Double affichage des prix des fruits et légumes : Bras de fer en vue !

Entre le ministère du Commerce et les commerçants, les relations seront tendues  dans les prochains jours. Les raisons : une instruction ministérielle qui fait obligation aux commerçant d’avoir un double affichage des produits exposés à la vente. Celui de l’achat et de la vente. D’ores et déjà, les marchands rejettent cette circulaire qui les soumet à observer une «transparence» dans leurs transactions.  Cette «affaire» de double affichage des prix sera-t-elle réglé par un (long) bras de fer entre les deux parties ?

Les produits de large consommation connaissent une flambée des prix inexpliquée ces dernières semaines. Les prix de tous les fruits et légumes ont augmenté d’une manière sensible. Depuis des semaines, les produits agricoles frais, notamment, la courgette, la tomate, le poivron doux, le piment et la pomme de terre, pour ne citer que ces aliment les plus essentiels, ont vu leur prix flamber sur les marchés.

Les prix  fruits de saison, orange et mandarine connaissent des hauts et des bas, selon la météo. L’orange est à 100 DA kg pour la «tout venant», 120 DA kg et 150 DA kg pour celle de bonne qualité. Le prix de la mandarine varie entre 120 et 250 DA kg, toujours selon la qualité du produit. La grenadine s’affiche à 200 DA ou 250 DA. La pomme locale trône à 300 DA pour la qualité acceptable. Celle de l’importation est carrément inaccessible pour les bourses même moyennes. Elle est rejointe dans cette catégorie par la poire locale qui a pris des galons, son prix oscille entre 300 DA et 350 DA. Les fruits exotiques comme la banane, qui culmine à 800 DA Kg, sont aussi inaccessible pour le commun des mortels en attendant que la promesse du ministre du Commerce de ramener son prix à un seuil acceptable, 250 DA kg, se concrétise sur le terrain.

Les viandes, rouge et blanche, affichent elles aussi quelques dinars de hausse, selon les lieux où la ménagère fait ses emplettes. La sardine, le plat du pauvre, repart à la hausse, après avoir affiché un prix à la portée des petites bourses, entre 250 DA et 300 DA pendant le mois d’octobre et la première semaine de novembre. En ces jours de fin novembre, son prix frole les 600 DA. Une hausse de 100%, en l’espace de quelques jours, défiant toutes les lois du marché.

Et on ne parle pas des autres variétés de poisson qui s’affichent à des prix carrement «indécents». Le poisson blanc et la crevette sont hors de portée de presque toutes des catégories sociales. Seuls quelques rares privilégiés pourront se permettre de mettre dans leurs plats du rouget, du merlan et autres crevettes.

Le consommateur se trouve livrés pieds et mains liés à des commerçants qui dictent leurs lois et imposent des prix qu’ils fixent eux-mêmes.

Agriculteurs, grossistes, détaillants, en fait les principaux acteurs de la sphère commerciale, se rejettent la balle. «Ce n’est pas moi, c’est l’autre» est devenu un leitmotiv pour tout ce beau monde. L’absence du responsable ou des responsables bien déterminés de cette situation empêche toute initiative ou tentative de réguler un marché gagné depuis des années par une anarchie et une spéculation sans pareille.

On apprend par l’APS, qui reprend les statistiques fournis par l’Office national des statistiques (ONS), que l’évolution des prix à la consommation en rythme annuel a été de 4,5% jusqu’à octobre 2018.

Comment arrêter cette spirale inflationniste ou, du moins la «contenir»dans des limites «decentes» permises par les lois du marché, alors que Les fruits et légumes sont disponibles en quantité, mais à des prix toujours en hausse ?

 

Mettre fin à la spéculation !

Mettre en place des mécanismes de contrôle et veiller à leur application rigoureuse sur le terrain ! Plusieurs tentatives de réguler le marché, entreprises par les responsables du secteur du Commerce dans un passé récent ont fait long feu et sont se soldées par des échecs retentissants.

Contrôler l’origine des produits, connaître qui fait quoi et qui est le vrai commerçant est primordial pour agir sur les prix. Une opération qui en voie d’être lancée par les responsables du commerce. Le ministre du secteur, Saïd Djellab s’y attèle.

«Les directeurs de wilayas et les directeurs régionaux sont obligés d’assurer une coordination avec les producteurs pour veiller à l’approvisionnement du marché en produits de consommation, conformément à la loi en vigueur, afin d’éviter une éventuelle pénurie, notamment des produits agricoles saisonniers en hiver».

Ce sont les instructions du ministre du Commerce  données lors d’une réunion de coordination avec les directeurs centraux et régionaux du commerce pour débattre les activités de contrôle durant les 10 premiers mois de l’année 2018. Le ministre a souligné, dans ce sens, la nécessité de «suivre la traçabilité des marchandises et leur origine, notamment pour les fruits et légumes, insistant en particulier sur la facturation au niveau des marchés de gros et de détails», afin de mettre fin à la spéculation. Ceci pour une première étape.

Une deuxième action a été lancée ces derniers jours. Elle vise à réduire la spéculation sur les produits agricoles frais.

Au niveau de la capitale, la Direction du commerce de la wilaya d’Alger a lancé récemment une campagne de sensibilisation en direction des commerçants de gros et de détail des fruits et légumes à l’obligation d’affichage des prix et de présentation des documents de facturation.

«En application des instructions du ministre du Commerce, et dans le cadre d’une campagne nationale de sensibilisation des commerçants de gros et de détail des fruits et légumes à l’obligation d’affichage des prix et de présentation de documents de facturation, nous avons lancé une large campagne de sensibilisation au profit de l’ensemble des opérateurs économiques concernés par la ventre de fruits et légumes, dont des importateurs, a précisé», à l’APS, le représentant de la direction du commerce de la wilaya d’Alger, M. Dehar Layachi.

Des brigades spéciales d’agents relevant de la Direction s’attèlent à informer les commerçants de l’obligation d’afficher les prix à l’intention des clients, mettant l’accent sur l’impératif du respect de la procédure relative à la facturation des marchandises exposées à la vente, a-t-il ajouté.

En fait, il s’agit de l’information sur les prix par le vendeur qui est une obligation légale qui doit être appliquée par une double mention du prix d’achat et du prix de vente de la marchandise exposée.

 

Les commerçants rejettent l’instruction

Une petite virée au marché des fruits et légumes de Ain-Benian, à Alger, nous a permis de voir que cette instruction est appliquée dans un seul de ses volets. Les prix de vente des produits sont bien affichés par la plupart des commerçant du marché. Il y a bien sûr quelques récalcitrants.

Quant aux prix d’achat des produits agricoles, ils brillent par leur absence. Visiblement, les commerçants disent non au double affichage des prix des fruits et légumes. Par cette attitude, ils… «affichent» clairement leur rejet de l’instruction ministérielle et se disent prêts à engager un bras de fer avec le ministère du Commerce qui explique que cette circulaire répond au souci de défendre le consommateur qui se retrouve, face à des hausses «indécentes» des prix des fruits et légumes, victime d’une arnaque qui ne dit pas son nom. Elle est pratiquée  de la part des importateurs qui dictent leurs lois, par les grossistes et autres détaillants qui font dans la spéculation.

Les contrevenants à cette instruction se verront infligés des amendes et des actions en justice, menace le ministère du Commerce. Une instruction difficile à mettre en application tant le marché des fruits et légumes est déstructurée.

Pour leur défense, nombre de commerçants  expliquent que beaucoup de leurs achats en fruits et légumes exposés à la vente sont faits directement auprès des agriculteurs. Ces travailleurs de la terre, n’ont jamais possédé de registre de commerce pour pouvoir établir des factures de vente.

Pour ce qui est de la situation au niveau des marchés de gros, il faut savoir que peu de grossistes délivrent une facture d’achat. Tous les achats et ventes se font à vive voix, et sont réglées en espèces sonnantes et trébuchantes. Aucune traçabilité pour exercer le moindre contrôle.

Alors, cette «offensive» du ministère du Commerce pour contrer les spéculateurs ne sera-t-elle qu’un effet d’annonce, une campagnes comme toutes les campagnes engagées jusque là ? Il y a bel et bien un bras de fer en vue !

Mohand Ouarab