Commerce : Washington et Pékin envoient des signaux positifs

Les États-Unis et la Chine ont émis la semaine passée des signaux encourageants sur leurs négociations commerciales, mais les doutes persistent sur leur capacité à nouer un accord aussi ambitieux que le veut Donald Trump.

A l’issue de deux jours de pourparlers à Washington, le président américain a estimé que «d’énormes progrès» avaient été réalisés. La délégation chinoise a de son côté évoqué des discussions « sincères, précises et fructueuses ».

Pékin a en outre d’ores et déjà accepté d’accroître ses importations de « produits agricoles américains, de produits énergétiques, de biens industriels manufacturés et de services », preuve que le géant asiatique est disposé à ouvrir davantage son marché, une des conditions posées par l’administration Trump pour signer un accord.

Plus important encore, le locataire de la Maison-Blanche a annoncé une rencontre, «dans un avenir proche», avec son homologue chinois Xi Jinping pour régler « certains des points les plus difficiles ».

«La perspective d’une rencontre Trump-Xi augmente considérablement les chances d’un accord qui donnerait aux États-Unis au moins une victoire partielle, qui permettrait de réduire les tensions et préparerait le terrain à des négociations ultérieures sur les problématiques de long terme», commente Eswar Prasad, professeur de politique commerciale à l’Université de Cornell et spécialiste de la Chine.

 

Vers un accord parcellaire ?

Face à l’échéance particulièrement courte qui a été fixée par les deux présidents pour trouver un consensus – 90 jours, soit d’ici le 1er mars – les experts s’accordent à penser que seul un accord partiel, portant sur des mesures immédiates, est sérieusement envisageable.

Car la feuille de route des Américains est ambitieuse : la Chine doit mettre fin à ses pratiques jugées déloyales, telles que le transfert forcé de technologies américaines, le « vol » de la propriété intellectuelle américaine, le piratage informatique ainsi que les subventions massives accordées aux entreprises chinoises d’État pour en faire des champions nationaux.

Bien que Donald Trump ait martelé cette semaine qu’il comptait signer un « vrai accord » portant sur tous ces points litigieux, Washington risque de se heurter aux ambitions de son partenaire chinois dont le plan « Fabriqué en Chine 2025 » (Made in China 2025), lancé en 2015, a été conçu pour hisser le pays au rang de leader mondial des hautes technologies du futur comme l’intelligence artificielle ou les véhicules à énergie nouvelle.

Satisfaire les demandes américaines reviendrait

économique et à diminuer le rôle de l’État dans son économie, impensable aux yeux d’experts occidentaux.

«Le gouvernement chinois a identifié une palette entière d’industries qui sont stratégiquement importantes et il entend utiliser toutes les ressources de l’État pour s’assurer que les entreprises chinoises excellent et deviennent les leaders dans leur domaine», abonde la Chambre de commerce américaine en Chine.

 

Exigences insurmontables ?

Pourtant, certains spécialistes chinois jugent que les exigences de Trump ne sont pas si insurmontables que cela.

«Comparée aux demandes venant de diverses parties aux États-Unis, la liste de réformes structurelles [demandées par Donald Trump] est seulement un plan d’action minimal», pense ainsi Wu Qiang, professeur en sciences politiques à l’Université de Tsinghua.

Selon lui, ces conditions font même pâle figure au côté d’exhortations à respecter la liberté de la presse et de la communication, à développer le droit du travail ou encore à assurer la liberté d’internet.

Si bien que M. Wu estime que les deux pays seront en mesure de nouer un accord, au moins un traité préliminaire.

Pour l’heure, « il y a peu de preuves que des progrès sérieux aient été réalisés », observe Edward Alden, expert au Council on Foreign Relations (CFR).

Il ajoute que la tâche du négociateur en chef américain, Robert Lighthizer, est désormais rendue d’autant plus délicate que Donald Trump évoque la perspective d’un accord comme « jamais conclu auparavant ».

Le président républicain « a considérablement élevé le niveau des attentes » en voulant apparaître comme celui capable de faire des accords historiques, dit-il.

En se mettant aussi en première ligne dans ces négociations avec une rencontre au sommet d’ici la fin février, il s’est mis dans une situation périlleuse car s’il venait à échouer ou s’il signait un accord reflétant peu les ambitions affichées, il s’exposerait alors à un sérieux revers sur les marchés financiers et au discrédit de ses partisans  ceux qu’il tente précisément de rassurer aujourd’hui.

AFP