Croissance : Le Kenya bien parti dans cette année 2018

Après une année 2017 difficile, la croissance kényane affiche de beaux résultats pour l’année 2018. D’après le dernier rapport économique de la Banque mondiale consacré au pays, le chiffre atteint 5,7 %, soit 0,8 % de plus que l’an passé. Les causes de cette embellie : une reprise de l’activité industrielle, et une relance dans le secteur de l’agriculture portée par une pluviométrie favorable à de meilleures récoltes. Mais facteur tout aussi encourageant, selon la Banque mondiale, «l’amélioration progressive de la demande privée, qui englobe la consommation des ménages et l’investissement».

L’inflation modérée ainsi qu’un taux de change stable ont également contribué à la relance de l’économie, laquelle s’est jouée dans tous les secteurs, «à l’exception de la finance et des assurances, des domaines qui ont affiché de meilleurs résultats en 2017 qu’en 2018», explique Peter Chacha, économiste sénior à la Banque mondiale pour le Kenya. Ombre au tableau, quand même : la croissance des crédits du secteur privé qui stagne à 4,3 %, à cause notamment d’un accès au crédit limité. Une situation qui pourrait évoluer grâce «à l’assainissement budgétaire orchestré par le gouvernement», précise l’économiste.

 

Une économie dépendante du Big Four

Car, au-delà de la conjoncture mondiale – escalade des tensions entre les grandes puissances commerciales et crispation de la situation financière mondiale, notamment – qui, il est vrai, pourrait mettre à mal l’économie kényane, sa croissance est avant tout une question de volonté politique. «La vitesse de la croissance du pays dépend du rythme de mise en œuvre du Big Four», affirme Peter Chacha. Ce programme, mis sur pied par Uhuru Kenyatta après sa réélection en 2017, se focalise sur le développement et l’accès des Kényans à quatre secteurs-clés : la santé, l’alimentation, le logement abordable et le domaine manufacturier.

L’application de politiques stimulant l’engagement du secteur privé – en améliorant notamment l’accès au crédit du secteur privé, en particulier des micro et petites entreprises – impulse une bonne dynamique à la croissance. Mais, «au vu de la nature ambitieuse de ses objectifs, le programme exige une accélération du rythme des réformes structurelles, surtout dans des domaines pouvant profiter des investissements privés», préconise pour sa part Allen Dennis, un des auteurs du rapport.

 

De l’importance d’une croissance inclusive

Si ces conseils sont appliqués, la croissance du pays n’en sera que plus dynamique. Mais surtout elle pourra profiter à la population. Et accélérer le rythme de la réduction de la pauvreté. Le Kenya a déjà bien progressé dans cette voie puisque la part de la population vivant avec moins de 1,90 dollar par jour – le seuil de pauvreté à l’international – a diminué d’environ 10 % en dix ans, entre 2005-2006 et 2015-2016.

Néanmoins, à 36,8 %, le niveau de pauvreté reste élevé et représente le double de la moyenne établie dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. De nombreux Kényans à faibles revenus sont, par exemple, toujours privés de programmes de transferts monétaires, un outil pourtant bien utile en matière de protection des ménages vulnérables. La Banque mondiale préconise donc l’extension de ces programmes, même si ses économistes avouent que la démarche «nécessite une mobilisation financière accrue». Le projet de loi du budget, présenté mardi, présente pourtant des coupes dans les secteurs infrastructures, entre autres. Des mesures «conformes aux mesures d’austérité en cours visant à réduire les dépenses du gouvernement», peut-on lire dans un communiqué du gouvernement.

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