Virée dans les marches des fruits et légumes : Le parcours du combattant !

Les fruits et légumes continuent à jouer… les grosses légumes ! Leurs prix se maintiennent à la hausse depuis plusieurs mois. Aucune règle n’a pu avoir raison d’eux, ni la loi de l’offre et de la demande, ni les changements de saisons. Les marchands, eux, s’arrangent toujours pour trouver des arguments pour justifier la flambée des prix.

Sur les étals des marchés, les marchandises continuent à afficher des prix exagérés défiant toute logique. Ni le beau temps ni la pluie n’ont pu les affecter. Même la canicule n’a pas fait «fondre» ces prix. Les produits de saison comme ceux d’hors saison s’accordent sur la flambée des prix. La loi de l’offre et de la demande, elle aussi, n’a plus aucun impact sur le coût de ces marchandises.

Même si les marchés ne désemplissent pas, les produits exposés s’écoulent de moins en moins rapidement, les prix affichés faisant hésiter plus d’un  client. Ces mêmes marchandises sont ainsi proposées de nouveau à la vente le lendemain et les jours suivants, sans que les prix «flanchent» d’un iota.

Le marché Mohamed Bouguerfa plus connu sous l’appellation de marché T’nache, à Belouizdad à Alger, ne déroge pas à la règle. Là aussi, les prix affichés sont exagérés. Quartiers dits plus au moins chics ou quartiers populaires, les marchands vendent cher. A quelques dinars près, les prix des fruits et légumes sont pratiquement partout les mêmes.

Ainsi l’indispensable tomate est cédée entre 100 et 120 DA le kilo. La courgette «vacille» entre 160 et 180 DA. Le poivron et le concombre sont proposés à 120 DA et l’aubergine est cédée entre 80 et 100 DA. La laitue affiche 100 DA le kilo. Le piment, lui, est proposé à 180 DA, le haricot vert à 160 DA et le haricot rouge à 200 DA. Seuls le fenouil et la carotte sont vendus en dessous de 100 DA en affichant 80 DA le kilo.

Pour ne pas «effrayer» d’emblée les clients, la plupart des vendeurs n’affichent pas les prix. Cet «attrape-nigaud» fonctionne apparemment bien puisque les clients sont obligés à chaque fois, de demander le prix du fruit ou du légume au vendeur. C’est là qu’opère le stratagème des commerçants en usant de tout leur «savoir-faire» pour accrocher le client.

«C’est la meilleure marchandise du marché», lance un vendeur à une vielle femme qui venait de lui demander le prix de la courgette avant de lui annoncer le prix. Mais, visiblement «choquée», la dame se détourne et continue sa virée.

Plus loin, une autre femme se plaint des prix des légumes. «C’est trop cher ! La tomate la moins chère est à 100 dinars. C’est exagéré !», peste-t-elle devant un étal débordant de marchandises. Pour elle, la tomate en conserve sera l’alternative mais qu’en est-il des autres produits ?

Même indignation chez une habituée du marché T’nache. «Cette année, les légumes sont devenus aussi chers que les fruits. Pourtant, il y a eu suffisamment de pluie et certainement une bonne et abondante récolte», dira cette sexagénaire à la dame qui l’accompagnait.

A la recherche de meilleurs prix, les deux femmes préfèrent effectuer plusieurs tours du marché avant de se décider à prendre quelques légumes.

Les vendeurs, eux, ont toujours raison. Non seulement ils se plaignent hypocritement mais ils s’arrangent aussi à chaque fois, pour trouver des arguments justifiant les prix exercés, et continuer ainsi à imposer leur diktat. A force d’entendre ces commerçants accuser les marchands de gros d’abuser des prix, d’imputer la hausse des prix au mauvais temps et à la pluie qui empêchent selon eux, des agriculteurs d’accéder à leurs plantations, et le manque de production et autres arguments, les consommateurs ont fini par apprendre par cœur tous ces justificatifs.

 

La pomme de terre prend de l’air ! 

La pomme de terre n’est pas prête à lâcher prise. Indépendamment de sa disponibilité, son prix est maintenu à la hausse depuis plusieurs mois et elle ne descend pas à moins de 80 dinars le kilogramme.

La cherté du tubercule s’est fait ressentir même dans les fast-foods et autres sandwicheries. Ainsi une minuscule barquette de frites est vendue à 70 dinars soit quasiment l’équivalent d’un kilogramme alors qu’en réalité, elle contient à peine une pomme de terre de taille moyenne.

Les marchands, eux, se contentent d’imputer cette hausse des prix à la période de soudure qui coïncide avec les mois d’octobre et novembre. Durant ces deux mois où les premières récoltes de la saison ne sont pas encore prêtes, on puise dans les stocks des entrepôts frigos.

«C’est normal !», lance un vendeur de légumes avant d’ajouter : «La nouvelle récolte n’est pas encore prête et nous consommons actuellement, la pomme de terre stockée dans les frigos».

Les belles variétés de fruits exposées sur les étals des marchés n’arrivent à convaincre les gens à mettre la main à la poche. De production locale ou provenant d’importation, tous les fruits affichent des prix qui frôlent des seuils exorbitants et dissuadent ainsi plus d’un. Ici, les passants se contentent de brèves haltes pour admirer les délicieuses marchandises si appétissantes. Certains   «poussent» jusqu’à demander les prix avant de reprendre précipitamment leur tournée quotidienne du marché.

«Les prix des fruits rivalisent avec ceux des médicaments. Il viendra le jour où ils seront prescrits par un médecin sur une ordonnance !», plaisante Ahmed, la cinquantaine. Cette plaisanterie ne fait justement, que caricaturer les prix excessifs des fruits. Ainsi, cette semaine, la pomme est proposée à 250 DA le kilo, suivie par les  raisins à 200 DA. Le prix de la poire vacille entre 150 et 200 DA. Quant à la grenade, elle est vendue entre 150 et 180 DA. La banane elle, se fait toujours désirer avec ses 400 DA le kilo.

 

Chère volaille !

Le poulet éviscéré est depuis plusieurs jours proposé à 350 DA le kilo. Son prix ne cesse d’osciller autour de 340 et 360 DA. Pourtant, l’été et ses grandes chaleurs sont bien loin. L’on se rappelle de l’été dernier où le poulet éviscéré a frôlé les 500 DA le kilo avant de «se dégonfler» légèrement pour «tomber» à 360 DA.

A cette époque, les vendeurs de volaille s’accordaient pour incomber ces prix vertigineux  aux fortes températures qui engendrent souvent de grandes pertes aux aviculteurs. Aujourd’hui, ces mêmes commerçants estiment que cette viande a atteint un prix «accessible» et «stable».

Ce que les consommateurs évidement ne voient pas du même œil. «C’est cher !», tonne une femme devant un étal de volaille. «En dehors des fêtes de l’aid, nous ne consommons plus de viande rouge puisqu’elle est depuis des années, inaccessible. Le poulet reste ainsi l’alternative mais avec des prix aussi élevés, nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts», dit-elle tout dépitée.

Hésitant quelques minutes devant cet étal de volaille, la quadragénaire finit par demander une cuisse. «C’est juste pour cuisiner avec un peu de viande car à ce prix, je ne peux plus acheter un poulet entier. C’est très cher», dit-elle.

 

La sardine «recyclée» !

La poissonnerie reste la partie du marché la moins fréquentée par les clients. Là aussi, les prix affichés sont inaccessibles pour la plupart des bourses. La sardine est cette semaine, à 400 DA le kilo. Il y a quelques mois, elle rivalisait avec la viande rouge, ayant atteint les 700 DA le kilo. Un prix maintenu tout au long de la journée, alors qu’il devrait baisser à partir de midi. Très observateur, Mohamed, un habitué du marché T’nach, n’a pas hésité à démasquer les vendeurs de poisson. Selon lui, ils trichent et conservent leur marchandise dans une chambre froide pour l’exposer le lendemain comme étant du frais et la proposer à nouveau au même prix.

 

Les arguments de l’ANCA

Pour le président de l’association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulenouar, la flambée des prix des fruits et légumes n’est tout simplement que la résultante d’une hausse de demande. «Ces prix sont dus à l’augmentation de la demande sur les produits alimentaires qui coïncide avec la rentrée sociale et la reprise de l’activité durant cette période notamment les restaurants universitaires, les cantines scolaires,…etc», explique-t-il.

Rappelant que la période actuelle se situe entre deux saisons : la période estivale qui est caractérisée par la diminution de l’offre, et la période de la récolte hivernale qui commence début novembre jusqu’à fin février et début mars, il assure qu’à partir du mois de novembre, les fruits et légumes connaitront une baisse de prix.

«Une fois la récolte hivernale entamée notamment avec l’arrivée des productions agricoles des régions sud du pays, le marché connaîtra une abondance de l’offre», précise-t-il.

  1. Boulenouar déplore à cet effet, le manque de l’agriculture sous-serres qui selon lui, n’est pas du tout développée ainsi que des milliers d’hectares de terres agricoles soient restés inexploités.

Autre lacune pontée du doigt : le manque des unités de transformations des produits agricoles.

Pour lui, cela empêche les agriculteurs d’augmenter la production par crainte de se retrouver avec un excédent de récolte qui ne trouvera pas preneur.

Il revient pour la énième fois sur le manque des marchés de proximité.

Selon lui, l’Algérie enregistre un déficit de cinq cent marchés de proximité. Un nombre qui explique-t-il, aurait permis de stabiliser les prix mais aussi d’éradiquer le marché informel de ses produits.

«Ces marchés de proximité peuvent non seulement stabiliser les prix mais aussi réduire l’écart entre les prix du gros et ceux du détail», dit-il encore.

S’agissant de la pomme de terre, le président de l’ANCA estime la consommation des ménages à de plus de 40 millions de quintaux. «Il nous faut aussi plus de 60 millions de quintaux pour assurer la semence et l’industrie de transformation», dit-il.

Toutefois, la réalité est tout autre. «La production nationale annuelle oscille entre 4 et 5 millions de tonnes dont une partie va dans les chambres froides afin de palier au manque de la pomme de terre durant la période de soudure», explique-t-il.

Katia Sari

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