Comportement : Pourquoi pleure-t-on sous le coup de l’émotion ?

Ces larmes d’émotions exprimant la tristesse, la colère ou encore la joie seraient ainsi une réponse à un défi spécifique à l’espèce humaine. Scientifiquement, le débat n’est pas tranché, mais plusieurs experts avancent le rôle social des larmes, capables de susciter l’attention et l’envie d’aider.

 

3 types de larmes

Les larmes d’émotions ne doivent cependant pas être confondues avec les 2 autres types de larmes : les larmes basales et les larmes réflexes. Les larmes basales sont celles qu’on produit en continu pour protéger les yeux, à chaque clignement de paupière. Les larmes réflexes sont produites en réaction à l’endommagement de la surface de l’œil par une substance étrangère telle que du sable, une inflammation, une allergie, du jus d’oignons… Ces larmes existent chez les autres animaux. Ainsi, les vertébrés ont des larmes basales depuis des centaines de millions d’années, et certains amphibiens et reptiles ont également des larmes réflexes. «Ces larmes irritatives évoquent la réponse à la douleur, à la fois dans l’esprit du patient et de l’observateur», expliquent les scientifiques. «Elles constituent un signe de souffrance, ce qui a peut-être été à l’origine du développement et de l’apparition de larmes émotionnelles chez l’homme». Car les larmes émotionnelles, si elles n’ont pas d’objectif physiologique, auraient un but social. Par association avec les larmes réflexes, les larmes émotionnelles évoquent en effet la vulnérabilité et envoient un message d’appel à l’aide. Un message dont le sens semble d’autre part évoluer avec l’âge.

 

Pleurs du bébé et de l’enfant : s’assurer des soins de l’adulte responsable

Chez le nourrisson, les cris et par extension les pleurs peuvent avoir plusieurs fonctions. Quatre hypothèses se détachent particulièrement. Premièrement, les pleurs agiraient comme un appel de séparation ayant pour fonction de réduire le risque d’abandon et de perte de contact physique avec la mère. Deuxième hypothèse, ils sont un indicateur fiable de la vigueur et de la forme physique de l’enfant et pourraient par conséquent réduire le risque d’infanticide dans un environnement défavorable. Troisième possibilité, les pleurs de nourrisson pourraient évoquer aux parents un risque accru de prédation, pour les amener à dépasser leur niveau d’investissement optimal pour le nourrisson. Enfin, selon l’hypothèse du «super-enfant», un bébé pourrait aussi pleurer pour montrer sa vigueur et ainsi retarder l’arrivée d’un frère ou d’une sœur qui le concurrencerait au niveau des soins parentaux.

Chez l’enfant en général, les pleurs pourraient servir à susciter l’attention, l’amour et la protection nécessaires des autres. L’humain a en effet une enfance, et donc une période de vulnérabilité, particulièrement longue par rapport aux autres animaux. La théorie de l’attachement voudrait ainsi que les pleurs de l’enfant aient pour objectif général de rapprocher l’enfant de l’adulte chargé de prendre soin de lui.

 

Pleurs adultes : encourager la coopération en société

Chez l’adulte, l’objectif des pleurs est plus complexe. La douleur physique et l’inconfort sont des déclencheurs importants de larmes chez les nourrissons et les enfants jusqu’à la fin de l’adolescence, mais à un âge plus avancé, ces facteurs semblent avoir moins de poids : les adultes et les personnes âgées pleurent rarement quand ils se font mal, et deviennent plus sensibles à la souffrance des autres au fur et à mesure que l’empathie se développe. La théorie de l’attachement est donc toujours d’actualité chez les adultes : les pleurs seraient toujours liés à la peur de séparation. Ainsi, on pleure aussi bien de voir des gens se réunir que se déchirer, pour une rupture, un mal du pays ou un mariage – dans la réalité comme devant une fiction.

Comme pour les plus jeunes, les pleurs d’adultes servent également d’appel à l’aide. A cela s’ajoute également l’hypothèse de la soumission et de l’apaisement. Car quand on pleure, la vue est brouillée, ce qui rend moins capables de se défendre. Un tel signal serait donc bénéfique à la fois pour celui qui pleure, qui se rend tout en «appelant» l’aide de ses alliés, et pour l’attaquant, qui n’a plus d’intérêt à insister puisque la relation de domination est déjà établie.

Enfin, les larmes pourraient également servir tout simplement à se défouler face à une émotion trop intense pour être gérée. Les larmes pourraient donc signaler à l’autre que l’on est prêt à «céder le contrôle de la situation et à passer à une gestion plus passive, tout en traduisant l’absence d’hostilité et en encourageant à adopter un comportement prosocial et coopératif», expliquent les chercheurs.

En résumé, d’après les scientifiques, on pleure pour un besoin de coopération : appel à l’aide, empathie, soumission.

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