Jeunes, adultes, femmes avec bébé prennent les esquifs de la mort : «El harga», une solution à… problèmes

«El harga », un mot qui ne trouve sa traduction dans aucune langue, mais c’est un mot qui «décrit» un désespoir certain des candidats à la «Harga». «Brûler» les frontières ou ce qui revient à dire,  dans un langage approprié, «immigration clandestine» revient à la «mode» ces derniers temps. Le phénomène est devenu inquiétant. Et prend toujours plus d’ampleur. Depuis quelques mois, l’Algérie connaît une nouvelle vague de harraga.

De nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des jeunes femmes et parfois des familles entières avec des bébés, dans des barques de fortune en direction du continent européen. Les gouvernements de certains pays européens, notamment ceux de la rive Sud de la mer Méditerranée et de l’Allemagne s’alarment et tentent de trouver des parades à ce flux de personnes «indésirables» sur leurs territoires.

Des «solutions», envisagées dans le cadre de l’Agence européenne de garde-côtes et garde-frontières (Frontex) officiellement lancée le 6 octobre 2016 ayant pour rôle principal d’assurer la sécurité des frontières extérieures de l’Union européenne et plus particulièrement le contrôle de l’immigration illégale à ces frontières, n’ont pas donné des résultats souhaités.

Cette institution européenne a remplacé l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne, créée en 2004 et opérationnelle depuis 2005, en élargissant ses missions et  des moyens humains et matériels renforcés.

Dans notre pays, des spécialistes, des membres de la société civile et des hommes de culte et des responsables politiques essaient de comprendre la problématique et de proposer des solutions à ce phénomène qui pose «problèmes» et crée des «désordres» certains à tous les Etats de la région.

Les services de sauvetage maritimes espagnols ont annoncé avoir porté secours durant les deux derniers jours de la semaine passéeà près de 1000 migrants ayant tenté la périlleuse traversée de la Méditerranée en direction de l’Europe depuis l’Afrique du Nord, a rapporté samedi, 15 décembre 2018, l’agence Associated Press. Les autorités ont indiqué avoir secouru 206 personnes à bord de dix bateaux différents, samedi, après avoir porté secours à 774 migrants voyageant dans 52 bateaux ce vendredi. Beaucoup d’Algériens parmi les personnes secourues par les marins espagnols.

Les services de sauvetage algériens ne sont pas restés inactifs. Des comptes rendus de presse font état, quasiment tous les jours, de sauvetage de harragas en haute mer. On apprend, ainsi au hasard des dépêches, que dans la nuit de mardi à mercredi dernier (12 décembre 2018), onze harragas dont trois mineurs ont été secourus au large du littoral Est de Mostaganem par les gardes côtes. La nuit d’avant, ces éléments de la marine nationale ont intercepté soixante et un harragas dont une femme. Selon des rumeurs, une vingtaine de harragas auraient rejoint l’Espagne, où ils auraient été arrêtés et placés dans un centre de détention en attendant d’être refoulés.

Par ailleurs, on apprend aussi que quatorze harragas dont une femme et son bébé ont été secourus par les gardes cotes dans l’après midi de jeudi 13 décembre 2018, à 7 milles au large de Mostaganem.

 

Echec de la Loi n° 09-01 et Fetwa

La poussée migratoire ne se limite pas aux personnes en situation précaire, selon les questions migratoires.  Elle touche désormais toutes les catégories sociales en Algérie. Qu’elles sont les raisons ? Qu’est ce qui fait que bon nombre d’Algériens font tout pour quitter le pays, et clandestinement ? Pauvres ou riches, les hommes et les femmes, et même les enfants sont attirés par le «bol d’air» qu’ils sont censés trouver sur l’autre rive de la méditerranée.

Et quels sont les moyens mis en application pour freiner ce flux migratoire illégal ? La loi n° 09-01 relative à la criminalisation de la «Harga» (l’article 175 Bis 01 du code pénal) est promulguée le 23 février 2009. Le texte est clair et précis. L’ article 175 Bis 01 du code pénal prévoit (sous la section 08 relative à l’Infractions commises contre les lois et règlements relatifs à la sortie du territoire national) «est puni d’un emprisonnement de deux (2) mois à six (6) mois et d’une amende de 20.000 DA à 60.000 DA ou de l’une de ces deux peines seulement, toute personne qui quitte le territoire national en empruntant des lieux de passage autres que les postes frontaliers».

De nombreux Algériens surpris en train de quitter clandestinement le pays ont payé le prix par la privation de leur liberté. Pour autant le phénomène ne s’est pas arrêté et a repris de nouveau, après une légère accalmie. Est§ce le signe de l’échec de cette politique coercitive ? Le directeur de la migration au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, Hassen Kacimi a pointé du doigt cette approche. Sur les ondes de la radio chaines 3, il a reconnu, lundi 17 décembre 2018, que la criminalisation de ce phénomène, par l’amendement, en 2009, du Code pénal, «n’a pas donné de résultats», appelant «à la réflexion collective» en vue d’endiguer ce phénomène. «Nous devons réfléchir et ouvrir d’autres pistes afin de traiter cette problématique», a-t-il souligné.

Même les avis religieux et les «fetwa» donnés sur la question n’ont pas eu des résultats bénéfiques. Ainsi, «la harga est un pêché», une fetwa émise par le Haut Conseil Islamique a suscité une vive polémique et a contraint son président Bouabdallah Ghoulamallah, à préciser sa pensée sur l’émigration clandestine.

«Je n’ai à aucun moment déclaré que l’émigration était haram (illicite). J’avais seulement dit, ce jour-là, au Sénat, que l’islam interdit de se donner la mort. La nuance est de taille. D’autant que je ne suis pas là pour prononcer des édits religieux encore moins des fetwas qui relèvent du domaine des conseils scientifiques. La presse a mal interprété mes propos», s’est défendu Ghoulamallah.

Les candidats potentiels à la Harga croient dur comme fer que c’est la solution à leurs malvie, à leurs mauvaises conditions de vie avec des horizons bouchés. L’Etat semble être impuissant ou à court d’idées pour face à ce phénomène social.

Il faudra «inventer» une autre approche innovante et aller au fond du problème, tenter de trouver les raisons de ce désespoir qui «ronge» cette jeunesse. Des spécialistes dans tous les domaines sont appelés à faire des études sociologiques pour décortiquer et disséquer le problème et proposer des solutions afin de rendre l’espoir et la joie aux candidats à la «Harga» de tous les dangers, devenue un «monopole» et un trafic juteux des réseaux maffieux spécialisés dans la traite des êtres humains.

Mohand Ouarab