La peste des petits ruminants : Les éleveurs en « alerte rouge»

6000 cas de pestes des petits ruminants ont été diagnostiqués dans les wilayas où sévit cette épizootie. 250 000 doses de vaccins ont été importées. Les éleveurs ruent dans les brancards car ils enregistrent de grosses pertes financières. Les consommateurs boudent la viande ovine…

La peste des petits ruminants (PPR), également connue sous le nom de « peste caprine », est une maladie virale des caprins et des ovins qui se caractérise par de la fièvre, des lésions buccales, de la diarrhée, une pneumonie. Elle n’est pas mortelle si elle est soignée à temps. La maladie est causée par un virus du genre morbillivirus (famille des paramyxovirus), qui est apparenté à celui de la peste bovine, de la rougeole et de la maladie de Carré. Elle est présente dans une bande qui s’étend en Afrique entre l’équateur et le Sahara. La peste des petits ruminants a été signalée pour la première fois en Chine en 2007. Elle a gagné l’Afrique du Nord et a atteint le Maroc pour la première fois en 2008. Les animaux infectés excrètent le virus par les larmes, les sécrétions nasales, les expectorations et les matières fécales. La maladie se propage par contact étroit entre animaux, notamment par inhalation de fines gouttelettes libérées dans l’air par la toux et les éternuements des animaux infectés. Par contre cette maladie n’affecte pas l’homme, car le virus est détruit par la cuisson de la viande.

Cette pathologie jamais connue par le passé en Algérie a été diagnostiquée dès la fin du mois de novembre 2018, dans plusieurs foyers à travers 13 wilayas du pays : El Tarf, Guelma, Mila, Tizi-Ouzou, Tébessa, Djelfa, Laghouat, Khenchela, El Bayadh, Mostaganem, Oran, Tiaret et à Naâma. Depuis les choses évoluent à une cadence que les éleveurs jugent lente. Selon des chiffres avancés par le département de l’agriculture, du développement rural et de la pêche ; 6000 cas avérés de peste des petits ruminants ont été relevés dans les différentes wilayas touchées par cette épizootie.

 

Les éleveurs en colère

Les éleveurs de moutons sont dans la tourmente. Ils n’arrivent plus à vendre leurs animaux, car cela est interdit par décision des walis. Ces mesures sanitaires ont été prises dès le début du mois de décembre dernier. Il s’agissait d’une réaction visant à limiter la propagation de la maladie de la peste des petits ruminants. La fermeture des marchés à bestiaux, l’isolement des animaux atteints et la distribution aux éleveurs de désinfectants ; sont les premières mesures arrêtées par les services vétérinaires. Des équipes de vétérinaires ont sillonné les wilayas concernées par cette épidémie pour faire le constat sur l’étendue du mal. Les éleveurs des wilayas des hauts plateaux où la maladie est le plus répandue, sont très remontés contre les autorités locales et mêmes nationales. Ils estiment qu’ils sont livrés à eux-mêmes. « Nous n’avons reçu aucune aide depuis l’apparition des premiers cas. Les services vétérinaires ne sont intervenus que pour diagnostiquer les cas de pestes des petits ruminants. Les moutons malades ont été abattus et le reste du cheptel mis en quarantaine », se plaint un éleveur d’Ain Ouassara dans la wilaya de Djelfa. Voila presque trois mois qu’il n’arrive plus à vendre ces bêtes. « Mes animaux consomment des aliments pour bétail dont les prix ne cessent d’augmenter. Un quintal d’orge vaut 4000 dinars et une botte de foin coute 500 dinars. Comme je ne vends plus mes bêtes, j’enregistre des pertes sèches», ajoute- t-il. Cette situation sanctionne même les éleveurs dont le cheptel est sain. « Je ne comprends pas la généralisation des mesures de confinement. Mes animaux sont sains et ne portent aucun virus. Je suis obligé malgré tout de ne pas les vendre. Même ceux arrivés à l’âge de l’abattage je dois les garder confinés. Je continue à nourrir mes bêtes. Cela me revient cher et en contrepartie je n’ai aucune rentrée d’argent. Cela me sanctionne au vrai sens du mot », dit un éleveur de Ksar Chellalla dans la wilaya de Tiaret. Les bouchers qui travaillent dans ces wilayas sont très en colère. Ils sont obligés de fermer leurs magasins, car il n’y a pas de viande à vendre. « Le comptable est entrain de faire le bilan de mes activités pour l’exercice 2018. Les services des impôts ne vont pas prendre en considération la situation catastrophique que nous traversons. Nous serons imposée comme

si notre exercice était excellent », dit un boucher de la ville de Djelfa.

La viande à 1800 dinars

Les bouchers enregistrent ces derniers une baisse de leurs chiffres d’affaires. La viande ovine très consommée dans la majorité des wilayas du pays est boudée par les consommateurs depuis presque deux mois. Les étals sont ainsi vides. Les clients se font rares et ceux qui osent franchir les portes des boucheries achètent plutôt de la viande bovine. « La viande de bœuf est plus indiquée pour la santé. Elle contient peu de cholestérol, c’est pourquoi je ne consomme que de la viande bovine », dit une dame que nous avons abordée dans un étal de Bab El oued le vendredi 1er février 2018. Elle n’est pas la seule dans ce cas. De nombreux clients préfèrent se passer de viande en cette période de doute. Ils évoquent de nombreuses raisons. Les uns avancent des arguments économiques et d’autres des thèses relatives à la santé. « La viande ovine est très nocive pour la santé. Elle contient beaucoup de cholestérol.

Sa consommation habituelle est la cause des nombreuses pathologies cardiaque », confirme le Docteur Ali Moussaoui un spécialiste en chirurgie thoracique. En réalité, la majorité des gens se cachent derrière la thèse relative à l’hygiène alimentaire pour justifier pourquoi ils boudent la viande ovine, la vraie raison réside dans le volet économique : elle est devenue inabordable ces derniers temps.

« La viande ovine est devenue rare. Les grossistes vendent de petites quantités. Même aux abattoirs des Annassers, le nombre de moutons abattus ne cesse de diminuer. Comme l’offre baisse, les prix augmentent », explique un boucher d’Alger centre. Il ajoute : « Je vendais plus de 20 moutons par jour. Depuis le mois de décembre dernier, si je vends trois moutons, je m’estime heureux ». « Depuis l’apparition de la peste des petits ruminants, les services vétérinaires ont procédé à la fermeture des marchés de bétail dans les wilayas des hauts plateaux où sévit la maladie » explique le même boucher. Du coup, les prix ne cessent d’augmenter. Le kilogramme de la viande ovine a atteint les 1700 voire 1800 dinars dans certaines boucheries de la capitale. Cette situation inédite a poussé de nombreux propriétaire de boucherie à fermer leurs boutiques. Il s’agit d’un chômage technique contre lequel aucun n’est assuré. « J’ai fermé mon magasin en réalité pour diminuer les pertes. Je ne vends presque plus de viande. En ouvrant je consomme beaucoup d’électricité car le moteur de la chambre froide est gourmant en énergie », dit un boucher qui possède à magasin au quartier du Telemly sur les hauteurs d’Alger. Par contre les vendeurs de volaille

se frottent les mains. Ils n’arrivent pas à satisfaire les nombreux clients qui viennent chez eux. « Le prix du poulet est relativement cher mais cela ne décourage pas les consommateurs. Les clients sont de plus en plus nombreux », dit un volailler de Birkhadem. Les amateurs des viandes blanches n’arrivent pas à comprendre ce revirement des consommateurs. « Je trouvais facilement de la volaille à bon prix. Depuis deux mois les prix augmentent mais cela ne me décourage pas », dit une dame qui respecte un régime pauvre en protéines.

Les vaccins enfin disponibles

Promis dès l’apparition des premiers cas de la maladie de la peste des petits ruminants, les vaccins ont mis du temps avant d’arriver dans les wilayas concernées. Un premier lot de 250 000 doses de vaccins est réceptionné par les services vétérinaires au début du mois de février. Les vaccins ne seront administrés que dans une semaine. Ils vaccins doivent être analysés et contrôler auparavant. Cette lenteur est décriée par les éleveurs, mais justifiée par les vétérinaires. « Les laboratoires qui produisent les vaccins destinés à la médecine vétérinaire ne sont pas nombreux. Il faut arriver à en trouver un de disponible à élaborer les vaccins dont nous avons besoin et ce n’est pas une chose facile. Les vaccins sont en Algérie et ils seront bientôt administrés aux animaux », dit une vétérinaire de la wilaya de Médéa. En plus des vaccins, les vétérinaires ont administré des traitements d’appoint pour diminuer la mortalité.

Selon des sources du Ministère de l’Agriculture, les retards ont été enregistrés car le diagnostic n’a pas été facile. « Comme cette maladie n’a jamais été signalée en Algérie, il a fallu envoyer les prélèvements à des laboratoires étrangers. Cela a nécessité plus de 20

jours pour que la pathologie soit désignée. Ce n’est qu’après que les vaccins ont été commandés », dit un vétérinaire du Ministère de l’agriculture . Il affirme en outre : « Je

comprends les éleveurs, mais nous en tant que praticiens nous travaillons de manière scientifique. Avant un diagnostic précis, nous ne pouvions rien faire ».

Djafar Amrane