Levée d’interdiction d’importation de plusieurs produits : Les craintes des professionnels

Les marchandises et produits soumis à la suspension provisoire à l’importation en 2018 sont aujourd’hui, libres à l’importation. Seulement, un droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) leur a été imposé. Ce nouveau dispositif de substitution aux restrictions à l’importation a pourtant, suscité des craintes chez les professionnels et les consommateurs.

 

Certains jugent que cette mesure va vite d’atteindre ses limites. Outre la flambée des prix des produits importés, elle risque justement d’avoir un effet d’entraînement sur ceux produits localement.

La publication en fin janvier dernier, de la liste des 1 095 produits assujettis au droit additionnel provisoire de sauvegarde met fin aux restrictions d’importation mises en place depuis janvier 2018. Allant de 30 à 200%, cet arsenal fiscal vise à réduire la facture annuelle des importations, à encourager la production nationale et à booster les industries locales. Toujours est-il, l’Association nationale des commerçants et artisan algériens n’exclue pas un impact négatif sur le marché national.

Même si elle considère que la levée d’interdiction à l’importation des produits soumis à la suspension provisoire à l’importation durant l’année 2018, est «une bonne chose», elle qualifie toutefois, la taxe additionnelle appliquée d’«exagérée». «Nous sommes contre l’imposition de taxes excessivement élevées qui peuvent se répercuter négativement sur le marché algérien», affirme son président, Hadj Tahar Boulenouar.

Selon lui, l’imposition de cette taxe supplémentaire sur le produit importé va automatiquement se répercuter sur son prix. «Les produits provenant de l’importation connaîtront ainsi une augmentation de prix d’autant plus que la production nationale n’est pas suffisante et ne peut répondre à la demande nationale exprimée», explique-t-il.

L’application de ces taxes «élevées» à l’importation poursuit-il, va également créer le monopole sur le marché extérieur. «Beaucoup d’importateurs ne pourront pas faire face à ces taxes et vont abandonner cette activité», fait-il remarquer.

Ainsi l’objectif qui était de réduire l’importation explique-t-il encore, provoquera plutôt la baisse du nombre des importateurs qui mènera vers la création d’un monopole aux mains d’un groupe réduit d’importateurs et donc de la spéculation.

Le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL), Ali Bey Nasri, qualifie pour sa part, l’imposition de taxe additionnelle équivalente à 200% à tous type de ciment d’«inutile» puisque non seulement, ce produit couvre le marché national mais il est aussi exporté. Il précise ainsi que le l’Algérie exporte le ciment à des prix compétitifs soit, à 50 dollars la tonne alors que les cours à l’international, avoisinent les 80 dollars.

Ali Bey Nasri considère que passer d’un taux de 30% à 200% est «négatif» pour notre pays au risque de voir ses partenaires appliquer la règle de réciprocité. «Si l’on applique un droit additionnel provisoire de sauvegarde à 200%, les autres pays vers lesquels l’Algérie exportera son ciment risquent aussi d’imposer le même taux», explique-t-il.

Pour lui, laisser uniquement les droits de douane à 30% est largement suffisant pour protéger la production nationale.

Moins alarmiste, le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (APOCE), Mustapha Zebdi, reconnait que la surtaxation des produits importés entrainera automatiquement des hausses des prix mais sans affecter les consommateurs. «Durant l’interdiction de ces produits, le consommateur a pu s’en passer», explique-t-il. Toutefois, il espère que la levée de leur interdiction à l’importation conduira à stabiliser les prix sur le marché local rappelant que nombre de producteurs nationaux ont saisi l’occasion de cette interdiction pour augmenter les prix de leurs produits.

S’agissant de la liste des produits soumis au  DAPS, Mustapha Zebdi n’a pas manqué de soulever quelques «injustices» dans la taxation des produits importés. Selon lui, certains produits taxés à 70% devraient être soumis à une taxe plus importante. Il cite l’exemple des eaux minérales dont la taxe additionnelle reste «insuffisante» et «profite aux producteurs étrangers».

«Nous avons une production suffisante pour satisfaire les besoins locaux sans oublier certains projets de production d’eau minérale actuellement bloqués», note-t-il.

Il évoque en outre, d’autres produits jugés «trop taxés» tels que les fruits secs dont le DAPS est à 120% «alors que la production locale est quasiment inexistante pour ces produits». Idem pour le chocolat soumis à 70% de taxe pourtant «la production locale reste minime».

 

Les importateurs désemparés

Le président de la commission nationale des opérateurs des équipements électriques et d’éclairage, affiliée à l’Association nationale des commerçants et artisan algériens, Hocine Merabti, déplore que des produits de son secteur soient aujourd’hui, soumis à une taxe de 127%. «Ce sont des produits qui ne sont pas fabriqués en Algérie à l’exemple des spots led qui pourtant préconisés pour l’économie de l’énergie, prônée par les pouvoirs publics», dit-il.

Même déception chez le représentant des opérateurs et importateurs de meubles et dérivés de bois, Djaber Bensdira, qui reste perplexe devant la démarche adoptée par l’Etat. «Je ne comprends pas comment l’Etat impose une taxe additionnelle de 127% à un produit dont son industrie n’est pas du tout développée en Algérie», dit-il.

Assurant que les importateurs de son secteur sont prêts à se convertir en producteurs, il rappelle à cet effet, le projet d’une ville industrielle pour les meubles prévu dans la wilaya de Boumerdes, qui va engendrer dix mille postes de travail.

En attendant sa concrétisation, le représentant des opérateurs et importateurs de meubles et dérivés de bois suggère à ce que le produit semi-fabriqué soit soumis une taxe réduite afin dit-il, «d’encourager les industriels».

 

La banane, la surprenante exception ! 

Exonérée de la taxe additionnelle, la banane a suscité l’indignation chez l’Association nationale des commerçants et artisans algériens. Selon son président, ce produit doit être taxé. «Nous demandons à ce que la banane soit elle aussi, soumise à cette taxe additionnelle d’autant plus qu’elle porte préjudice à la production nationale de fruits», dit-il.

Boulenouar affiche son incompréhension quant à la considération de la banane comme un produit régulateur. Pour lui, un produit régulateur doit être un produit local. «Comment désigner un produit comme régulateur du marché alors qu’il est importé? », s’interroge-t-il.

Rappelant que l »importation de la banane s’élève annuellement entre 150 et 200 millions de dollars, il précise que ce créneau est aujourd’hui, monopolisé par huit importateurs qui approvisionnent l’Algérie annuellement, avec plus de 200 millions de tonnes de ce fruit exotique. Une quantité qu’il qualifie d’«énorme».

 

Pour une révision à la baisse de la taxe additionnelle

L’Association nationale des commerçants et artisans algériens ne cesse de plaider pour la révision des taux du droit additionnel provisoire de sauvegarde. Pour elle, la décision de cette taxe a été prise dans la précipitation sans aucune concertation avec les opérateurs économiques.

«Nous souhaitons une révision à la baisse du taux de la taxe additionnelle jusqu’à 30%, mais nous souhaitons également que la liste des produits importés soit elle aussi, revue notamment pour certains produits qui n’ont pas été touchés par cette taxe», insiste Hadj Tahar Boulenouar.

N’adhérant pas au taux du droit additionnel provisoire de sauvegarde appliqué, il assure que cette taxe va non seulement entraver l’investissement mais aussi agrandir l’écart entre l’offre et la demande ce qui provoquera l’augmentation des prix et donc affecter le pouvoir d’achat du citoyen.

Il déplore à cet effet, que plusieurs produits importés qui ne sont pas du tout fabriqués en Algérie ou bien produits à faibles quantités, soient taxés à plus de 60% alors que d’autres dont la fabrication locale existe, tels que les produits d’hygiène corporelle et les détergeants sont soumis à une taxe qui ne dépasse pas les 40%.

Katia Sari

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire