Travaux ménagers, cuisine, linge : La «débrouille» au féminin !

Elles sont des milliers de femmes à se lancer dans «la filière» des métiers de nourrices, cuisinières ou femmes de ménages… en «toute informalité»!

Les temps changent et l’économie évolue. Les femmes qui travaillent sont de plus en plus nombreuses. Elles sont plus de 80% dans certains secteurs comme l’éducation et la santé. Il n y a pas un  secteur d’activité où elles  ne sont pas présentes. Fini le temps où la place de la femme était à la maison  ou comme femme de ménage dans les entreprises publiques. Aujourd’hui, elles sont professeurs en médecine, enseignantes d’université, avocates, ingénieurs, juges ou pilotes de ligne.  Des femmes conduisent aussi des taxis,  des bus et des téméraires sont mécaniciens ou plombiers. Cela démontre que la société algérienne a connu une véritable mutation. Cette situation induit de nouveaux créneaux qu’invertissent  d’autres femmes. En effet, les travailleuses sont souvent des mamans et des maitresses de maison et comme elles n’ont pas le temps de tout faire, elles sous-traitent certaines tâches.

 

Nourrice, un métier porteur et exercé à domicile. 

Les travailleuses doivent quitter très tôt leurs maisons pour arriver à temps sur leurs lieux de travail.  Les patrons des entreprises privées ne tolèrent pas les absences et les retards. C’est pourquoi elles sont  usagères de ces services dont l’offre est toujours en deçà de la demande. Les mamans ont droit à trois mois de congé de maternité, après quoi elles doivent reprendre leurs activités professionnelles. Du coup, trouver une solution pour la garde du nouveau né devient la première préoccupation des ces dames. Ces dernières doivent trouver une place chez une nourrice qui accepterait de prendre en charge un nouveau né. Ce n’est pas toujours facile. Les futures mamans se prennent très tôt pour éviter toute mauvaise surprise. Ces nourrices sont aujourd’hui une denrée rare. Les meilleures adresses se transmettent de bouche à  oreille. « Trouver une nourrice n’est pas une mince affaire. Personnellement je n’en ai pas trouvée. C’est ma mère retraitée de l’éducation qui garde mes enfants et ceux de mes trois autres sœurs. Cela lui permet aussi de ne pas se retrouver seule. Je suppose que j’ai de la chance,  car qui pourra s’occuper de mes enfants mieux que ma propre mère », dit une orthopédiste à l’hôpital de Douéra. Celles qui n’ont pas la chance d’avoir une maman en bonne santé se rabattent sur des nourrices qui gardent les enfants dans leurs domiciles. Les prix pratiqués dépassent tout entendement. «La nourrice qui garde ma fille âgée de 18 mois réclame désormais 12 000 dinars mois. Je ne payais que 8000 dinars l’année dernière », dit une enseignante dans un lycée de Bab El Oued.  Les places sont si rares que les nourrices appliquent les tarifs qu’elles veulent. En plus, ce sont les mamans qui préparant les biberons à l’avance. Elles doivent remettre chaque matin un  sachet contenant les biberons, les repas et les couches. Les nourrices n’assurent que la garde. « Certaines nourrissent gardent 10 voire 12 enfants. Moi-même, avec ma licence je suis moins payée que la nourrice qui prend en charge ma fille », estime cette fois une experte comptable dans une banque publique à Birkhadem.  Les nourrices pratiquent les mêmes tarifs pour tous les enfants non encore scolarisés. Elles évoquent pour cela toutes les charges qu’elles doivent assurer pour garder les enfants en bas âge. «Les gens pensent que nous ne faisons rien de nos journées, pourtant s’occuper d’un enfant en bas âge ce n’est pas facile», dit une nourrice à Saoula.

Les nourrices baissent les prix quand il s’agit d’enfants scolarisés. Ces derniers ne viennent chez la nourrice que pour manger à midi et le soir pour attendre leurs parents. Mais, même si les charges des nourrices sont moindres, il n’en demeure aps moins qu’elles demandent 10 000 dinars par enfant sans demi-pension. Les enfants qui mangent dans les cantines scolaires ne s’acquittent que de 8000 dinars.

 

Lessive et repassage.

Les femmes au foyer ne sont pas pour autant de simples spectatrices dans cette Algérie qui prend le cap de l’économie de marché. Justement pour gagner de l’argent, elles sont nombreuses à s’investir dans de véritables projets économiques rentables. Certaines se spécialisent dans les lessives. Cela peut paraitre banal, mais pour les femmes qui travaillent, les préoccupations des travaux ménagers sont quasi-quotidiennes.  C’est alors qu’apparait l’importance des ces femmes qui rendent de grands services.

Rachida, la cinquantaine à peine entamée continue à laver le linge que lui déposent ses clientes tous les matins. Pour faire face à la demande, elle a dû acheter deux autres machines à laver dernièrement. Elle propose deux services : la lessive et le repassage. Certaines clientes préfèrent repasser elles même leur linge. « Je réceptionne le linge le matin et  le trie. Les habits de chaque cliente sont lavés à part. Je tends le linge ensuite dans mon jardin. Quand ils sont secs, je les repasse. Les clientes viennent les chercher le lendemain après seize heures. Je facture deux cents  dinars le kilogramme de linge lavés et repassé et juste 150 dinars pour le simple lavage », dit cette dame qui gère sa petite affaire comme une entreprise.

«J’aide mon mari et cette maison que nous avons construite j’y ai beaucoup contribué financièrement», ajoute notre interlocutrice.

Les couvertures ou les tapis sont facturés à 2000 dinars l’unité.

 

Préparation de repas

C’est surtout lors du mois de ramadhan et à l’approche des fêtes religieuses que des cuisinières renommées interviennent. Elles préparent des plats traditionnels qu’elles vendent ensuite aux familles où les deux conjoints travaillent. Les dames qui travaillent trouvent que cette solution est toute indiquée pour leur permettre de se soulager de la corvée de la «popote». Elles sont très sollicitées durant le mois sacré du ramadhan. Des travailleuses, souvent des cadres ou issues de familles aisées passent leurs commandes. Elles préparent alors la chorba, le plat de résistance, le dessert et le plat sucré. Les clientes passent prendre les repas.  Elles travaillent aussi durant les fêtes religieuses ou lors de grandes réceptions organisées en familles. « Je refuse de travailler tout le temps car je veux avoir du temps pour mes enfants qui sont tous scolarisés »,  dit une « femme traiteur » qui habite à Birkhadem. Ses clientes ne manquent pas d’éloges pour les plats qu’elle leur confectionne. « Je ne peux me passer de son coucous lors des fêtes religieuses.  Je parle à mes amies et à mes cousines de la qualité de sa cuisine », dit une avocate qui est venu prendre sa commande en prévision du repas familial du vendredi.

 

Travaux ménagers : pour des femmes de confiance. 

Contrairement aux autres activités, quand il s’agit des travaux ménagers, les familles ne font confiance qu’a des femmes qu’elles connaissent bien. «On ne peut laisser les clefs de sa maison à une inconnue», affirme une femme d’affaires dont la sœur a été cambriolée par une femme de ménage. «Elle lui a volé pour plus de 200 millions de centimes en bijoux. La femme a été condamnée à deux ans de prison ferme mais l’or a disparu », ajoute-t-elle.

Les femmes tiennent à la propreté,  mais les travailleuses reconnaissent qu’il leur arrive de négliger l’entretient domestique faute de temps. Des femmes de ménages qui travaillent dans les entreprises publiques sont sollicitées pour faire des extra chez des particuliers. « Je n’ai aps fait d’études universitaires. Je travaille comme femme de ménage dans un ministère. Des collègues me confient des tâches chez elles et je m’en acquitte sérieusement. Elles   me recommandent ensuite à des proches et à des amies.  Je ne  vous cache pas que mes travaux en dehors des heures de travail me permettent de bien gagner ma vie.  Certaines femmes de confiance triées sur le volet sont sollicitées. Elles sont très bien payées. « je donne à une femme que je connais, 5000 dinars pour nettoyer ma maison une fois par mois. Je ne touche  pas cette somme pour une journée de travail », dit un médecin installé dans un cabinet privé.

Cette situation n’est pas faite pour rassurer les parents qui reclapent des solutions. Ils demandent que des garderies autorisées soient ouvertes avec un personnel qualifié. Pour le moment ce sont des femmes sans aucune formation qui assurent ce service. Quant aux activités liées aux travaux ménagers, elles se pratiquent en dehors de tout contrôle.

«Il s’agit d’une véritable activité économique. Il faut mener des enquêtes pour en évaluer l’importance. Il faut reconnaitre ces activités et considérer les femmes qui en vivent comme des artisanes et leurs permettre de se déclarer aux assurances sociales pour bénéficier de la carte Chiffa», dit Boulenouar El hadj Tahar, Président de l’Association Nationale des Commerçants et Artisans Algériens.

Il préconise même de créer des formations de nourrice, de spécialistes des travaux ménagers et en cuisine. «Quand des femmes obtiennent des diplômes dans ces spécialités, elles seront encouragées pour se lancer dans ce créneau. Croyez moi, le nombre des femmes chômeurs diminuera», dit§il.

Djafar Amrane