Prise en charge des enfants handicapés aux besoins spécifiques : Les parents crient leur désarroi !

Alors que le ministère de la solidarité ne cesse de rappeler que les enfants handicapés sont pris en charge dans les centres spécialisés; les parents se plaignent, eux, du manque de places pédagogiques pour cette frange de la société.

Les parents qui ont un ou plusieurs enfants handicapés sont pratiquement livrés à eux-mêmes. Ils sont nombreux à se plaindre des conditions dans lesquelles ils sont obligés d’élever des enfants qui ont besoin d’une attention particulière et d’une prise en charge spécifique. Il n’est pas en effet facile pour un couple de s’occuper d’un ou plusieurs enfants qui nécessitent des soins et des équipements particuliers.

C’est vrai que sur le papier, l’Etat s’inquiéte du sort de ces jeunes citoyens. Ils ont droit à une carte d’assurance et à une pension de 4000 dinars par mois. Des lois  protége cette frange de la société. Pourtant sur le terrain  la réalité est loin d’être reluisante, les concernés et leurs parents sont confrontés à moult problèmes. Beaucoup reste à faire.

Selon les derniers chiffres de l’Office National des Statistiques (ONS), le nombre des personnes handicapées en Algérie est de 1.975.084 dont 284.073 handicapés moteurs, 73.937 handicapés auditifs, 173.362 visuels, 167.331 handicapés mentaux, 85.611 polyhandicapés, 626.711 personnes ont des maladies chroniques, 505.299 personnes ont d’autres handicaps et 29.380 personnes handicapées non déclarées.

S’agissant de la répartition de la population des personnes handicapées par tranche d’âge, les mêmes chiffres révèlent que 131.955 enfants âgés entre 0 et 5 ans souffrent d’un handicap. Quant à la tranche dont l’âge qui va de 5 à 19 ans, elle est évaluée à 319.945 cas.  Les personnes atteintes d’un handicap et dépassant ayant l’âge de 20 ans représentent 1.493.796 cas.

Dans la même étude réalisée par l’ONPS, il ressort les  personnes présentant un handicap moteur sont les plus nombreuses avec un taux de 44% de l’ensemble des handicaps.

Concernant les principales causes du handicap en  Algérie, les statistiques ont relèvent que 28.5 % des cas   sont congénitaux ou héréditaires, 16.7% sont dus à des séquelles d’accidents ou de blessures et enfin 14.2%  sont causés par des complications médicales, notamment les infections.

 

La prise en charge coûte cher.

Avoir un enfant handicapé à la maison nécessite une vigilance quotidienne. Ce sont les mamans qui se sacrifient.

«J’ai quitté mon travail pour m’occuper de ma fille qui a un handicap moteur cérébral. Je ne m’occupe que d’elle pratiquement. Il me reste peu de temps pour mes deux autres fils et mon mari. Je me lève à 5h du matin tous les jours et je me mets au lit le soir à minuit», se plaint une dame qui a quitté son poste d’enseignante dans un lycée de la capitale.

Une autre maman, a elle aussi opté pour rester à la maison pour prendre en charge ces deux enfants atteints de l’infirmité motrice cérébrale. Ce sont deux handicapés lourds. «Je dois les nourrir, les laver et les changer plusieurs fois par jours. Je mène une vie de forçat, mais comme il s’agit de mes enfants je dois supporter», dit une banquière qui ne travaille plus depuis 5 ans.

Les mamans arrivent tant bien que mal à s’occuper de leurs enfants quand ils sont encore jeunes Une fois qu’ils arrivent à l’âge de 10, elles rencontrent d’autres difficultés : «Je pouvais déplacer mon fils quand il était encore jeune. Depuis il a grandit, je n’ai pas assez de force pour le soulever car aujourd’hui il pèse plus de 40 kilos», dit la mère d’un adolescent de 15 ans.

Ce sont des voisines qui lui donnent un coup de main, plusieurs fois par jour pour le changer. «Les aides de l’Etat se limitent aux 4000 dinars d’indemnité qu’il perçoit. Cela suffit à peine à couvrir ses besoin en couches et en produits d’entretient corporel», précise-t-elle, avant d’ajouter : «Comme les enfants handicapés sont souvent malades, nous devons les transporter vers les hôpitaux. Quand mon mari n’avait pas de voiture, cela nous revenait trop cher car à chaque fois il fallait prendre un taxi».

Selon elle, la prise en charge d’un handicapé coûterait plus de 40 000 dinars par mois.

 

295 centres spécialisés en Algérie.

Selon des sources proches du Département de la Solidarité, le nombre total des établissements relevant directement du ministère s’élève à 176 centres. Ce sont des structures d’accueil et de prise en charge des handicaps. 119 autres établissements sont gérés par des associations agréées.

Ces structures accueillent actuellement 14.260 enfants  et adolescents handicapés dont 773 enfants sont pris en charge dans le cadre du dispositif de l’éducation précoce.   Plus de 700 000 cartes de handicapés sont délivrées pour des jeunes citoyens présentant des besoins spécifiques. Les parents regrettent que le nombre des centres soient très en deçà des besoins réels. Ils aspirent à une meilleure prise en charge et surtout à une scolarisation adaptée pour chaque catégorie des enfants. «Un enfant handicapé moteur à besoin d’une table adaptée pour sa chaise roulante», dit madame Atika Mammeri, présidente de la Fédération algérienne des personnes handicapées (FAPH). Elle soulève un autre problème : «Les enseignants n’ont pas eu une formation appropriée dans ce domaine car, le plus souvent, le handicapé a besoin d’une attention très particulière». Elle exhorte les autorités pour que soit mis sur pied un service dédié à l’accompagnement des enfants nécessitant d’une assistante de vie. «Ce service d’accompagnement permettra à l’enfant handicapé de renforcer son autonomie, de se scolariser et se préparer, par la suite, à participer activement dans la vie social», explique-t-elle. «La mission de ce service consiste à faciliter l’accès et à garantir le maintien de la scolarisation de l’enfant en situation de handicap dans l’école ordinaire et avec une aide particulière des auxiliaires scolaires qui manquent à l’heure actuelle afin de faciliter l’insertion scolaire de l’enfant», ajoute-t-elle. Elle réclame enfin des bus adaptés pour le transport des enfants qui se déplacent en fauteuil roulant.

Si la présidente de la fédération nationale des handicapés, demande l’intervention de l’Etat pour faciliter la scolarisation des enfants, les parents souhaitent pour leur part la construction de nouveaux centres spécialisés. En effet, trouver une place pour un jeune handicapé relève d’un véritable parcours du combattant.

La wilaya d’Alger dispose de 14 centres spécialisés dont 9 établissements pour les handicapés mentaux. 1062 élèves sont inscrits dans ces structures. En égard à la population de la wilaya d’Alger qui s’élève à plus de 3 millions d’habitants, les établissements existants ne peuvent accueillir tous les enfants handicapés. Le problème ne se pose pas pour les mal voyants ou les mal entendants. Ces derniers sont autonomes et ne vont en classes spécialisés que pour apprendre avec des méthodes spécifiques.

Ce sont les handicapés lourds qui rencontrent les plus grandes difficultés pour intégrer des établissements spécialisés. Les personnes qui y travaillent ne sont, souvent, pas formés pour prendre en charge ces handicapés et se retrouvent, de ce fait, désarmées devant des cas spécifiques.

«J’ai plus de 15 enfants à ma charge. Je dois les surveiller comme le lait sur le feu car ils sont imprévisibles. Je ne peux pas m’absenter une seconde »,  dit une éducatrice dans un centre spécialisé à Ben Aknoun. Elle reconnaît que les parents ont raison de se plaindre, mais «je ne peux pas faire plus ».

Justement, les parents ne comprennent pas pourquoi, seuls les jeunes handicapés autonomes sont acceptés  dans les centres. «Les éducatrices refusent de changer les couches des enfants. Elles trouvent cela dégradant. C’est pourquoi des femmes universitaires sont obligées de rester à la maison», tient à préciser l’ancienne banquière mère de deux jeunes handicapés.

Les parents se débrouillent pour le moment avec les moyens du bord pour aider leurs enfants, tout en réclamant des aides de l’Etat pour leur permettre de leur donner des moyens pour affronter la vie quand ils seront adultes.

«Tant que je suis vivant, rien ne manquera à mon fils. Pour le préparer à affronter la vie, je dois être encouragé au moins. Un jour ou l’autre sa mère et moi sommes appelés à mourir. Qui s’occupera alors de mon fils s’il n’est pas formé», dit un père qui a peur pour l’avenir de son fils.

Djafar Amrane