Harga, choléra, gréve des médecins-résidents, drogues, accidents de la route… : Les… sept plaies de 2018

L’année 2018 est une année à oublier au plus vite pour les Algériens. Une année marquée par une série d’événements, souvent tragiques et qui ont surgi, là où on les attendait le moins. Des événements douloureux, avec leurs lots de victimes, endeuillant des familles et laissant des traces indélébiles dans les mémoires et la conscience collective. La notion de l’Etat, «protection des biens et des personnes» et «la garantie de la sécurité» ont été mis à rude épreuve en maintes occasions.

En de rares opportunités, le moral en berne, les Algériens ont savourés des moments de joie, procurés essentiellement par le sport roi, le football, qui lui aussi, paradoxalement, baigne dans un marasme indescriptible, entre corruption, achat et vente de match et des sorties médiatiques des responsables des clubs pour le moins… irresponsables.

Le phénomène de la Harga tient en haleine l’opinion nationale. Tout le monde en parle et personne ne «comprend» ces faits qui se déroulent quotidiennement sous nos yeux, à partir de certains rivages des côtes algériennes. Des sociologues, des psychologues, des associations, versées dans l’accompagnement des jeunes et des moins jeunes, se sont «penchées» sur le phénomène, sans pour autant sortir avec un «diagnostic»  et un remède à la hauteur du mal à traiter.

 

Les «turbans blancs» menacent

Appelés à la rescousse, des hommes de culte ont décrété la «Harga haram» (illicite) avant de se rétracter. Face à l’ampleur pris par la migration clandestine, la mosquée est mise de nouveau à contribution.

Dans ce sens, le ministre des affaires religieuses et des waqfs, Mohamed Aïssa, a appelé, mardi dernier, les imams à travers le territoire national à consacrer à ce phénomène une partie de leur prêche du vendredi 28 décembre.

Sur sa page facebook, le ministre entrevoit «un élan national visant à prodiguer des conseils dans les prêches de vendredi et les halaqates organisées dans les mosquées pour qu’ils ne cèdent pas à cette tentation funeste».

De fait, les chiffres et la récurrence liés aux «candidats à la mort», entre  jeunes et moins jeunes, femmes et bébés, donnent froid dans le dos. Une telle initiative, pourrait ralentir le phénomène, si ce n’est que les imams eux-mêmes sont confrontés à la «malvie», disant se débattre dans des conditions «socio-professionnelles» peu reluisantes. Et ils l’ont fait savoir d’une manière assez bruyante et inédite en menaçant d’entrer en… grève.

Iront-ils jusqu’à passer à lacte ? En attendant, le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, refuse de céder aux exigences du Syndicat national des imams mais qui se dit prédisposé au dialogue sur les conditions de travail mais pas sur la question salariale qui est, selon lui, régie par les statuts de la Fonction publique. Un bras de fer «irréaliste» qui symbolise tout le mal-être des Algériens.

Djelloul Hadjimi, secrétaire général du Syndicat des imams, qui a vivement dénoncé l’attitude du ministre des Affaires religieuses qui a catégoriquement rejeté la revendication d’augmentation de salaires, n’écarte pas le recours à des actions de rue. Ce que les syndicats qui ont pignon sur rue n’ont pas «osé» débattre, ni revendiquer de battre le pavé dans leurs luttes pour des revendications socio-professionnelles. La revalorisation salariale, le logement de fonction, un véhicule de service et plus de sécurité sont autant de revendications soulevées par le Syndicat national des imams. Aux dernières nouvelles, la sagesse semble avoir prévalu. Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, s’est réjoui, mercredi dernier, des appels au dialogue émanant de la Coordination des imams qui avait menacé de «sortir dans la rue» et de lancer un mouvement de protestation appelé «Turbans blancs».

Le ministre a salué le syndicat des imams, et à sa tête Djeloul Hadjimi, pour «avoir su éviter des tentatives d’entraîner le pays dans un printemps que l’Algérie a réussi à mettre en échec depuis qu’il s’est avéré que c’est un produit israélien».

 

Grève des médecins-résidents et choléra

Avant la menace de «sortie» dans la rue des imams, il y a eu bien la menace de l’épidémie de choléra qui a semé la panique. L’épidémie de choléra qui a sévi durant plusieurs semaines a provoqué un affolement de la population.

En raison du cafouillage dans les déclarations des différents responsables, que ce soit au niveau central ou local. Fallait-il boire ou non de l’eau du robinet et  consommer des fruits et légumes ?

Dans le même temps, le nombre de malades hospitalisés et les cas confirmés étaient chaque jour à la hausse.

L’origine de la contamination était inconnue. Eaux de source ou fruits et légumes irrigués avec des eaux usées ? Un mois après la déclaration du premier cas de choléra, le ministère de la Santé a annoncé, le 5 septembre, avoir identifié la bactérie du choléra dans une rivière qui traverse les régions de Blida, Tipasa et Alger, trois régions touchées par l’épidémie.

Dans la foulée, il y a eu la grève des médecins-résidents qui a duré plus de 8 mois.

C’était la énième tentative de grève des médecins ayant pour principales revendications, l’égalité entre Algériens dans le service  civil, l’abrogation du caractère obligatoire du service civil, l’améliorer des conditions pédagogiques pour offrir une meilleure formation aux médecins résidents et la réouverture du statut du résident.

Certaines revendications ont été satisfaites, d’autres ont été mis au placard en attendant des jours meilleurs.

 

Saisies «stupéfiantes» de drogues et psychotropes

L’autre phénomène qui «alimente» uns sorte d’«affolement» au sin de la société est le trafic de stupéfiants et de psychotropes.

Si l’on se réfère aux chiffres fournis par la Direction générale de la Sûreté nationale, une quantité de 250 tonnes de cannabis a été saisie durant les 6 dernières années par les services spécialisés de la Sûreté nationale et plus d’une vingtaine de réseaux de trafic de drogue ont été démantelés.

56 tonnes de cannabis en 2012; 40 tonnes en 2013; 25 tonnes en 2016 avant de connaître une baisse, avec 6 tonnes respectivement en 2017 et les 8 premiers mois de 2018, ainsi que 12 kg de cocaïne, 32 kg d’héroïne et 3,6 millions de différents types de comprimés de psychotropes.

120 000 affaires avaient été traitées, conduisant à l’arrestation de 150 000 personnes présentées devant les juridictions spécialisées du pays.

Des chiffres qui donnent froid dans le dos et à plus forte raison lorsqu’on sait que les dealers ciblent même les établissements scolaires et que d’importantes quantités sont déversées sur le marché local.

Des chiffres tout aussi inquiétants sont fournis par la  Direction générale de la Protection civile qui annonce que «depuis le 1er janvier de l’année en cours, les différentes unités de la Protection civile ont effectué 49.746  interventions sur les lieux d’accidents de la circulation ayant causé le décès de 1614 personnes et des blessures à 68.793 autres».

Le colonel Achour, lors de son passage à la Chaîne III de la radio nationale, qui a qualifié ces statistiques d’«effarantes», relève que ce bilan signifie «une moyenne de 145 accidents par jour, 6 accidents par heure et un (01) décès toutes les deux (02) heures». Séminaires, sensibilisations et autres rencontres sur les accidents de la route n’ont eu aucun effet sur le phénomène qui «transforme» la vie d’une famille en quelques secondes.

Il y aussi lieu de s’interroger sur le cas du jeune Ayache, tombé il y a huit jours dans un puits artésien. L’annonce de son décès a été faite dimanche 23 décembre par la Protection civile.

Ayache Mahdjoubi, 26 ans, est tombé dans un tubage d’acier d’un puit artésien de 30 mètres de profondeur, dans le village d’Oum Cheml dans la commune d’El Houamed, à 75 km au Sud-ouest de M’sila. Il est resté coincé à l’intérieur du puits, sans que les équipes de secours, composées de la protection civile aidée par la population locale, n’aient pu l’en extraire.

Le cas Ayache a suscité une vague de solidarité de la population locale et de nombreux Algériens sur les réseaux sociaux.

Mohand Ouarab