Fêtes du fin d’année : Au restaurant ou en famille !

L’année 2018 fait déjà partie du passé. Pour fêter l’avènement du nouvel an, les Algériens, quand ils n’ont pas les moyens d’aller à l’étranger, notamment en Tunisie, optent pour des soirées en plein air, dans les restaurants ou tout simplement en famille.

Les fêtes de fin d’année se sont effectivement installées dans les moeurs en Algérie. Si de rares famille célèbrent Noel, le passage au nouvel an draine des dizaines de milliers de gens qui se partagent les espaces publics comme La Place Maurice Audin et l’Esplanade de Riadh El Feth sur les hauteurs de la capitale.

Ce sont surtout les jeunes qui se réunissent pour célébrer l’évènement en chantant et en dansant. La rue Didouche Mourad a été pavoisée pour la circonstance. L’Assemblée populaire Communale d’Alger Centre a autorisé des artistes de rue à se produire devant un public ravi et convaincu. A l’approche de la nuit, la place Maurice Audin est pratiquement envahie par de jeunes venus de tous les coins de la capitale et de toutes les wilayas du pays. Tous les accents se côtoient lors de cette soirée festive. Pour les encourager et les inviter au calme, le Président de l’APC, Abdelhakim Bettache est passé pour saluer les jeunes et leur souhaiter bonne année. Ce geste a été très apprécié. «Voila, au moins un élu différents des autres. Il est à l’écoute des préoccupations de ses administrés et des visiteurs de sa commune», dit un père de famille originaire d’Ouargla.

Autre lieu, autre ambiance. L’esplanade Riadh El Feth, a elle-aussi vibré aux sons de la musique et des chants. Des artistes ont animé la soirée qui a duré jusqu’à minuit. Même s’ils sont interdits, des engins pyrotechniques ont été lancés. Les gros pétards sont assourdissants mais cela ne semble pas déranger outre mesure l’assistance. Les feux d’artifices lancés aussi par les mêmes jeunes ont égayé et coloré le ciel de l’esplanade. C’est quelques secondes avant minuit qu’un silence de cathédrale règne soudainement sur Maqam Echahid. Les secondes sont égrenées les unes après les autres. A minuit précise, un grand cri de joie est lancé par des milliers de voix à l’unisson.

Les jeunes de Bab El Oued se sont rencontrés sur l’Esplanade El Kettani. L’ambiance est ici plus animée, car les supporteurs de l’USMA ont fête en même temps la victoire de leur club en 32e de finale de la coupe d’Algérie. « C’est un beau cadeau pour nous », lance un inconditionnel de l’USMA. Comme piqué au vif, un fan du club rival, le MCA, lui rétorque :

«Nous aussi on se qualifiera demain et j’espère que nous jouerons la finale contre vous». Les deux galeries optent alors pour ce qu’elles savent faire le mieux, les fans de chaque club tancent leurs «frères ennemis», mais dans une ambiance empreinte d’amitié. «Vous voyez le grand jeune en face, et bien c’est mon jeune frère. Même à la, maison, il ne cesse de me taquiner. Il veut que je deviennent du Mouloudia comme lui», nous confie un jeune étudiant en droit. Durant une bonne partie de la nuit, les fêtards s’en sont donné à cœur joie. Ils ont chanté et dansé et à minuit, c’est encore le même rituel : un grand cri de joie pour accueillir 2019.

Juste à coté de l’esplanade, des pécheurs s’adonnent à leur passe-temps favori. «Je partage la joie des fêtards. Quant à moi, je préfère taquiner le poisson et la pêche est bonne ce soir», dit Ali, un septuagénaire à la retraite.

Il nous invite même à partager un verre de thé que vient de lui servir un marchand ambulant qui a lui aussi bien travaillé ce soir. Le préparateur du thé à la mode Sahraouie ne chôme pas ce soir. Il passe et repasse avec sa grande théière posé sur des braises toujours ardentes. «J’ai trouvé cette astuce pour maintenir le thé au chaud. Je gagne bien ma vie ainsi», dit ce jeune qui vient de  Touggourt.

 

Hôtels et grands restaurants pour les nantis.

La capitale et les communes environnantes ont vécu les derniers jours de l’année 2018 sur les chapeaux de roues. Une effervescence particulière a caractérisé ces localités où il y a de nombreux établissements touristiques. Si dès la fin de l’été une baisse de fréquentation significative a été observée, les choses ont complètement changé à partir du 20 décembre dernier. Les hôtels et les restaurants sont pavoisés aux couleurs de la joie. tout le monde s’est mis en «quatre» pour ne pas rater l’événement. Il faut trouver trouver la décoration qui fera mouche auprès des clients le jour J. Le temps où ils n’étaient pas exigeants est révolu. Aujourd’hui, ils réclament les meilleures conditions et au meilleur prix.

Les établissements se font la concurrence à coups de promotions, les unes plus alléchantes que les autres. On met en avant les menus qui seront servis durant le réveillon et les animations musicales qui égayeront la soirée. Les hôtels quatre et cinq étoiles se réservent les grands artistes.

Les établissement plus modestes ne s’avouent pas vaincus pour autant : ils innovent. C’est cas de cet hôtel du centre ville, dont le propriétaire a décidé de replonger ses clients dans l’ambiance des fêtes des années cinquante et soixante : la zorna algéroise a toujours ses inconditionnels. «C’est une fête internationale, l’Algérie fait partie du monde. J’organise une soirée algéroise pour le réveillon du 31 décembre. Il y aura la zorna, des chanteurs andalous et au menu ce sera, chorba et rechta», dit-il.

Cette ambiance particulière semble plaire puisque toutes les tables sont réservées depuis le 25 décembre. En plus d’être connu pour sa propreté, l’établissement propose une gastronomie très raffinée. «Pourquoi cherchez ailleurs, quand nous avons chez nous tout ce qu’il faut. La cuisine algéroise est riche et variée», ajoute le propriétaire.

Ses clients sont choyés durant toute l’année, mais ceux qui y viennent pour fêter le nouvel an il a tenu à les gâter.

«Je ne vais pas tout dire, mais croyez moi, je saurai les étonner comme chaque année», dit le responsable de la cuisine. Une nuit dans cet établissement revient à 15 000 dinars par personne. «Eu égard à la qualité de la cuisine et de l’animation, les prix pratiqués dans mon établissements ne sont aps exagérés», conclue le patron de l’hôtel du centre ville.

Les restaurants et les hôtels des communes côtières affichent tous complets. Ils attirent surtout les amateurs des plats à base de poissons ou de fruits de mer.

Par contre, les prix qu’ils pratiquent ne sont pas la portée de tout le monde. A Staouéli, tous les restaurants affichent complet le jour de l’an. Un climat de joie se dégage de ces établissements illuminés de mille feux avec des guirlandes clignotantes.

«Nous sommes complet. Je ne peux prendre aucun client en plus», lance le responsable des réservations au restaurant le Poisson.

Il n’est pourtant que 16h en ce 31 décembre. Des clients viennent confirmer leur commande. «Je sais que les prix pratiqués ici ne sont pas à la portée du premier venu. Mais quand on a les moyens pourquoi se priver», dit une dame qui est arrivée en Porsche.

«Cette année, nous avons eu un contretemps alors nous fêtons le jour de l’an ici à Staouéli», ajoute t’elle.

Elle refuse de nous révéler ce que cela va lui coûter. C’est un autre client qui a accepté de dire la somme qu’il a payée : «Je viens de payer 15 millions de centimes pour 4 personne. Je serai avec ma femme et mes deus enfants».

Les nombreux clients qui ont choisi ce restaurant sont des amateurs de la paella que le cuisinier réussit à merveille. «Il faut au moins une fois dans sa vie gouter la paella de ce restaurant», dit une autre cliente.

 

Réveillon à la maison : entre Rechta et M’taouém.

Il y aussi des familles où le réveillon a été célébré à la maison. «Je ne vois pas comment nous pourrons restés en retrait du reste du monde. Nous passons d’une année à une autre. Nous devons organiser une petite fête. C’est l’occasion pour que mes enfants viennent à la maison», dit un retraité que nous avons rencontré au marché de la place du 1er Mai.

Il était venu faire son marché et surtout acheter des bonbons pour ses petits enfants. «Mes deux garçons et mes trois filles sont tous mariés. On va se réunir ce soir et ils mangeront leur plat préféré : la rechta au poulet». ajoute-t-il.

Une dame que nous avons croisée dans le même espace de vente, est venue acheter deux gigots d’agneau. Véritable cordon bleu, elle sait comment gâter ses enfants. La cuisine est pour cette Algéroise, une véritable alchimie du bonheur.

«Je vais préparer un plat de M’Taouém. C’est un plat qui exige une longue préparation et des ingrédients noble comme le gigot d’agneau et des amandes. Mes enfants en raffolent alors ils seront gâtés ce soir», dit-elle.

Les adeptes du réveillon en famille sont  les plus nombreux dans la société algérienne. C’est la maman le plus souvent qui est de corvée de cuisine ; les filles et les brus préparent la table et font la vaisselle ensuite.

«C’est vrai que le réveillon au restaurant est moins fatigant, mais nous côtoyons des personnes étrangères et indifférentes. En famille, c’est beaucoup mieux», dit une gynécologue qui a allée chez ses beaux-parents.  «C’est plus convivial et cela coûte nettement moins cher», dit une autre dame.

Djafar Amrane