajoute t-il,

La rougeole est devenue une maladie à déclaration obligatoire. Les médecins sont en effet dans l’obligation d’aviser les services de santé publique quand ils diagnostiquent un ou plusieurs cas. Le signalement rapide et la confirmation biologique (tests salivaires disponibles auprès de votre ARS) permettent la mise en place rapide des mesures visant à limiter l’extension de la maladie.

Le virus de la rougeole est un virus qui n’aime pas la chaleur, (il meurt après trente minutes passées au-dessus de 60 degrés). Il est aussi détruit par l’alcool à 70%. Mais, comme il est transmis lors d’une simple conversation, en cas de toux ou d’éternuement, il est possible de l’attraper assez facilement au contact d’une personne infectée.

Pour le moment la vaccination est la meilleures des protections. Très efficace, la vaccination est contre-indiquée aux personnes allergiques au jaune d’œuf et aux immunodépressifs (baisse du taux globules blancs et de plaquettes dans le sang). Même si certains parents évoquent le danger de l’aluminium présent dans le vaccin, il n’en demeure pas moins qu’il demeure la meilleure parade  contr cette maladie.  « Comme tout produit médicale, le vaccin contre la rougeole a des effets secondaires parfois dangereux, mais dans des cas rarissime. Quand on voit le service médical rendu, à savoir plus de 98% de protection, nous devons opter pour cette solution les yeux fermés. Oui, il y a de l’aluminium dans le vaccin, mais dans d’infimes proportions », déclare Dr Brahimi Ali, membre de l’agence nationale du médicament.

Djafar Amrane