Les Cours particuliers : L’école après… l’école !

Professeur de langue française au secondaire, longue expérience  dans l’enseignement donne cours de français, programme algérien et français, niveaux primaire, moyen et secondaire. C’est affiché sur les murs des immeubles, des poteaux électriques, presque partout dans certaines agglomérations de l’Algérois avec numéro de téléphone pour prendre contact. Sur les journaux, ces «offres de service» ont leur place et certains détails sont mis en exergue.

Les maths, les matières scientifiques et parfois la philo pour les classes de terminale littéraires, sont les matières qui ont le vent en poupe. De nombreux élèves des classes d’examen sont contraints à suivre des cours… particuliers. Des cours particuliers qui ambitionnent de venir au secours de l’élève pour améliorer ses connaissances. Un phénomène qui prend de l’ampleur au fil dans.

Depuis quelques années, des formes de soutien scolaire hors école se développent avec les cours particuliers… payants. Une «école» en parallèle, à l’école publique ou privée, à la fois concurrente et complémentaire à ces établissements scolaires. En somme une école après l’école où les cours dispensés ne s’effectuent pas toujours dans des conditions pédagogiques convenables. Le nombre d’élèves retenus  et le lieu choisi qui fait office de salle de classe, sont loin d’obéir aux canons de la pédagogie.

Ces cours particuliers assurés à la va vite se font souvent au détriment des élèves, avec souvent la «complicité» bienveillante des parents dont le souci principal est la réussite de leurs enfants quoiqu’il en coute en terme de sacrifices financiers et de grosses dépenses pour des cours dispensés parfois dans un «salon» d’un F3 ou dans des hangars à la lumière blafarde et à l’hygiène qui laisse à désirer.

Comment un élève qui a des difficultés à absorber et à emmagasiner les connaissances contenus dans le programme dans une classe d’école «normale» arrive à mieux comprendre le cours dispenses dans des conditions exécrables ? Mystère et boule de gomme ! Certains enseignants qui excellent dans cette pratique trouveraient bien des arguments et des justificatifs pour convaincre les parents de la nécessité de recourir à une «aide» extérieure de l’établissement scolaire, contre un coût financier assez conséquent. Et ceci pour mettre tous les  » atouts  » entre les mains des élèves scolarisés dans les écoles  » normales  » et qui accusent un retard ou des lacunes dans l’assimilation des cours.

Mais la garantie d’un succès aux examens est aléatoire. Bien souvent, l’échec de l’enfant est au rendez-vous. Il est vécu par les parents comme leur échec et la responsabilité des enseignants des écoles parallèles est entièrement dégagée. Phénomène vécu comme une mode (le fils du voisin a opté pour ces cours particuliers, moi aussi je fais de même) ou réelle nécessité pour les nombreux qui n’arrivent pas à suivre les cours dispensés en classe ? La question reste posée face aux dérives engendrées par le phénomène.

 

Les syndicats se retirent de la Charte d’éthique éducative

La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, a décidé de mettre le holà. Comment ? En décidant d’imposer à tous les enseignants de signer un engagement sur l’honneur de ne pas s’adonner à des cours particuliers parallèlement à leur mission exercée au sein des établissements scolaires.

Ce contrat est valable pour les trois paliers, primaire, moyen et secondaire.

Cet engagement est-il respecté par les enseignants ? Il y a lieu de croire que c’est de l’encre sur du papier à défaut de sanctions pour les contrevenants.

Pire, le phénomène des cours particuliers dont les prix atteignent des cimes insoupçonnés jusque là, 2.000 DA à 3 000 DA l’heure pour certaines matières, a connu une ampleur ces dernières années.

Il est difficile de lutter centre ces «extras» qui rapportent beaucoup de gains pour les enseignants «parallèles».

L’été dernier, la première responsable de l’Education nationale a affirmé que «les enseignants ne pourront plus, dès la prochaine rentrée scolaire 2018-2019, donner» des cours particuliers, à l’exception de ceux réglementés durant les vacances d’hiver et de printemps. Cette décision prise par le ministère de l’Education nationale intervient suite à un rapport établi par une commission d’inspection du département de l’éducation nationale, et ce à l’issue d’une longue enquête.

Plus de 3 200 enseignants au niveau national se livrent à cette pratique, dont 90% sont issus du palier secondaire, selon une source du ministère de l4education nationale. «La catégorie d’enseignants identifiés par la commission d’enquête est celle qui a enregistrée un très grand nombre d’absences à travers le dépôt de congés de maladie», a encore indiqué la même source.

Les directions de l’éducation ont, à cet effet, alerté les enseignants concernés.

D’après la même source, «toute violation de cette décision entraînera des sanctions sévères qui peuvent aller jusqu’au licenciement».

Pour Mme Benghebrit, cette pratique constitue de nos jours un commerce juteux, savamment exploité par des affairistes de tous bords, et ce en contradiction flagrante avec les principes sacrés de la démocratisation de l’enseignement en Algérie.

Des «accusations» qui risquent de perturber la suite de l’année scolaire. Des sources médiatiques annoncent que des syndicats de l’Education nation nationale, le Snapest, le Snapap, le Snapep (Primaire), le Satef, le Syndicat des corps communs, la Fédération UGTA des travailleurs de l’éducation et l’Unpef, signataires de la  Charte d’éthique éducative ont décidé de se retirer de ce texte définit les droits et les devoirs de chaque élément de la communauté scolaire et a pour principal objectif de fournir les conditions nécessaires pour une scolarisation stable et une école protégée de toute influence ou manipulation à caractère idéologique, politique ou partisan.

En outre, il interdit la pratique des «cours particuliers» ou cours de soutien. Réunis le lundi 10 décembre à Alger, les six syndicats ont décidé de se retirer de la «Charte d’éthique éducative» signée conjointement avec le ministère de tutelle en novembre 2015. Un acte qui risque d’ouvrir la voie à des mouvements de grève, ce qui pourrait déstabiliser tous les établissements scolaires.

Mohand Ouarab