Nouveau marche de Bab El oued : Marchands et clients se plaignent !

L’espace de vente est très important par rapport  à l’ancien marché des Trois Horloges et le nombre de vendeurs a plus que doublé, mais les marchands qui y officient se plaignent du manque de clients. En Effet, ces derniers se font assez rares et certains disent qu’ils n’arrivent pas à s’orienter dans «ce véritable labyrinthe».

 

 

Le nouveau marché de Bab El Oued ne draine pas encore les grandes foules. C’est du moins ce dont se plaignent les marchands qui y ont des étals. Ils parlent d’une baisse de chiffres d’affaires.

Situé dans une partie du Parking Saïd Touati, au quartier de Climat-de-France, l’espace de vente s’étale sur 4 étages. Les vendeurs qui ont des étals au dernier niveau et au rez-de-chaussée souffrent moins. Les clients font leurs emplettes chez les commerçants les plus accessibles. Ce sont les poissonniers qui occupent le rez-de-chaussée qui a une entrée par la rue Rachid Kouache. Les personnes âgées, les handicapés, les femmes et les personnes malades préfèrent cet espace de plain-pied.

«Je n’aime pas les étages. J’ai 70 ans et je ne peux pas monter. Les escaliers me fatiguent vite», dit un retraité des chemins de fer. Il n’est pas un amateur inconditionnel du poisson, mais il arrive à trouver ce qu’il cherche auprès des quelques vendeurs de fruits et légumes dont les étals sont reclus.

«Les clients qui ne connaissent pas les lieux passent à coté et montent au 2e étage pour acheter les fruits et légumes», ajoute le retraité des chemins de fer.

La majorité des clients se plaint de la fermeture de l’ancien espace de vente et du fait que le nouveau marché est excentré et n’offre pas toutes les commodités.

«Je vis toujours au quartier des Trois horloges. Le marché de Bab El Oued fait partie de la culture algéroise. Les clients viennent de partout», affirme aâmi Lakhdar un retraité de la police.

«J’ai un pincement au cœur à chaque fois que je passe devant l’ancien marché aujourd’hui clôturé avec des tôles en aluminium», ajoute t-il.

Ce n’est donc pas d’un simple bazar dont il s’agit. C’est aussi un lieu de convivialité et de rencontre pour les Algérois.

«C’est au marché qu’on venait prendre les nouvelles. On savait par exemple s‘il y avait un  décès et quand c’était un ami on assistait à l’enterrement», dit cette fois aâmi Boualem, bon pied, bon œil en dépit de ses 88 printemps.

 

Un labyrinthe froid et sans vie.  

Vendredi. 8 mars 2019. Une grande foule envahit le nouveau marché. Les places de stationnement sont très rares dans toutes les rues et ruelles des alentours. Il est difficile de se frayer un chemin parmi les nombreux acheteurs.

Ces derniers sont venus pour réaliser une  véritable razzia. Les vendeurs ne savent  plus quel client ils doivent servir en premier. Des queues se forment devant  des étals bien achalandés. C’est en grandes quantités que les Algérois achètent ce matin.

«J’habite à la place du 1er mai. Chez nous les prix pratiqués sont  toujours à un niveau élevé. C’est la première fois que je reviens à Bab El Oued depuis le mois de novembre dernier», dit un quinquagénaire qui arrive à se déplacer difficilement en soulevant deux couffins bien remplis et évidemment lourds.

Les marchands sont surpris et étonnés de cette affluence exceptionnelle.

«N’allez pas croire que tous les vendredis c’est ainsi. Les gens ont peur de la grève annoncée pour dimanche prochain, c’est pourquoi ils font des provisions», dit Ferhat, un habitant de Bab El oued.

«C’est une affluence exceptionnelle et non habituelle pour un vendredi», ajoute Ferhat qui dit regretter ses anciens voisins.

«Les responsables de la wilaya d’Alger auraient du prendre en considération les affinités qui existent entre les commerçants. Je me demande pourquoi, ils ont séparé les amis de longue date en donnant les étals au hasard».

Mokhtar est hors de lui. Voila plus de 40 ans qu’il est vendeur de fruits et légumes. Il compte s’arrêter bientôt pour profiter d’une maigre retraite. C’est une petite boutique qui lui a été attribuée et il soulève un autre problème : «Au dernier étage qui a un accès facile à partir du boulevard Saïd Touati, les étaliers vendent un peu. Par contre tous les autres commerçants des autres étages inférieurs souffrent le martyr ».

Il regrette aussi que les anciens vendeurs soient presque tous installés aux niveaux inférieurs.

Justement, aux étages inférieurs le manque de lumière oblige les commerçants à s’éclairer tout le temps. Ce n’est pas leur seul souci aussi. Comme l’accès à leurs magasins nécessite une véritable gymnastique, ils ne travaillent presque plus.

«Je me perdais dans les dédales du marché les premiers temps. Je n’arrivais pas à m’orienter. Les clients aussi sont confrontés à ce problème, alors ils achètent en haut», dit Abdenacer un vendeur de fruits et légumes.

Il y aussi certains vendeurs qui ruent dans les brancards. Il s’agit des bénéficiaires de magasins dans les étages inférieurs. Ils dénoncent l’injustice dont ils ont fait l’objet.

«Je travaille comme vendeur depuis plus de 35 ans. Je ne sais vendre que les fruits et légumes, mais on m’a attribué une petite boutique dans un endroit où les clients sont très rares», s’emporte-t-il.  Son voisin ne mâche pas ses mots non plus : «Nous autres vendeurs titulaires d’un registre de commerce sommes marginalisés. Les vendeurs qui activaient dans l’informel sont mieux lotis. 80% d’entre-deux occupent des étals au dernier étage».

Les clients pour leur part méconnaissent les arcanes du marché. Ils font leurs emplettes là où cela les arrange. «Pour accéder à cet espace de vente, je n’ai aucun escalier à emprunter, alors pourquoi je vais chercher ailleurs ce que je trouve ici», dit une dame qui habite à Oued Koriche, une commune limitrophe. «Ici au marché nous sommes à Bab El Oued et de l’autre coté c’est Oued Koriche. J’habite dans les cités en face  et je suis à 100 mètres du marché», ajoute la même interlocutrice.

«Les commerçants algériens méconnaissent les méthode de travail modernes. Ils continuent  à compter sur les pouvoirs publics pour leur régler tous les problèmes. Les vendeurs doivent trouver eux mêmes des solutions pour attirer les clients», dit Boulenouar El Hadj Tahar, Président de l’Association Nationale des Commerçants et Artisans Algériens (ANCAA).

Il se veut plus précis : «Ils auraient pu s’organiser et lancer une campagne publicitaire sur les journaux. Ils auraient ainsi informé leurs clients sur le changement d’adresse et attirer de nouveaux clients. Si chaque commerçant avait versé 5000 dinars, ils auraient marqué un grand coup médiatique». Contrairement aux étaliers du nouveau marché, il trouve que le nouvel espace de vente est de loin meilleur que l’ancien marché qui tombe en ruines.

«Il y a plus d’espaces et les conditions de travail que nous avons à présent sont meilleures que dans l’ancien marché. L’endroit est bien aéré aussi et il n’y a pas les mauvaise odeurs qui ont toujours caractérisé le marché des Trois horloges», dit-il encore.

Il estime que le nouveau marché n’a que des avantages, puisque, un atout en plus, les riverains ne sont pas incommodés.

«Pour attirer les clients, les vendeurs doivent redoubler d’efforts en pratiquant par exemple des prix raisonnables. Mieux encore, l’endroit est propre et les vendeurs ont à leurs disposition toutes les commodités», conclue t’il son intervention.

Un responsable de la wilaya d’Alger qui a tenu à garder l’anonymat est catégorique : «L’ancien marché était un danger pour les vendeurs et les clients. Voila pourquoi sa fermeture a été décidée».

Les riverains de l’ancien marché, eux, ne cachent par leur joie. Ils affirment mieux vivre depuis que les vendeurs ont été installés dans le nouvel espace.

«Vous ne pourrez jamais imaginer la paix et la quiétude dans lesquelles nous vivons à présent. Nous ne sommes plus réveillés aux aurores et ne dormons plus à des heures tardives», dit une retraitée de PTT. Les alentours du vieux marché sont propres et toutes les rues sont ouvertes à la circulation.

«Même les ambulances ne pouvaient pas passer par le passé. Quand nous avions des décès, nous devions transporter les cercueils sur nos épaules jusqu’au grand Boulevard», se réjouit un enseignant dans  secondaire.

Pour le moment, l’ancien marché est fermé. Une clôture a été dressée tout autour. Selon  des rumeurs, il sera transformé en jardin public. Cette option séduit les riverains dont les enfants n’ont pas où jouer.

D’autres sources évoquent la construction d’une bouche de métro à l’endroit même de l’ancien marché. Cela permettra aux usagers de faire leurs emplettes dans les magasins qui seront installés en surface. Il s’agit pour le moment juste de solutions proposées par les différentes administrations de la wilaya d’Alger et de la commune de Bab EL oued.

Djafar Amrane