Personnes âgées au Foyer des «vieux» : En quête d’une ambiance familiale perdue !

Lundi 20 novembre 2018, la veuille du Mouloud Ennabbaoui, deux ministres de la République ont rendu visite au Foyer des personnes âgées de Dély-Ibrahim, à Alger. La ministre de la Solidarité nationale, de la famille et de la condition de la femme, Ghania Eddalia et son collègue, Mohamed Aïssa, ministre des Affaires religieuses et des Wakfs ont honoré de leur présence, la cérémonie organisée au Foyer pour

personnes âgées de cette charmante localité pour commémorer la fête religieuse en compagnie des personnes du troisième âge, abandonnées en ces lieux par leurs progénitures.

Les personnes âgées, on se souvient d’eux lors des fêtes religieuses. Les plus chanceuses d’entre-elles célèbrent ces jours de fêtes entourés de la famille élargie, tandis que d’autres, moins bien gâtées par l’existence, hébergées dans des centres, appelés pudiquement «Foyer des personnes âgées», regardent le temps qui passent où elles voient défiler devant elle, le film de leur vie, avec ses joies et bonheurs, ses peines et ses tourments.

Tristesse, amertume et indignation pour ceux et celles des bienfaiteurs qui leur rendent visite, le temps de quelques instants, lorsqu’ils les entendent «implorer»  leurs enfants de venir les «récupérer» ou tout au moins leur rendre visite et partager avec elles, un café ou un repas qui, sans doute, leur redonnera le sourire et recréera autour d’elles cette ambiance et cette chaleur familiales qui leur manquent tant.

Comment faire pour «recréer l’ambiance familiale» dans le milieu familial avant tout ? Il y a bien une loi, la loi 10-12 du 29 décembre 2010 relative à la protection des personnes âgées et la politique nationale de protection des personnes âgées qui stipule dans un de ses dispositifs la mise en œuvre de la «médiation sociale pour maintenir les personnes âgées dans leur milieu familial».

La loi favorise, notamment, le maintien de la personne âgée dans son milieu familial et ce, à travers la mise en place de mesures d’accompagnement et de dispositifs d’assistance particulière notamment à travers le recours au règlement des litiges familiaux, outre l’octroie d’un soutien aux descendants qui prennent en charge leurs ascendants.

Ce point, «le secteur de la solidarité nationale s’emploie à le concrétiser», a fait savoir Mme Eddalia, lors de cette cérémonie organisée au Foyer pour personnes âgées à Dely Ibrahim, comme rapportés par nos confrères de l’APS.

La ministre a cité, à ce propos, «le dispositif de la médiation familiale et sociale eu égard ses objectifs humanitaire et social imprégnés des valeurs de l’Islam». Cette démarche vise à «maintenir les personnes âgées dans leur milieu familial comme symboles de sagesse et de bénédiction, et comme mécanisme social à même de renforcer les liens familiaux et les relations humaines entre les membres de la famille», a expliqué Mme Eddalia.

A cette occasion, la ministre a appelé la société civile, les centres de recherche et les mosquées à intensifier et coordonner les efforts «pour l’éradication des fléaux sociaux en mettant en place des programmes de sensibilisation permettant de répandre les valeurs du prophète (QSSSL) dans  le cadre d’un discours religieux et social modéré imprégné d’amour, de paix et du vivre-ensemble».

Pour sa part, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs a mis en exergue les efforts consentis par l’Etat en matière de prise en charge des franges vulnérables, notamment les personnes âgées, soulignant que ce travail de solidarité puise ses fondements dans «valeurs de la société algérienne».

Rappelant l’importance de la célébration du Mawlid dans le but de diffuser les valeurs de l’amour, la solidarité, et la fraternité, M. Aissa a rappelé le devoir de «prise en charge des personnes âgées comme stipulé dans le saint Coran».

Qu’en est-il de la réalité ?  Il reste beaucoup à faire.  Faire recenser les personnes âgées est primordial. Ce recensement n’a jamais été réalisé en Algérie.

 

Les raisons de l’abandon des personnes âgées !

Connaitre le nombre exact des gens âgés qui sont délaissés par leurs familles et se retrouvent à la rue est tout aussi important pour engager des actions en faveur de cette catégorie de la population. Il est certain que le nombre de personnes âgées qui «abandonnent» le foyer, qui «fuguent» le milieu familial hostile ou qui sont «dirigés» par leurs enfants vers les «Foyer des personnes âgées» est en progression malgré l’aide octroyée par l’Etat aux familles démunies qui continuent à prendre en charge leurs parents.

Les raisons qui ont conduit a cette situation sont attribuées aux phénomènes sociaux observés ces dernières années qui ont eu pour résultat, la dislocation des familles.

Elles sont dues également à la cherté de la vie, aux mutations sociales  et fléaux qui portent un coup dur à la cohésion familiale.

Dans ce cadre, le «Guide de protection des personnes âgées de la négligence et de la maltraitance», publié en juin 2017 sur le site web du ministère, visant à faire connaître les programmes, références religieuses et juridiques outre les mesures nationales et internationales pour la prévention et la protection de cette catégorie de personnes de la négligence dont elles sont l’objet, tarde à donner ses fruits.

Dans ce sens, l’article 23  de la Loi 10-12 souligne que «l’Etat œuvre pour le maintien des personnes âgées dans leur milieu familial et/ou à leur domicile à travers des mesures permettant une offre de prise en charge globale intégrant à la fois les soins, les équipements spécifiques, l’aide à domicile, l’aide ménagère et les prestations nécessaires susceptibles de répondre à leurs besoins. Elles ont droit à un accompagnement adéquat à leur état physique et mental».

Certes, des efforts ont été consentis par les autorités publiques pour alléger les «malheurs» des personnes âgées abandonnées. Il est vrai aussi que certains «mauvais fils» ou «mauvaises filles» décident tout à coup de couper le cordon avec leurs parents, qui souvent élisent alors domicile dans les rues ou dans des Foyers  pour personnes âgées. Des enfants qui négligent leurs parents, ne leur apportant aucune aide matérielle ou psychologique. Pourtant, ne pas aider ses parents, les délaisser, est un acte réprouvé par la société algérienne. C’est un sacrilège au plan religieux et un délit au plan juridique.

La solidarité familiale «a pris un coup dur». Les «vieux»rattrapés par la vieillesse, du moins ceux abandonnés à leur sort dans la rue ou dans des «maisons de vieux» ne méritent pas ce sort. Injuste et cruelle est la vie pour ceux là qui ont trimé toute leur vie pour se retrouver au crépuscule de leur existence à la recherche d’une ambiance familiale perdue.

Mohand Ouarab