Prurit : Un traitement contre les démangeaisons… par la lumière !

Dans les pathologies de peau chroniques comme l’eczéma et le psoriasis, la démangeaison est un des symptômes les plus pénibles. Si se gratter apporte un soulagement temporaire, cela aggrave la situation en abîmant la peau et en générant une inflammation qui à son tour cause davantage de démangeaisons. Comment sortir de ce cercle vicieux ? Des chercheurs du Laboratoire européen de biologie moléculaire de Rome ont mis au point une manière de supprimer la démangeaison chez les souris en utilisant la combinaison d’un composé chimique et d’une lumière infrarouge.

La transmission de la sensation de démangeaison se fait via plusieurs types de cellules présentes à la surface de la peau : des kératinocytes, des cellules immunitaires, et des cellules nerveuses spécialisées, dont c’est l’unique fonction. Souvent, le prurit, la sensation de démangeaison, est donné par l’histamine, une molécule libérée par les cellules du système immunitaire au cours des réactions allergiques. Cette molécule est produite lorsque l’allergène interagit avec un anticorps fixé sur ces cellules. On le traite donc souvent par des antihistaminiques. Mais ces traitements ne sont pas toujours efficaces, notamment dans l’eczéma et le psoriasis. En effet, ils n’agissent pas sur un autre médiateur, la cytokine interleukine 31 (IL-31), issue des lymphocytes T auxiliaires.

Cette petite molécule est un signal pour les cellules nerveuses spécialisées. Elle se lie à des récepteurs présents à leur surface, et génère ainsi indirectement les démangeaisons et une inflammation. Une étude menée en 2004 a montré que des souris génétiquement modifiées, qui surexprimaient l’interleukine 31, souffraient de diverses maladies inflammatoires cutanées, comme l’eczéma et l’allergie de contact. Quant à celles qui portaient une mutation sur le gène codant pour cette protéine, elles développaient une maladie génétique à l’origine de démangeaisons chroniques, l’amylose cutanée. Trouver des traitements susceptibles de bloquer l’action de l’interleukine 31 n’est pas chose facile. Une piste a déjà été explorée en 2017, avec un certain succès. Elle se basait sur l’utilisation d’un anticorps qui désactivait IL-31. Mais la stratégie adoptée par l’équipe de Rome est différente : leur idée est d’agir sur les cellules nerveuses responsables du prurit. Pour cela, deux molécules artificiellement liées l’une à l’autre sont injectées sous la peau des souris, dans les zones qui démangent: une version synthétique modifiée de IL-31, développée en laboratoire, et un photosensibilisateur, une molécule qui dégage de l’énergie lorsqu’elle est exposée à la lumière. La version modifiée de IL-31 se lie aux mêmes cellules nerveuses que son homologue naturelle, mais contrairement à elle, ne les active pas. Elle est donc neutre: sans empêcher les démangeaisons causées par la présence des cytokines IL-31, elle ne les aggrave pas, et sert de véhicule pour amener le photosensibilisateur jusqu’aux cellules nerveuses.

Suite à l’injection, les chercheurs illuminent de l’extérieur le photosensibilisateur avec une lumière infrarouge. La lumière cause la libération de radicaux libres par la molécule, et ces radicaux libres détruisent ce qui se trouve dans leur environnement immédiat, à savoir les dendrites des cellules nerveuses qui sont cause des démangeaisons. Résultat : les démangeaisons cessent immédiatement. La peau peut ainsi se régénérer. La photoablation est une sorte de chirurgie très précise.

Les autres types de cellules nerveuses présentes dans la peau – qui font ressentir la douleur, les vibrations, le froid ou la chaleur – ne sont pas affectées par le traitement, parce que IL-31- ou sa version modifiée- ne se lient pas aux récepteurs présents sur ces cellules.

Une fois détruites les dendrites des cellules «du prurit», la souris devient insensible à la présence de IL-31 dans la zone traitée, mais aussi à toutes les autres molécules à l’origine de signaux qui provoque des démangeaisons, l’histamine en premier lieu. La photoablation fait donc d’une pierre plusieurs coups. Et son effet peut se prolonger sur plusieurs mois, d’après les chercheurs. IL-31 est présente chez les humains comme chez les souris, et des essais cliniques devraient donc suivre ces découvertes.