Maladie : Il y aurait 6 formes de maladie d’Alzheimer

«Comme le cancer du sein, Alzheimer, n’est pas une maladie unique»,estime Shubhabrata Mukherjee, professeur assistant en médecine interne générale à l’École de médecine de l’université de Washington, à Seattle, aux Etats-Unis, dans un communiqué de l’université.

«Je pense qu’un bon médicament pourrait échouer lors d’un essai clinique car tous les sujets ne présentent pas le même type d’Alzheimer».

En effet, selon son étude publiée dans la revue Molecular Psychiatry du groupe Nature impliquant 19 chercheuses et chercheurs de différentes institutions, les malades atteints d’Alzheimer peuvent être séparés en six sous-groupes.

Pour arriver à cette conclusion les spécialistes ont analysé les résultats obtenus aux différentes tests de fonctionnement cognitif au moment du diagnostic de 4050 patientes et patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

Ces tests cognitifs portaient sur quatre domaines : la mémoire, les tâches exécutives (planification, organisation, attention…), le langage et les aptitudes visuo-spatiales (orientation dans l’espace). Les malades, d’une moyenne d’âge de 80 ans, étant recrutés dans cinq études différentes, il a fallu plus de deux ans pour standardiser les scores des tests neuro-psychologiques.

Au final, il a alors été établi que l’on pouvait classer ces personnes en six groupes :

Groupe 1, le plus représenté (39% des patients) : les scores sont équivalents dans les 4 domaines testés.

Groupe 2  (27% des patients) : les scores de mémoire sont bien plus bas que les autres résultats.

Groupe 3 (13%) : les scores mesurant le langage sont bien plus bas que les autres résultats.

Groupe 4 (12%) : les scores de compétences visuo-spatiales sont bien plus bas que les autres résultats.

Groupe 5 (3%) : les scores des fonctions exécutives sont bien plus bas que les autres résultats.

Groupe 6 (6%) : deux scores sur les quatre sont bien plus faibles.

Ainsi, un malade d’Alzheimer serait catégorisé plutôt «mémoire» ou «langage» par exemple. Dans une deuxième étape, les scientifiques ont croisé ces scores avec les données génétiques des différentes personnes. Entre autres résultats ils ont trouvé une relation particulièrement forte entre un variant du gène APOE (APOE4, connu comme un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer) et le groupe «mémoire».

Ont été également révélés 33 polymorphismes nucléotidiques (SNP, single-nucleotide polymorphism, qui est la variation d’une seule paire de bases du génome), associés aux différents sous-groupes.

«Alors que les leaders mondiaux veulent trouver un traitement pour Alzheimer d’ici à 2025, jusqu’ici personne n’est parvenu à développer un traitement efficace», souligne le communiqué, «mais cette étude suggère que penser à Alzheimer comme six conditions distinctes pourrait constituer un moyen d’avancer»

Et Shubhabrata Mukherjee de conclure «cette étude n’est pas la fin, c’est un commencement».

Le professeur Harald Hampel, neurologue, président de l’Alzheimer Precision Medicine Initiative, ne dit pas autre chose.

Dans le dossier «Alzheimer, prévenir, ralentir» de Sciences et Avenir (n° 859, septembre 2018), le professeur rappelait que la maladie d’Alzheimer est «très hétérogène» avec différents biomarqueurs biologiques détectables chez les malades.

Ce qui ouvrirait la voie à un nouveau concept : «Il faut adapter le traitement aux besoins spécifiques de chacun, avec une médecine personnalisée,  de précision».