Grippe saisonnière : La piqûre de rappel !

Le froid tardant à s’installer vraiment, les températures clémentes caractérisent encore ce début d’automne, les Algériens ne pensent même pas à l’idée de se vacciner contre la grippe. Pourtant, ils sont loin d’être tous des anti vaccin. Il est grand temps de se prémunir contre cette maladie saisonnière. Une épidémie de grippe est vite arrivée…

La grippe saisonnière qui sévit durant tout l’automne et l’hiver provoque souvent une épidémie. De par sa haute contagiosité, elle n’épargne presque aucune catégorie de la population. Mais, chez les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants de moins de deux ans et les personnes fragilisées par une maladie chronique, cette pathologie peut provoquer de sévères complications pouvant même entrainer la mort.

Pas moins de 221 cas de grippe sévère étaient recensés, sur le territoire national, au cours de la saison 2017-2018, dont 26 personnes décédées suite à des complications. Il n’y avait que15 cas de décès la saison d’avant.

Outre la dégradation de la santé de la personne, la grippe saisonnière constitue aussi un poids économique important pour les familles. Elle est synonyme d’augmentation des dépenses de soins, d’absences de l’école pour les enfants et de pertes de revenus pour cause de jours non travaillés.

Elle est également responsable de la baisse de productivité pour les entreprises.

En Algérie, les syndromes grippaux représentent environ 10% des motifs de consultation médicale. Durant la saison 2017-2018, plus de 7,6 millions d’Algériens ont été affectés par le virus de la grippe.

Lancée le 15 octobre dernier, la campagne nationale de vaccination contre la grippe saisonnière 2018-2019 ne semble pas susciter un grand engouement pour le moment. Beaucoup d’Algériens semblent frileux vis-à-vis de ce vaccin. Pourtant, il est administré gratuitement dans les centres vaccinateurs des établissements publics de santé et remboursé par la Caisse nationale de Sécurité sociale pour les malades chroniques et les personnes du troisième âge.

Un mois après le début de la période de vaccination, Amar ne s’est pas encore décidé à se faire piquer.

Atteint d’une maladie cardiaque, ce septuagénaire hésite : «Je ne sais pas si je le ferai ou pas. Je n’ai pas encore vu mon médecin traitant donc j’attends», dit-il paisiblement. Pourtant, ce comptable toujours en activité, connait parfaitement les risques d’une complication de la grippe pour les personnes atteintes de cardiopathies, mais il reste tout de même insouciant. Même attitude chez Abdelkader qui a frôlé la mort, il y a à peine une année. Victime d’un infarctus du myocarde, ce sexagénaire n’est pas du tout convaincu de la nécessité du vaccin dans son cas et de son efficacité.

«Non, il est hors de question que je me fasse vacciner contre la grippe», dit-il fermement.

Ce rejet pour le vaccin n’est pas son raison. Abdelkader garde un mauvais souvenir de la seule fois où il s’est fait immuniser contre la grippe saisonnière.

«Je n’ai jamais eu une grippe aussi sévère que cette année-là où je m’étais fait vacciner : fièvre, courbatures partout et une toux qui m’arrachait les poumons. J’ai été cloué au lit pendant toute une semaine», se souvient-il.

Par manque de conviction ou par déception, ils sont nombreux ces Algériens qui ne chercheront jamais après le vaccin anti-grippal. Ils sont nombreux aussi, ceux qui chaque année, guettent avec impatience son arrivée dans les officines.

Cumulant plusieurs maladies chroniques, Mohamed s’enquit toujours auprès du pharmacien de son quartier de la disponibilité du vaccin. Une fois le produit arrivé, il accourt presque pour se faire vacciner. «Je préfère avoir le vaccin dès les premiers jours de l’automne pour faire face à la grippe. Cela m’évitera d’avoir des complications, moi qui ai un pontage au cœur», explique cet octogénaire.

Comme Mohamed, les beaux-parents de Safia, eux aussi, se prémunissent de la grippe dès l’arrivée sur le marché du précieux vaccin. «C’est mon beau-frère qui travaille à l’hôpital qui se charge de procurer le produit et de vacciner son père et sa mère. Il le fait chaque année», dit, rassurée, Safia.

D’ailleurs, poursuit-elle, «mes beaux-parents attendent avec impatience ce vaccin et le réclament bien avant son arrivée dans les centres de santé. Ils sont âgés et vulnérables. Il suffit d’un petit courant d’air pour qu’ils tombent malades».

Entre ceux qui rejettent catégoriquement la vaccination contre la grippe et ceux qui la réclament, il y a aussi ceux qui passent à côté par simple négligence.

C’est le cas de Mustapha, retraité depuis quelques années qui n’a «jamais pensé à la vaccination». Par omission ou par négligence, il sait parfaitement qu’il s’expose à une grippe qui risque d’être virulente. Par précaution, Mustapha assure qu’il ira cette année se faire vacciner afin, dit-il, «d’éviter l’alitement».

 

Sensibilisation à la vaccination

Pour la deuxième année consécutive, Sanofi Pasteur en collaboration avec le ministère de la Santé a organisé le 27 octobre dernier à Alger, une journée «portes ouvertes» de sensibilisation à la vaccination anti-grippale.

Sous le slogan «Non à la grippe, vaccinez-vous», l’initiative visait à sensibiliser le grand public sur la vaccination contre la grippe et à inciter les personnes concernées à aller se faire vacciner au moment propice.

«Cette campagne s’adresse aux personnes à risque de complications potentiellement graves qui sont les personnes âgées de 65 ans et plus, les adultes et enfants présentant une pathologie chronique (cardiopathies, affections pulmonaires chroniques, affections métaboliques : diabète, obésité…, affections rénales, immunodéficience acquise ou congénitale, et drépanocytose), les femmes enceintes, les professionnels de la santé et les pèlerins de hadj ou omra», détaille le directeur des opérations vaccins Sanofi Pasteur Algérie, Dr Karim Djerroud.

Il assure que la vaccination contre la grippe des personnes vulnérables «en priorité» permettra de les protéger de cette maladie «néfaste» pour elles.

Toutefois, le Dr Djerroud précise que le vaccin anti-grippal n’est pas un traitement mais juste un moyen de prévention avant de contracter cette maladie.

«Ce vaccin ne procure la protection contre cette maladie saisonnière qu’au bout de deux à trois semaines post-vaccination. Il faut donc accorder au corps le  temps nécessaire pour générer les anticorps afin de se protéger du virus de la grippe», explique-t-il.

 

La santé n’a pas de prix

L’Algérie s’est dotée de 2,5 millions de doses pour la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière 2018-2019. Une acquisition qui a nécessité un budget global de 1,4 milliard de dinars.

Les centres de santé sont pourvus de 1,3 million de doses. 700 000 unités ont été distribuées aux corps constitués et aux pharmacies.

Ces mesures visent, selon le directeur de la prévention et de la lutte contre les maladies transmissibles au ministère de la Santé, Dr Djamel Fourar, à protéger les personnes pour lesquelles la maladie représente un risque de complication grave et de réduire le risque de décès en cas de grippe.

Le responsable ministériel reconnaît, tout de même, que le vaccin n’assure pas une protection à 100% mais, il immunise les personnes vulnérables contre les complications de cette maladie. «Chez les personnes âgées, la vaccination peut réduire la mortalité due à la grippe de 80%», dit-il.

Insistant sur la sensibilisation des personnes vulnérables particulièrement les femmes enceintes et ce quel que soit l’âge de la grossesse, le Dr Fourrar affirme que 12% des décès enregistrés lors de la saison 2017/2018, étaient des femmes enceintes. «La grossesse n’est pas une maladie mais l’immunité chez la femme enceinte baisse et expose ainsi celle-ci au risque de contracter une grippe compliquée», rappelle-t-il.

Intervenant en plein campagne de vaccination contre la grippe, la sensibilisation permettra, espère-t-on au ministère de la Santé, de drainer le maximum de personnes pour les renseigner sur l’intérêt du vaccin anti-grippal afin d’éviter de contracter une grippe compliquée.

Katia Sari