Entre son entretien et les réparations : La voiture, un gouffre financier !

Le parc automobile national a connu une hausse significative. Considérée durant longtemps comme un signe de richesse la voiture est devenue ces dernières années un produit de consommation à la portée des bourses moyennes.

Les facilités accordées par les concessionnaires encouragent les plus indécis. Le parc automobile est de 6 millions de véhicules selon les chiffres avancés par l’Office National des statistiques(ONS). Il n’était que de 2,5 millions d’unités en 2000. En moins de 15 ans le nombre de voitures a été multiplié par trois, ce qui est énorme selon les spécialistes. «Dans les pays développés, c’est plutôt le contraire qui se passe. Le parc automobile se rétrécie car le carburant coûte cher. Un pays qui enregistre une progression de 2 ou 3% se vantera de réussite économique. Nous avons enregistré en 2010, une progression de 30% sur une seule année», dit Ahmed Benrachid un expert en assurance automobile.

Pour faire face à l’évolution vertigineuse du nombre des nouvelles immatriculations, les pouvoirs publics se sont empressés de lancer des projets de réalisation  de nouvelles routes.

«Les enveloppes financières consacrées à cet effet ont atteint 5.481 milliards de dinars entre 1999 et 2017, ce qui représente près de 53 % des enveloppes financières globales destinées aux infrastructures dans le domaine des transports estimées à 10.248 milliards de dinars durant cette période», a expliqué le ministre des transports lors d’une intervention à l’APN.

Par ailleurs de grands travaux sont lancés pour sécuriser et moderniser les tronçons routiers excitants. Des rond-points sont érigés au niveau de toutes les zones à risque d’accidents. Dans les villes, des trémies sont mises en place pour fluidifier le trafic urbain.

 

La voiture, synonyme de grandes dépenses

Mais si la voiture rend effectivement de grands services, elle coûte ausszi très cher en entretien et réparations en cas de panne. En plus de l’augmentation du prix du carburant, il faut prendre en considération les frais d’entretien et les polices d’assurances. «Une voiture c’est pratiquement une deuxième famille. En avoir une vous libère des contraintes des transports en commun, mais cela peut aussi vous ruiner», dit un automobiliste rencontré dans une station d’essence. L’entretien routinier, comme la vidange, le changement de plaquettes de freins et  de différents filtres coûtent en moyenne 3000 dinars et sont à renouveler a peu près tous les trois mois. Et les pannes sont de plus en plus nombreuses, alors que les assurances n’interviennent qu’en cas d’accident.

 

Le diktat des bricoleurs. 

Et quand la panne «tombe», l’automobiliste ne sait plus à quel saint se vouer. En l’occurence, le saint, c’est le mécanicien, ou pour être plus précis, la «flopée de «bricoleurs» qui se sent «intronisés» réparateurs mécaniques et qui imposent quasiment leur «diktat».

Le marché automobile s’est ouvert en un  laps de temps très court, sans que les autorités aient eu le temps de réglementer ce secteur.

Ce sont les chauffeurs de taxis et les conducteurs de bus privés qui sont les premières victimes des «bricoleurs ». Ces professionnels  se plaignent des agissements des réparateurs qui ne sont mus que par le gain facile et rapide. Les chauffeurs de taxis ont pratiquement tous une anecdote à raconter concernant les pseudos mécaniciens. «Un réparateur a changé le pot d’échappement de ma voiture et cela m’a coûté 14 000 dinars, alors que la pièce ne coute que 5000 dinars. J’ai voulu lui faire la remarque, mais il n’a rien voulu entendre».

Notre interlocuteur est entré dans une grande colère par la suite, car la pièce que le réparateur avait gardée chez lui n’était pas défectueuse.

Un conducteur de bus assurant la ligne entre Alger et Koléa ne décolère toujours pas, lui aussi, depuis ses derniers déboires avec un autre réparateurs. Un  mois auparavant, il était tombé en panne pour un problème électrique. Il a mis 2 jours pour avoir un rendez-vous chez un électricien auto. Le réparateur a certes remédié à la panne du bus, mais, ce faisant, il a endommagé une pièce qui coute plus de 50 000 dinars.

Les conductrices, elles, sont des «proies» faciles pour les «mécanos » malhonnêtes. Elles payent «sans poser trop de questions», sinon pas du tout, et se plaignent rarement.

«Pour faire changer mes plaquettes de freins, j’ai payé 5000 dinars pour la main d’œuvre. C’est un collègue de travail qui m’a dit que c’était excessif. Depuis, les réparations c’est mon mari qui s’en charge», dit une responsable de comptabilité dans une banque publique. Une autre automobiliste a failli être pratiquement détroussée. Elle entend un bruit anormal au niveau de l’aile droite de sa voiture. Elle se présente chez un mécanicien qui l’envoie chez un réparateur de cardans et crémaillères. Ce dernier lui annonce carrément la mort de sa crémaillère qui coute 60 000 dinars. Devant le magasin d’un marchand de pièces détachées à Baba Hassen où elle devait acheter la pièce défaillante, elle se retrouve face à un réparateur automobile. Ce dernier, un homme honnête la rassure.  Il lui a suffit de serrer un boulon et le bruit a disparu. «Un boulon s’était desserré et la réparation ne m’a couté que 500 dinars chez un réparateur honnête », dit cette enseignante à l’Université de Bab Ezzouar.

Pour le secteur de l’entretien et de réparation des voitures, il n’y pratiquement aucun texte de loi qui régit cette activité. Pour ouvrir un garage, les services qui délivrent les autorisations exigent un diplôme dans la spécialité. Mais avoir un diplôme n’est pas synonyme de maitrise du métier. C’est ainsi que de jeunes diplômés, fraichement sortis des centres de formation professionnelle, s’installent avec les aides de l’ANSEJ. Ils peuvent alors se lancer et gagner très bien leur vie. Il n y a aucun barème de prix. et ils font ce qu’ils veulent. Il y a aussi ceux qui ont appris sur le tas et qui n’hésitent pas à s’installer eux aussi à leur compte.

Pour les automobilistes, ce serait une bonne chose de faite si les autorités intervenaient pour réglementer cette activité et surtout pour éliminer les escrocs.

«Des voitures mal réparées représentent un danger pour les automobilistes qui les conduisent, pour les autres usagers de la route et pour les piétons. Il faut mettre de l’ordre dans ce secteur», dit Boulenouar El Hadj Tahar; le Président de l’Association Nationale des commerçants et Artisans Algériens (ANCAA).

 

Des pièces de rechange contrefaites

Malgré les grands efforts déployés par les services des fraudes et les campagnes de sensibilisation lancées par les concessionnaires automobiles, les pièces de rechanges contrefaites continuent à se vendre comme des petits pains. Les vendeurs ont pour habitude de donner les prix des pièces contrefaites et de celles d’origine. «Les pièces dites contrefaites que je vends ne le sont pas en réalité. Elles sont fabriquées en Chine dans les mêmes usines où sont conçues les pièces pour les constructeurs automobiles. Elles sont identiques», dit un vendeur de pièces de rechanges aux Annassers.

C’est aussi l’avis de la majorité des automobilistes. Ces derniers fuient les concessionnaires automobiles où les pièces d’origines coutent très chères. «Je ne vais pas acheter le kit complet pour l’embrayage à 35 000 DA quand pratiquement le même ne vaut que 8000 DA», dit un chauffeur de taxi.

Les magasins des concessionnaires n’attirent pas les clients. Les gérants sont pourtant unanimes. «Le kit d’embrayage vendu dans ma concession tiendra plus 100 000 kilomètres. Celui acheté dans les autres magasins ne résistera pas plus de 30 000 kilomètres. En plus la pièce vendue sous notre label est aux normes du fabricant», précise un concessionnaire d’une marque française.

Les automobilistes se rabattent sur les pièces d’occasions qu’ils trouvent dans les casses automobiles. Les voitures réformées finissent chez des spécialistes qui les désossent pour vendre les pièces encore utilisables.

Les restes sont cédés aux recycleurs du métal et du plastic.  C’est au quartier d’Oued Semmar qu’il y a les vendeurs des pièces d’occasion. Les automobilistes peuvent trouver tout ce qu’ils veuillent dans des magasins fait de bric et de broc.

Les plus téméraires n’hésitent pas à se rendre à Draa Ben Khedda dans la wilaya de Tizi Ouzou pour acheter de bonnes pièces d’occasion à des prix interessants. «Il faut juste être connaisseur. Les pièces d’occasion sont le plus souvent d’origine. Quand elles ne sont pas abimées, elles sont comme neuves», dit un garagiste à Saoula.

Les automobilistes espèrent la baisse des prix des voitures pour pouvoir acheter des véhicules neufs quand ceux qu’ils possèdent dépassent les 10 ans.

«Une voiture est conçue pour tenir 10 ans. Au-delà elle devient un gouffre financier», explique un septuagénaire qui a pourtant cessé de conduire.

Djafar Amrane

 

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