Cinéma «The Other Side of the Wind» : la résurrection d’Orson Welles

En 1970, «The Other Side of the Wind» (De l’autre côté du vent est le titre français) devait marquer le grand retour d’Orson Welles à Hollywood, après plusieurs années passées en Europe. Bien avant The Player, de Robert Altman, le célèbre cinéaste, alors âgé de 55 ans, propose une vision grinçante du monde du cinéma, en pleine mutation.

Pour alimenter son approche satirique, il s’inspire de Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni, aussi de Model Shop, de Jacques Demy, et raconte l’histoire de la fabrication d’un film dont le réalisateur, J.J. Hannaford (John Huston), compte montrer des extraits à son entourage lors d’une soirée organisée en l’honneur de son 70e anniversaire de naissance. Même s’il a essayé pendant six ans de terminer son film, Orson Welles a dû renoncer, faute de financement.

En 2009, le producteur Filip Jan Rymsza apprend l’existence de bobines remisées dans une chambre forte à Paris et se met en tête de le terminer. Il aura l’appui de Peter Bogdanovich, l’un des protégés de Welles, et du producteur Frank Marshall.

 

Qui est Oja Kodar?

Elle apparaît dans le film, telle une amazone, souvent nue, comme tout droit sortie d’un fantasme. Dans le monde réel, l’actrice d’origine croate, qui cosigne le scénario du film, a été la dernière compagne d’Orson Welles.

Elle a d’ailleurs hérité du film inachevé de son amoureux. Lors de la première mondiale du film, à la Mostra de Venise il y a deux mois, Oja Kodar devait être présente, mais elle a dû se contenter d’envoyer un mot, lu par Filip Jan Rymsza lors d’une conférence de presse. «Depuis plus de 30 ans, mon rêve était de voir ce film achevé, sur grand écran. Je ne peux aujourd’hui réaliser ce rêve à cause d’un problème de santé […]. Je n’entends que de bons mots à propos du beau travail que vous avez fait et je vous en remercie.»

 

Une musique de Michel Legrand

Le célèbre compositeur français, toujours très actif à 86 ans, a déjà composé la musique de F for Fake, un documentaire qu’a réalisé Orson Welles en 1973.

C’est tout naturellement vers lui que se sont tournés les producteurs quand est venu le moment de trouver celui qui pourrait composer une trame musicale entièrement originale pour The Other Side of the Wind.

«Orson a toujours évoqué une musique jazzy qui proviendrait des différents groupes ayant été invités à jouer à la grande fête-anniversaire de Hannaford. Michel était extrêmement enthousiaste et il a donné son accord tout de suite. Pour moi, m’asseoir avec Michel Legrand et le regarder interagir avec les images d’Orson Welles a été l’un des grands moments de ma carrière cinématographique», a précisé dans ses notes d’intention Frank Marshall, producteur, entre autres, de plusieurs des films de Steven Spielberg.

 

Un documentaire en parallèle

Intitulé They’ll Love Me When I’m Dead, que mettra Netflix en ligne sur sa plateforme aussi, un documentaire relatant l’histoire de The Other Side of the Wind et de sa construction a été produit. Réalisé par le cinéaste oscarisé Morgan Neville, ce documentaire regroupe des scènes d’archives, tout autant que de nouvelles interviews avec des artisans de l’époque.

Quant au titre, il fait référence à une phrase qu’aurait lancée Orson Welles pour dénoncer l’hypocrisie d’un système qui l’a rejeté.

 

On regarde ?

Oui, assurément. The Other Side of the Wind n’est pas un film «achevé» comme tel, dans la mesure où il ne propose pas un style narratif classique, mais il témoigne de l’état d’esprit d’un artiste qui tient à avancer, à explorer, à trouver sa pertinence dans un monde en pleine transformation. Le film revendique pleinement l’esthétisme de l’époque, notamment lors de moments où l’on plonge carrément dans le psychédélisme. Il s’inscrit aussi dans cette lignée d’oeuvres à travers lesquelles un artiste s’interroge sur la pratique de son art, cette fois de façon assez grinçante. Le travail de reconstruction d’un film qui, pendant si longtemps, n’existait qu’à titre de légende n’est rien de moins que magistral.

In La Presse

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire